Retraite

Retraite : nés en 1964 ou début 1965, la suspension rend inutiles jusqu'à 2 de vos trimestres rachetés, et parfois plus de 12 000 € versés sans remboursement

Vous êtes né en 1964 ou au début de 1965, et vous avez racheté des trimestres pour partir au taux plein ? La suspension de la réforme des retraites vous rend quelques mois, mais elle peut aussi transformer une partie de vos trimestres rachetés en dépense sans contrepartie. Avant de déposer votre demande de retraite, mieux vaut savoir combien il vous en faut vraiment.

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Par | Publié le 8 Novembre 2026 à 09:56 | mis à jour le 8 Novembre 2026 à 09:57
Une femme de 61 ans déçue face à une conseillère de l'Assurance retraite - Illustration générée par IA
Une femme de 61 ans déçue face à une conseillère de l'Assurance retraite - Illustration générée par IA

Vos trimestres rachetés, payés pour rien ?

C'est un drôle de cadeau que vous fait la suspension de la réforme des retraites. Elle vous rend quelques mois sur l'âge de départ et réduit le nombre de trimestres exigés pour le taux plein, ce que beaucoup d'entre nous attendaient avec impatience. Mais si vous aviez pris les devants en rachetant des trimestres pour atteindre l'objectif fixé en 2023, une partie de cet effort ne vous sert peut-être plus à rien.

Et cet argent, vous ne le reverrez pas. Pour les retraites qui prennent effet depuis le 1er septembre 2026, l'Assurance retraite applique la suspension par une circulaire du 5 mars 2026. Celle-ci retire les paragraphes consacrés au remboursement ouvert par la réforme de 2023, dont le délai a expiré, et n'en prévoit pas pour les trimestres que la suspension rend moins utiles. Rien, dans les textes publiés depuis, n'organise ce remboursement.
 
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Un ou deux trimestres de moins selon votre naissance

Le changement porte sur la durée d'assurance exigée pour partir au taux plein. La loi de financement de la Sécurité sociale du 30 décembre 2025 l'a réduite pour les générations 1964 et 1965, et la circulaire de l'Assurance retraite en donne le détail. Nés en 1964, il vous faut désormais 170 trimestres au lieu de 171, et nés entre le 1er janvier et le 31 mars 1965, vous êtes les mieux servis avec 170 trimestres au lieu de 172.

Nés entre le 1er avril et le 31 décembre 1965, vous gagnez un trimestre, avec 171 au lieu de 172. Ce calendrier ne vaut cependant que pour une retraite qui prend effet à compter du 1er septembre 2026. Si la vôtre a démarré avant cette date, l'ancienne durée reste la vôtre : 171 trimestres pour la génération 1964 et 172 pour celle de 1965.
 

Quand un trimestre racheté ne vous sert plus

Un trimestre racheté sert d'abord à effacer la décote, cette minoration appliquée à votre pension quand il vous manque des trimestres au moment de partir. Selon la circulaire de l'Assurance retraite, chaque trimestre manquant coûte 1,25 % du taux plein. Tant que votre total reste sous la durée exigée, chacun de vos rachats continue donc de vous éviter cette perte.

Prenons une assurée née en février 1965 qui a validé 168 trimestres et en a racheté 4, soit 172 au total. Avec la réforme de 2023, il lui en fallait 172, et ses quatre rachats lui servaient jusqu'au dernier. Avec la suspension, 170 suffisent : deux de ses trimestres rachetés dépassent désormais la durée exigée et n'améliorent plus sa pension de base.

Ne comptez pas non plus sur la surcote pour les rattraper. Elle récompense les trimestres cotisés après l'âge légal, au-delà de la durée exigée, et un trimestre racheté en trop n'en donne pas.
 

L'argent de votre rachat ne reviendra pas

La pilule est d'autant plus amère qu'un rachat ne coûte pas trois sous. Le barème de l'Assurance retraite n'a pas bougé depuis 2013, et à 57 ans, un trimestre y vaut de 3 103 € à près de 8 000 € en fonction de vos revenus et de l'option choisie. Deux trimestres en trop peuvent représenter plus de 12 000 € versés sans effet sur votre pension.

Les assurés touchés par le recul de l'âge en 2023 avaient eu droit, eux, à une porte de sortie. Nés à partir du 1er septembre 1961, ils pouvaient se faire rembourser les rachats payés avant le 15 avril 2023, à condition de ne pas être déjà retraités et d'en faire la demande au plus tard le 14 avril 2025. Ce délai est clos depuis plus d'un an et demi, et la suspension n'en a pas ouvert d'autre.

Une consolation tout de même, et elle n'est pas mince. La somme versée pour le rachat était déductible de votre revenu imposable, et elle a pu alléger votre impôt l'année où vous l'avez payée.
 

Le Sénat peut-il rendre leur utilité à vos rachats ?

Une inconnue pèse encore sur ce calcul, et elle se jouera dans les prochaines semaines. Les sénateurs examineront le budget de la Sécurité sociale pour 2027 du lundi 9 au mercredi 18 novembre. Selon Public Sénat, la majorité de droite et du centre entend y rétablir la réforme des retraites de 2023, comme le confirme le rapporteur centriste Olivier Henno.

Si la durée de cotisation de 2023 revenait avec la réforme, vos trimestres en trop retrouveraient leur utilité. Or nous n'en sommes pas là. La chaîne parlementaire rappelle d'ailleurs que le gouvernement, sans majorité, devra très probablement recourir au 49.3 ou aux ordonnances, avec un budget où le retour de la réforme de 2023 ne figure pas.
 
En attendant, je vous conseille d'ouvrir votre relevé de carrière sur le site de l'Assurance retraite et de comparer votre total, rachats compris, à la durée exigée pour votre génération. C'est ce décompte qui dira si vos rachats travaillent encore pour vous, ou s'ils dorment désormais sur votre relevé sans rien vous rapporter.

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