Un retraité superpose deux relevés de pension à la lumière devant une agence de retraite - Illustration générée par IA
Un arbitrage rendu, une ligne toujours pas tracée
Jean-Pierre Farandou s'est exprimé vendredi 28 août sur franceinfo, et il a livré une certitude avant d'en suspendre une autre. Sur les minima sociaux, l'arbitrage du Premier ministre est rendu : le RSA et le minimum vieillesse seront revalorisés sur l'inflation en 2027.
Pour les pensions de retraite, rien de tel. Le ministre du Travail a mis en avant le coût de la règle actuelle, appliquée selon lui à quelque 400 milliards d'euros, puis il a appelé les seniors à un effort collectif.
Pour les pensions de retraite, rien de tel. Le ministre du Travail a mis en avant le coût de la règle actuelle, appliquée selon lui à quelque 400 milliards d'euros, puis il a appelé les seniors à un effort collectif.
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Ce que 1,6 % ajoute à votre pension
Le ministre n'a pas dit où passerait la limite entre les pensions protégées et les autres. Un taux existe déjà sur le papier. Dans son rapport du 29 mai 2026, la Commission des comptes de la Sécurité sociale a évalué à 1,6 % l'inflation lissée entre novembre 2025 et octobre 2026, la période qui sert de référence au calcul de la hausse du 1er janvier. Ce chiffre sera révisé en octobre, avec les derniers relevés de l'Insee, et les pensions de base avaient pris 0,9 % en janvier 2026.
Sur une pension de 1 900 euros bruts par mois, 1,6 % représentent 30,40 euros de plus. Sur 2 100 euros, 33,60 euros. Sur 3 000 euros, 48 euros. Ces montants paraissent minces, sauf qu'ils ne se rattrapent jamais : une année sans hausse abaisse le point de départ de toutes les années suivantes, et chaque revalorisation ultérieure s'applique à ce niveau diminué.
Or les mots employés dans le débat recouvrent deux gestes de force différente. Une sous-indexation accorde une hausse inférieure aux prix, un gel supprime la hausse. Les scénarios qui circulent depuis la mi-août mêlent les deux, avec un seuil de bascule qui oscille entre 2 000 et 3 000 euros de pension mensuelle selon les sources de presse.
Sur une pension de 1 900 euros bruts par mois, 1,6 % représentent 30,40 euros de plus. Sur 2 100 euros, 33,60 euros. Sur 3 000 euros, 48 euros. Ces montants paraissent minces, sauf qu'ils ne se rattrapent jamais : une année sans hausse abaisse le point de départ de toutes les années suivantes, et chaque revalorisation ultérieure s'applique à ce niveau diminué.
Or les mots employés dans le débat recouvrent deux gestes de force différente. Une sous-indexation accorde une hausse inférieure aux prix, un gel supprime la hausse. Les scénarios qui circulent depuis la mi-août mêlent les deux, avec un seuil de bascule qui oscille entre 2 000 et 3 000 euros de pension mensuelle selon les sources de presse.
Les deux seuils déjà votés ne regardaient que vous
Un seuil de ce genre a déjà existé, deux fois, et les deux fois il portait un numéro d'article. Le premier date de l'article 9 de la loi de financement rectificative de la Sécurité sociale du 8 août 2014, qui a gelé pour un an la revalorisation des retraites de base. En étaient exclus les assurés dont le total des pensions ne dépassait pas 1 200 euros par mois au 30 septembre 2014, avec un coefficient réduit de moitié entre 1 200 et 1 205 euros. Le Conseil constitutionnel l'a validé le 6 août 2014, en reprenant les mots du texte : le total des pensions perçues par le même assuré.
Le second est l'article 81 de la loi de financement pour 2020, promulguée le 24 décembre 2019. En dessous de 2 000 euros bruts de pensions mensuelles, la retraite de base suivait l'inflation, soit 1 %. Au-dessus de 2 014 euros, elle n'était revalorisée que de 0,3 %, et une circulaire de la Cnav du 30 janvier 2020 détaille les trois taux intermédiaires prévus entre ces deux bornes pour amortir la marche.
Prenez un couple qui touche 1 900 euros chacun, soit 3 800 euros par mois à deux. Aucun des deux ne franchit la ligne des 2 000 euros, et les deux pensions montent normalement. À 1,6 %, cela représente 60,80 euros de plus par mois pour le ménage, soit 729,60 euros sur l'année. Votre voisine qui vit seule avec 2 100 euros, elle, dépasse la ligne de 100 euros. Pension gelée, elle ne touche rien, quand la hausse lui aurait rapporté 403,20 euros sur la même année. Le calcul reste le nôtre, il vaut ce que vaut son hypothèse d'inflation, mais il donne l'ordre de grandeur : le foyer le mieux doté des deux encaisse la revalorisation, l'autre la perd.
