Retraite

L'Agirc-Arrco avait gelé les retraites du privé en octobre 2025 : avec 91 milliards en réserve, la CFDT réclame une hausse de votre pension

Votre pension complémentaire n'a pas bougé d'un centime depuis novembre 2024. Jeudi, devant des journalistes spécialisés, la CFDT a demandé que les retraites complémentaires du privé suivent enfin les prix, voire un peu plus. Sauf que l'accord qui régit le régime jusqu'à la fin de l'année fixe déjà, à la virgule près, ce que cette demande peut donner en novembre.

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Par | Publié le 5 Septembre 2026 à 18:43 | mis à jour le 5 Septembre 2026 à 18:43
Un délégué CFDT plaque une pancarte chiffrée contre la vitrine d'un centre Agirc-Arrco - Illustration générée par IA
Un délégué CFDT plaque une pancarte chiffrée contre la vitrine d'un centre Agirc-Arrco - Illustration générée par IA

Ce que la CFDT a demandé jeudi

Jeudi 3 septembre, devant l'Association des journalistes de l'information sociale, la secrétaire générale de la CFDT a posé une demande courte : que les pensions complémentaires du privé soient indexées sur l'inflation, voire un peu au-delà. La date visée est précise, c'est le 1er novembre 2026, et elle concerne 14 millions de retraités. Sur la retraite de base, en revanche, son propos est resté beaucoup moins tranché.

Or cette dissymétrie n'est pas une nuance de vocabulaire syndical. Elle sépare deux régimes qui ne sont plus jugés à la même aune : l'un affiche des réserves et un résultat positif, l'autre creuse son déficit. C'est sur cette ligne de partage que se décidera, dans les six prochaines semaines, ce que votre relevé affichera en novembre.
 
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Un régime à l'équilibre, une pension à l'arrêt

Le 31 mars, l'Agirc-Arrco a publié ses comptes 2025 : un résultat global de 1,4 milliard d'euros, dont 0,3 milliard tiré des seules opérations de retraite et 1,1 milliard du rendement des placements. À la clôture de l'exercice, les réserves disponibles du régime atteignaient 91,2 milliards d'euros en valeur de marché. Le régime verse 101 milliards d'euros de pensions chaque année à 14 millions de retraités, sans porter un euro de dette.

Pendant ce temps, la valeur de service du point, c'est-à-dire le nombre par lequel vos points sont multipliés pour donner votre pension, n'a pas bougé. Elle est fixée à 1,4386 euro depuis le 1er novembre 2024, et rien n'a bougé au 1er novembre 2025, faute d'accord entre patronat et syndicats lors du conseil d'administration du 17 octobre 2025. Votre dernière augmentation remonte donc à novembre 2024, et elle valait 1,6 %. Vingt-deux mois plus tard, la ligne de votre complémentaire affiche toujours le même montant brut.

Rapportées aux 101 milliards versés chaque année, ces réserves couvrent 10,8 mois de pensions, quand la règle que les partenaires sociaux se sont donnée en exige six. Cette marge, les syndicats la brandissent depuis deux ans ; le patronat répond qu'elle doit tenir quinze ans, pas un automne.
 

Le plafond que l'accord de 2023 pose sur votre hausse

L'accord national interprofessionnel du 5 octobre 2023 pilote le régime jusqu'au 31 décembre 2026, et il laisse peu de place à l'improvisation. La valeur du point y suit, chaque 1er novembre, les prix à la consommation hors tabac estimés pour l'année en cours, diminués d'un facteur de soutenabilité de 0,40 point. Le conseil d'administration dispose ensuite d'une marge de manœuvre de 0,4 point, dans les deux sens : il peut annuler la minoration et coller à l'inflation, il peut aussi la doubler et descendre à l'inflation moins 0,8 point. Au-dessus de l'inflation, le texte lui ferme la porte, comme il lui interdit de faire progresser les pensions plus vite que les salaires.

