Argent et patrimoine

Vignette automobile : un rapport propose son retour en 2030, de 30 à 910 euros par an selon vos revenus, votre commune et l'âge de votre voiture

Un petit carré coloré collé dans le coin du pare-brise, renouvelé chaque fin d'année au bureau de tabac : la vignette automobile a disparu pour les particuliers en 2000, mais l'idée de son retour circule de nouveau. Un rapport publié fin septembre propose une taxe annuelle sur chaque véhicule à partir de 2030, électrique compris. Selon votre situation, la note irait de quelques dizaines d'euros à plusieurs centaines pour votre voiture, et le calcul retiendrait des critères que peu d'automobilistes ont en tête.

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Par | Publié le 11 Octobre 2026 à 09:04 | mis à jour le 11 Octobre 2026 à 09:05

Ce que propose le rapport sur le retour de la vignette automobile

Le document s'intitule « 68 milliards en sursis ». Publié le 23 septembre par l'Institut Mobilités en Transition, un laboratoire d'idées consacré aux transports, il passe en revue l'ensemble des taxes liées à la route et formule 38 recommandations. La dernière, la plus commentée, porte un nom administratif : la « redevance annuelle véhicule ». Derrière l'appellation, c'est bien le retour d'une vignette automobile qui est proposé, sans papier à coller, prélevée chaque année auprès du titulaire de la carte grise.

Le principe tient en un mot : universalité. Toutes les voitures paieraient, thermiques comme électriques, mais aussi les deux-roues, les utilitaires et les poids lourds. Les auteurs écartent d'ailleurs deux autres pistes, une hausse des taxes sur l'électricité et une taxe au kilomètre pour les voitures électriques, qui freineraient selon eux le passage à l'électrique. J'ai épluché la partie du rapport consacrée à cette redevance, et un point mérite d'être dit d'emblée : il s'agit d'une proposition, pas d'un texte en discussion au Parlement.
 
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De 30 à 910 euros par an : qui paierait quoi

Le chiffre qui circule partout, 910 euros, ne correspond pas à un automobiliste moyen. C'est le cas le plus lourd simulé par l'institut : un ménage parmi les 20 % les plus aisés, installé en centre-ville avec bus et gare à proximité, propriétaire d'une voiture thermique lourde et ancienne, et détenteur de plusieurs véhicules. Tous les critères de majoration s'additionnent, et la note atteindrait 910 euros en 2030.

À l'autre bout, le rapport chiffre le cas le plus favorable à 30 euros : un ménage très modeste, en zone rurale ou périurbaine, avec une seule petite voiture électrique assemblée dans l'Union européenne et dont la batterie y a aussi été fabriquée. Entre les deux, l'institut avance une moyenne de 140 euros par an pour la voiture d'un particulier en 2030, puis 260 euros en 2035. Ces montants, préviennent les auteurs, n'ont pas valeur de prescription : ils donnent un ordre de grandeur.

Un exemple parle davantage à beaucoup d'entre nous. Un foyer parmi les 20 % les plus modestes, en zone rurale ou périurbaine, avec une seule voiture thermique ancienne de taille moyenne, paierait 70 euros en 2030.

L'âge de votre voiture entrerait dans le calcul

Si la redevance voyait le jour, son montant dépendrait d'une longue liste de critères, énumérés dans la recommandation n°38 du rapport. Côté véhicule : la motorisation, la masse, les émissions, l'âge, et pour l'électrique le lieu de fabrication de la batterie et l'efficacité énergétique. Côté propriétaire : le niveau de revenu, le lieu de vie et le nombre de véhicules détenus par le foyer.

Or, ce dernier point mérite l'attention des couples à la retraite. Nombre de foyers gardent une petite voiture pour les courses et une plus grande pour les vacances ou pour aller voir les petits-enfants. Le rapport prévoit justement une majoration pour la multimotorisation, avec une modulation selon les revenus et l'accès aux transports en commun. Mais l'âge de votre voiture compterait lui aussi : il figure dans la recommandation n°38, et le cas le plus lourd simulé porte sur une voiture thermique ancienne.

En revanche, le texte prévoit une protection pour les ménages modestes et pour ceux qui vivent dans des territoires mal desservis, où la voiture relève de la nécessité. La redevance pourrait être croisée avec le revenu fiscal de référence et le lieu d'habitation, ce que les taxes payées à la pompe ne permettent pas.

Pourquoi les taxes sur le carburant ne suffiront plus

Pourquoi chercher cet argent ? D'après le baromètre de l'institut, la fiscalité routière a rapporté 67,5 milliards d'euros en 2025 à l'État, aux collectivités et à la Sécurité sociale, soit 4,6 % des recettes publiques. Sauf que près de 28 milliards proviennent de l'accise sur les carburants, une recette qui fond à mesure que le parc s'électrifie. À fiscalité inchangée, le manque à gagner atteindrait 22 milliards d'euros en 2035.

Le même rapport rappelle ce que chaque foyer verse déjà : en moyenne 1 540 euros par an, soit 940 euros par véhicule. Les ménages des zones peu denses paient 26 % de plus que ceux des villes, parce qu'ils roulent davantage et possèdent plus souvent plusieurs voitures. La redevance rapporterait environ 9 milliards d'euros en 2030 et 17 milliards en 2035, et l'institut affirme qu'elle remplacerait des recettes perdues, sans alourdir la charge globale.
  L'idée n'est pas isolée. Le Conseil des prélèvements obligatoires, rattaché à la Cour des comptes, avait déjà examiné une taxe annuelle sur la détention des voitures dans son rapport de juin consacré à l'avenir de la fiscalité de l'énergie.

Une vignette née en 1956 pour les personnes âgées

Ce retour aurait une saveur particulière pour nos lecteurs. La vignette est née avec la loi du 30 juin 1956 instituant le Fonds national de solidarité, destiné aux personnes âgées. Le rapport le rappelle lui-même, avant de noter qu'elle a été supprimée pour les particuliers en 2000, puis pour les professionnels en 2006. Forfaitaire et sans lien avec l'usage, elle avait perdu sa légitimité, écrivent les auteurs, qui veulent s'en démarquer dès l'annonce.

Ce qui change pour l'instant pour votre voiture

Concrètement, rien ne change pour l'instant pour votre voiture. La redevance n'est inscrite dans aucun texte voté, et l'institut lui-même la situe à partir de 2030, avec une annonce plusieurs années à l'avance et une montée en charge progressive. Ses auteurs suggèrent aussi de ne réviser ses critères que tous les trois ans, pour que chaque propriétaire puisse anticiper sa contribution.

Et si l'idée avançait, ce sont les débats budgétaires des prochaines années qu'il faudra surveiller. Le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires et celui de l'institut convergent sur un point : la baisse des recettes tirées des carburants devra être compensée d'une manière ou d'une autre. Avant d'envisager une deuxième voiture ou de garder longtemps une ancienne, la question mérite donc d'être posée. Le petit carré coloré de notre jeunesse a disparu du pare-brise, mais la question qu'il réglait en 1956, trouver de l'argent sur chaque voiture, revient sur la table.

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