Le second est l'article 81 de la loi de financement pour 2020, promulguée le 24 décembre 2019. En dessous de 2 000 euros bruts de pensions mensuelles, la retraite de base suivait l'inflation, soit 1 %. Au-dessus de 2 014 euros, elle n'était revalorisée que de 0,3 %, et une circulaire de la Cnav du 30 janvier 2020 détaille les trois taux intermédiaires prévus entre ces deux bornes pour amortir la marche.
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Désindexation des retraites : le seuil ne portait pas que sur vos pensions de base, la loi de 2020 y ajoutait votre complémentaire
Ces montants additionnaient toutes vos pensions, base et complémentaire. Mais ils s'arrêtaient là, et cette limite change tout pour un couple. Interrogé en 2019 sur l'inégalité que la méthode créait entre ménages, le gouvernement a répondu au Journal officiel du 12 novembre que le seuil était applicable à chaque retraité pris individuellement. Il ajoutait que la revalorisation, à la différence de la contribution sociale généralisée, porte sur un droit contributif qui n'est pas conjugalisé. La DREES le confirme dans ses panoramas annuels : la ligne se lisait sur la pension tous régimes d'une personne, pas sur les ressources d'un foyer. Désindexation des retraites : le seuil ne portait pas que sur vos pensions de base, la loi de 2020 y ajoutait votre complémentaire
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Votre conjoint compte pour la CSG, pas pour la hausse
La contribution sociale généralisée, elle, procède dans l'autre sens. Son taux dépend du revenu fiscal de référence du foyer et du nombre de parts, comme le rappelle la fiche officielle sur la CSG et la CRDS sur les revenus de remplacement. Quatre taux s'appliquent aux pensions : zéro, 3,8 %, 6,6 % et 8,3 %. Pour une part fiscale, le taux normal démarre au-delà de 26 472 euros de revenu de référence ; pour deux parts, il faut franchir 40 604 euros.
Reprenons les deux mêmes ménages. Le couple à 3 800 euros par mois déclare 45 600 euros de pensions sur l'année. En ne comptant que ces pensions et l'abattement de 10 %, son revenu fiscal de référence approche 41 040 euros et bascule au taux normal. La personne seule à 2 100 euros déclare 25 200 euros, son revenu de référence tourne autour de 22 680 euros, et elle en reste au taux médian de 6,6 %. Ces deux estimations supposent qu'aucun loyer ni aucun placement ne vient s'y ajouter, ce qui reste une hypothèse d'école.
D'ailleurs, le résultat mérite d'être posé à plat. Sur la même pension, deux lignes de partage se croisent en sens contraire : l'une additionne les revenus de votre ménage et fixe ce que vous payez, l'autre ne compte que vous et déciderait de ce que vous touchez en plus.
Reprenons les deux mêmes ménages. Le couple à 3 800 euros par mois déclare 45 600 euros de pensions sur l'année. En ne comptant que ces pensions et l'abattement de 10 %, son revenu fiscal de référence approche 41 040 euros et bascule au taux normal. La personne seule à 2 100 euros déclare 25 200 euros, son revenu de référence tourne autour de 22 680 euros, et elle en reste au taux médian de 6,6 %. Ces deux estimations supposent qu'aucun loyer ni aucun placement ne vient s'y ajouter, ce qui reste une hypothèse d'école.
D'ailleurs, le résultat mérite d'être posé à plat. Sur la même pension, deux lignes de partage se croisent en sens contraire : l'une additionne les revenus de votre ménage et fixe ce que vous payez, l'autre ne compte que vous et déciderait de ce que vous touchez en plus.
L'addition à faire avant l'examen du budget
Cette addition, vous pouvez la faire vous-même, et elle se mène personne par personne. Prenez votre retraite de base, votre complémentaire et une éventuelle réversion, faites le total en brut, et retenez ce montant plutôt que celui de votre ménage.
Le calendrier, lui, est écrit. Le projet de budget est présenté fin septembre en Conseil des ministres, son examen commence à l'Assemblée en octobre, et la Commission des comptes affine son estimation d'inflation au même moment. Le taux tombe en décembre, pour une application au 1er janvier. En attendant, les deux lignes déjà tracées sur les retraites ignoraient l'une comme l'autre la pension de votre conjoint.
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