Traduisons cette mécanique en euros. Dans sa note de conjoncture de juin, l'Insee prévoit 2 % d'inflation hors tabac pour 2026, prévision qu'il révisera à la mi-septembre et qui servira de base à la discussion. La fourchette ouverte au conseil va donc de 1,2 % à 2 %, et le point médian, celui qu'obtient l'application littérale de la formule, se situe à 1,6 %.

En rapportant les 101 milliards versés chaque année aux 14 millions de retraités du privé, nous obtenons une complémentaire moyenne de 601 euros bruts par mois. La hausse de novembre vaudrait alors 7,21 euros par mois au plancher, 12,02 euros au plafond, et les 0,8 point qui séparent les deux bornes pèsent 4,81 euros mensuels, soit environ 57,70 euros sur une année pleine. Cette moyenne est une estimation de la rédaction, calculée sur un montant non arrondi : votre pension dépend de vos points, et l'écart autour de ces 601 euros est large.
  Pour le régime, ces mêmes 0,8 point représentent environ 800 millions d'euros par an, selon notre calcul rapporté aux 101 milliards versés, à comparer aux 91,2 milliards de réserves : l'écart entre les deux bornes coûte, la première année, moins d'un pour cent du magot. D'ailleurs, la difficulté est ailleurs. Une revalorisation ne se paie pas une fois, elle s'inscrit dans la pension et se répète jusqu'au dernier versement, ce que les employeurs appellent le coût cumulé sur quinze ans.

Quant à l'indexation « au-delà de l'inflation » évoquée par la CFDT, elle ne peut pas sortir de la réunion d'octobre : l'accord en vigueur ne le permet pas.
 

Votre base et votre complémentaire ne suivent plus la même route

La comparaison avec le régime général éclaire cette prudence. La retraite de base a été revalorisée de 0,9 % au 1er janvier 2026, mais la branche vieillesse reste déficitaire de plusieurs milliards selon la commission des comptes de la Sécurité sociale, au moment où le gouvernement cherche des économies pour 2027. Défendre une hausse pleine sur un régime excédentaire et rester prudent sur un régime déficitaire n'a rien de contradictoire. Pour vous, les deux lignes tombent sur le même compte.
 

La décision d'octobre, puis l'accord des dix ans

Le calendrier, lui, est connu. Le conseil d'administration se réunit à la mi-octobre, sur la base de la prévision d'inflation publiée par l'Insee quelques semaines plus tôt, et sa décision vaut pour les pensions versées à partir du 1er novembre. Si aucun accord ne se dégage, rien ne se passe : contrairement à la retraite de base, la complémentaire ne connaît pas de revalorisation automatique en cas de désaccord. C'est exactement ce qui s'est produit en octobre 2025.
  Mais la réunion d'octobre n'est que la moitié de l'affaire. L'accord de 2023 expire le 31 décembre 2026, et les partenaires sociaux doivent en négocier un nouveau, qui fixera les règles de la décennie suivante. Les projections annexées au texte actuel retiennent, pour la période 2027-2037, une indexation qui abandonne les prix pour suivre le salaire moyen diminué de 1,16 point, calibrée de manière à conserver en permanence six mois de pensions en réserve. Rien n'oblige les négociateurs à reprendre ce paramètre, et je crois cette discussion plus lourde de conséquences, sur votre pension des dix prochaines années, que les quelques euros arbitrés cet automne.

D'ici là, un réflexe utile : votre relevé de points, consultable dans votre espace personnel, vous donne le nombre exact à multiplier par la valeur du point. Vous saurez ainsi, dès l'annonce du taux, ce que la décision vaut sur votre propre pension, et non sur une moyenne. Près de deux ans après la dernière hausse, la question n'est plus de savoir si le régime en a les moyens, mais qui, du patronat ou des syndicats, acceptera de bouger le premier.

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