Retraite

Un an de gel, deux virements en 2026 : l'Agirc-Arrco peut revaloriser de 17 à 29 € par an pour 1 000 points sur votre retraite complémentaire

Votre retraite complémentaire Agirc-Arrco n'a pas bougé depuis novembre 2024. La hausse se décide à la mi-octobre, pour un premier effet au 1er novembre, et elle tient dans une fourchette étroite. Quatre retraités sur dix n'avaient déjà rien senti de la précédente, pourtant trois fois plus forte.

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Par | Publié le 14 Septembre 2026 à 09:00 | mis à jour le 14 Septembre 2026 à 09:20
Une retraitée montre son nombre de points Agirc-Arrco affiché à l'écran - Illustration générée par IA
Une retraitée montre son nombre de points Agirc-Arrco affiché à l'écran - Illustration générée par IA

Le chiffre qui ferme la discussion est tombé jeudi dernier

Une hausse peut être réelle et rester invisible. C'est exactement l'écart que l'automne prépare sur votre relevé : d'un côté un taux annoncé à la mi-octobre et repris partout, de l'autre quelques euros noyés dans un virement mensuel. Jeudi 10 septembre, l'Insee a publié la prévision de prix qui sert de base au calcul de la revalorisation Agirc-Arrco. Dans le même document, l'institut a publié autre chose : une étude qui mesure combien de retraités ne voient pas passer les hausses de pension.
 
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Quatre retraités sur dix n'ont rien senti des hausses de 2023 et 2024

L'enquête Ressources et conditions de vie, exploitée par l'Insee dans sa note du 10 septembre, a comparé ce que les retraités déclarent ressentir et ce que leurs pensions ont réellement fait entre 2023 et 2024. Le résultat tient en un chiffre : 39 % des retraités n'ont signalé aucune hausse de leur revenu, ni dans l'enquête de 2024 ni dans celle de 2025. Quatre sur dix sont donc restés insensibles aux revalorisations de fin 2023 et de début 2024, qui ont pourtant bien eu lieu.

Le détail est encore plus parlant. Interrogés sur l'évolution de leur retraite, les retraités la sous-estiment dans 49 % des cas et la surestiment dans 7 % seulement. L'erreur n'est donc pas aléatoire : elle penche toujours du même côté, celui du « rien n'a bougé ». Début 2025, 53 % d'entre eux décrivaient un revenu stable sur les douze mois écoulés.

Or la période observée n'était pas avare. Au 1er novembre 2023, la valeur de service du point Agirc-Arrco est passée de 1,3498 à 1,4159 euro, soit une hausse de 4,9 % selon le barème publié par le régime. La retraite de base a suivi au 1er janvier 2024. Ces deux hausses-là sont précisément celles que quatre retraités sur dix n'ont pas vues passer.
 

Ce que l'accord de 2023 autorise sur votre pension

La mécanique qui fixe ce taux ne laisse pas beaucoup d'air. L'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 pilote le régime jusqu'au 31 décembre 2026 : la valeur du point suit les prix à la consommation hors tabac estimés pour l'année en cours, diminués d'un facteur de soutenabilité de 0,40 point. Le conseil d'administration peut ensuite ajuster ce résultat de 0,4 point vers le haut ou vers le bas, comme le rappelle la fiche de Service Public consacrée à la revalorisation des complémentaires.

Le chiffre d'entrée est désormais connu. Dans son annexe statistique du 10 septembre, l'Insee chiffre l'inflation hors tabac à 2,0 % en moyenne annuelle pour 2026. La formule donne donc 1,6 %, et la marge du conseil ouvre une fourchette de 1,2 % à 2 %. Le texte ajoute une seconde limite, moins citée : la hausse ne peut pas dépasser l'évolution des salaires, que l'Insee attend elle aussi à 2,0 % cette année pour le salaire moyen par tête.

Reste que rien n'est acquis. Contrairement à la retraite de base, la complémentaire ne connaît pas de revalorisation automatique en cas de désaccord : le 17 octobre 2025, faute d'entente entre patronat et syndicats, le taux appliqué a été de zéro.
 

