Retraite

Présidentielle 2027 : David Lisnard veut geler votre retraite au-delà de 2 200 euros par mois, mais son programme ne dit rien des Ehpad ni des aidants

Mardi soir sur CNews et Europe 1, David Lisnard a dit ce qu'il réserverait à votre retraite s'il entrait à l'Élysée en 2027. Le président de Nouvelle Énergie vise d'abord les pensions les plus élevées, pour financer un changement complet de système. Pour vos parents âgés, l'Ehpad ou les aidants, il faut en revanche chercher longtemps dans son programme.

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Par | Publié le 28 Octobre 2026 à 10:50 | mis à jour le 28 Octobre 2026 à 10:52
David Lisnard © Obatala-photography / Shutterstock
David Lisnard © Obatala-photography / Shutterstock

« Pas un gel total » : les retraites au-dessus de 2 200 euros dans le viseur

Invité de Laurence Ferrari dans « Objectif Élysée 2027 », le maire de Cannes a répondu à la question que beaucoup d'entre vous se posent depuis la rentrée : faut-il s'attendre à un gel des pensions ? Sa réponse tient dans une nuance. « Je ne propose pas un gel total des retraites, mais un gel des retraites de plus de 2200 euros », a-t-il déclaré selon Europe 1, après avoir chiffré à deux ou trois milliards d'euros, dès la première année, d'autres économies sur les prestations sociales.

Ce seuil a d'ailleurs bougé. Les pages de son parti, Nouvelle Énergie, retiennent encore 2 000 euros par mois, chiffre qu'il répétait le 11 octobre dans l'émission Le Crayon. Le candidat n'a pas précisé mardi s'il parlait d'une pension brute ou nette, de la seule retraite de base ou de l'ensemble avec la complémentaire, ni si le gel porterait sur toute la pension ou sur la part au-delà du seuil. Ce sont pourtant ces trois détails qui diront si vous êtes concerné.
 
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Ce que ce gel coûterait à votre pension

Prenons une pension de 2 500 euros par mois. Si les prix montent de 1,5 % sur un an, un gel lui fait perdre 37,50 euros par mois, soit 450 euros sur l'année, et l'écart se reporte sur chaque année suivante tant que la pension ne rattrape pas l'inflation (le calcul est le nôtre). David Lisnard ne cache pas l'objectif : selon la page que lui consacre son parti, l'argent non versé servirait à amorcer la retraite par capitalisation qu'il veut créer, plutôt qu'à demander un nouvel effort aux seuls actifs.

Le gouvernement suit une autre logique dans son projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 : au-delà de 1 260 euros brut par mois, la hausse serait fixée par décret, et sans décret les pensions resteraient gelées. Le seuil du candidat est donc plus haut. Entre les deux, la question qui vous intéresse est simple : à quel niveau de pension commence la perte, et pour combien d'années ?

Votre abattement de 10 % et votre CSG aussi en jeu

Le gel n'est pas le seul levier qui touche les retraités. Sur Europe 1, au printemps 2025, David Lisnard jugeait que l'abattement fiscal de 10 % sur les pensions pouvait paraître bizarre pour des gens qui ne travaillent plus, et son parti le range parmi les ressources de la transition. Or ce même abattement a déjà résisté cet automne : selon Le Monde, les députés ont rejeté en commission, début octobre, le plafond de 3 000 euros que le gouvernement voulait lui appliquer.

Côté CSG, le candidat a proposé mardi de faire passer celle des salariés de 9,2 % à 6,6 %, pour l'aligner, selon ses mots, sur celle des inactifs. Sauf que les retraités ne paient pas tous 6,6 %. Service Public rappelle qu'il existe quatre taux sur les pensions, de zéro à 8,3 % pour le taux normal, selon le revenu fiscal du foyer. Si la mesure était appliquée telle quelle, un salarié paierait donc moins de CSG qu'un retraité soumis au taux normal.

Un âge légal porté à 65 ans pour partir à la retraite

Sur l'âge de départ, le programme publié par Nouvelle Énergie est sans détour : il fait de l'âge légal à 65 ans un impératif national urgent, à fixer avant toute autre réforme. En l'état du droit, l'âge minimal atteint 64 ans pour les assurés nés à partir de 1969, comme le montre le tableau de la fiche de Service Public sur l'âge de départ et le nombre de trimestres exigés. Le passage à 65 ans ajouterait donc une année, au moins pour les plus jeunes, sans que le programme précise à partir de quelle année de naissance.

La page de questions-réponses de son parti, mise à jour le 16 octobre, nuance pourtant ce point. Elle explique qu'il refuse de défaire la réforme de 2023, qu'il qualifie de « réformette », mais qu'il ne fait pas de l'âge sa réponse principale, celle-ci passant par la capitalisation. Pour nous qui préparons notre départ, le programme écrit reste la référence, et il dit 65 ans.
 

Une pension socle, 40 % de capitalisation et une seule caisse

Le cœur du projet est ailleurs. Le programme prévoit un socle de pension par répartition, attribué à tous les retraités sans condition dès 65 ans et complété par un minimum vieillesse porté à 1 000 euros par mois. Tout le reste basculerait vers la capitalisation, alimentée par les cotisations obligatoires, en huit tranches environ, jusqu'à atteindre 116 milliards d'euros, soit à peu près 40 % du total des retraites. Je relève au passage que l'allocation de solidarité aux personnes âgées, l'Aspa, peut déjà atteindre 1 043,59 euros brut par mois selon Service Public.

Votre interlocuteur changerait aussi. Une Agence centrale publique de retraite gérerait l'ensemble et remplacerait tous les organismes actuels, de la Cnav aux caisses complémentaires comme l'Agirc-Arrco. Le programme laisse toutefois ouverte une question décisive pour les retraités actuels : il ne dit pas comment seraient convertis les droits déjà acquis dans chaque caisse.

Vos parents âgés et les aidants, absents du programme de David Lisnard

Venons-en à ceux dont vous vous occupez peut-être déjà. Ni le programme publié par Nouvelle Énergie, ni les réponses données mardi soir, telles que rapportées par Europe 1, ne comportent de mesure pour les Ehpad, l'aide à domicile ou les aidants. Le candidat veut pourtant remplacer les départements et les régions par des provinces, proposition redite le 3 juillet à Saint-Raphaël, alors que c'est le département qui verse l'allocation personnalisée d'autonomie, l'Apa, celle qui aide vos parents à payer leur maintien à domicile.
 
Qui paierait l'Apa dans ces provinces ? Le candidat ne l'a pas encore dit. Sur la transmission, il est plus précis : son livre, Ainsi va la France, propose d'unifier les abattements quel que soit le lien de parenté, et la page de son parti en conclut qu'un grand-parent pourrait transmettre jusqu'à 100 000 euros en franchise d'impôt à ses petits-enfants. Avant de juger ce projet, nous aurons donc besoin d'entendre David Lisnard sur le grand âge, qui manque encore à son tableau.

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