Ce que la décision vaut sur votre relevé de points

Le taux, lui, ne vous dit rien. Votre pension complémentaire, c'est votre nombre de points multiplié par la valeur de service du point, fixée à 1,4386 euro depuis le 1er novembre 2024. Le seul calcul qui vous concerne part donc de votre relevé, pas d'une moyenne nationale.

Cette règle de trois, que nous avons refaite pour l'occasion, tient en deux lignes. Mille points rapportent à ce jour 1 438,60 euros bruts par an : 1,2 % y ajoute 17,26 euros sur l'année, 1,6 % en ajoute 23,02, et 2 % en ajoute 28,77. Rapporté au mois, cela fait entre 1,44 et 2,40 euros par tranche de mille points, à multiplier par le nombre inscrit sur votre relevé.

Pour se situer, un ordre de grandeur existe. Le régime publie, dans ses chiffres clés, une retraite complémentaire moyenne de droit direct de 6 624 euros bruts par an en 2024, soit 552 euros par mois. Cela correspond, toujours selon notre calcul, à environ 4 600 points. Sur cette pension, la hausse de novembre vaudrait 6,62 euros par mois au plancher de la fourchette et 11,04 euros au plafond. Entre les deux bornes que le conseil d'administration va arbitrer, l'écart tient donc dans 4,42 euros mensuels, ou 53 euros sur une année pleine.

Sauf que la moitié des retraités touchent moins que cette moyenne, et les femmes nettement moins : 4 272 euros bruts annuels de droit direct contre 9 048 pour les hommes, toujours d'après les chiffres du régime. Sur la pension féminine moyenne, l'arbitrage d'octobre se joue à 2,85 euros par mois.
 

Le point figé depuis 2024, 2,92 % de prix en face

Ce petit calcul se heurte à une addition moins agréable. Le point n'a pas bougé depuis le 1er novembre 2024 : au 31 octobre prochain, cela fera vingt-quatre mois. Pendant ces deux années, les prix hors tabac ont progressé de 0,9 % en 2025, puis de 2,0 % attendus en 2026 d'après la dernière note de l'institut statistique. Mis bout à bout, et le calcul est là encore le nôtre, cela donne 2,92 %.

En face, le taux central de la formule affiche 1,6 %. Il manque donc 1,32 point, soit, toujours selon notre calcul, environ 87 euros par an sur la complémentaire moyenne, et je trouve cet écart plus parlant que le taux lui-même. L'accord prévoit bien un rattrapage, mais il ne vise que l'écart entre l'inflation prévue et l'inflation constatée, jamais une année passée sans hausse : la valeur du point repart de son niveau gelé.
  D'ailleurs, l'indice retenu par l'accord est une moyenne d'année, pas le prix du mois où tombe le virement. En novembre, l'Insee attend 2,7 % de hausse des prix hors tabac sur un an. La pension, elle, sera relevée sur 2,0 %.
 

Ce que vous pouvez vérifier avant l'annonce

Trois gestes suffisent à transformer l'annonce d'octobre en montant précis. Votre espace personnel sur le site du régime affiche votre nombre de points, et c'est la seule donnée qui vous appartienne en propre. Multiplié par 1,4386 euro, ce nombre redonne le montant annuel brut que vous touchez actuellement. Le jour de l'annonce, le même nombre multiplié par le taux retenu vous livre la hausse, à l'euro près.
 
Le calendrier ajoute une contrainte. La revalorisation prend effet au 1er novembre, ce qui ne laisse que deux versements concernés avant la fin de l'année, celui de novembre et celui de décembre. Le plein effet ne se lira donc que sur l'année 2027.

Quatre retraités sur dix n'ont rien senti d'une hausse de 4,9 %. Celle de novembre vaudra trois fois moins, et c'est bien pour cela qu'il vaut mieux la mesurer soi-même que l'attendre.

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