Retraite

Agirc-Arrco : vingt mois de gel, un rattrapage plafonné à 11 € par mois et une perte définitive

Par | Publié le 29/06/2026 à 09:10

Vingt mois que votre pension complémentaire ne bouge pas. L'Insee vient de publier le chiffre qui lance le compte à rebours : l'inflation 2026 atteindra 2 %. Les 14 millions de retraités du privé connaissent désormais le terrain de jeu de la négociation d'octobre. Le résultat pourrait décevoir deux fois.

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Une calculatrice affichant 11,04 posée sur un relevé de pension
Une calculatrice affichant 11,04 posée sur un relevé de pension

Votre pension n'a pas bougé depuis novembre 2024

Depuis le 1er novembre 2024, le montant inscrit sur votre relevé Agirc-Arrco est exactement le même. Pas un centime de plus.

En octobre 2025, syndicats et patronat ne se sont pas mis d'accord sur une revalorisation. Votre point de retraite complémentaire est resté figé à 1,4386 €, comme le confirme service-public.gouv.fr.

La prochaine hausse possible, c'est le 1er novembre 2026. Pour décider du montant, il faut un chiffre de départ.

Ce chiffre, l'Insee vient de le poser dans sa note de conjoncture du 17 juin : 2 % d'inflation en moyenne annuelle, tiré vers le haut par la flambée de l'énergie liée aux tensions au Moyen-Orient et au blocage du détroit d'Ormuz.

Entre 7 et 11 euros : ce qui pourrait arriver sur votre relevé

La règle est simple. Chaque année, votre pension complémentaire peut être revalorisée à hauteur de l'inflation, moins un petit prélèvement de 0,4 point destiné à préserver les caisses du régime. Le conseil d'administration peut ensuite ajuster de 0,4 point dans un sens ou dans l'autre. Avec 2 % d'inflation, cela donne une fourchette de négociation entre 1,2 % et 2 %.

En euros, voici ce que cela changerait sur votre relevé de novembre :
 
  • Si vous touchez 552 € de complémentaire (la moyenne nationale), comptez entre +6 € et +11 € par mois.
  • Si votre complémentaire atteint 800 €, le gain irait de +10 € à +16 €.
  • Pour un ancien cadre à 1 000 €, entre +12 € et +20 €.


Le montant exact ne sera connu qu'après la réunion des partenaires sociaux en octobre. Historiquement, le compromis atterrit au milieu de la fourchette.

En 2024, sur une mécanique identique, les négociateurs avaient retenu 1,6 %. Le Medef proposait 1,5 %, les syndicats voulaient davantage. Si le même scénario se reproduit en 2026, attendez-vous à un supplément d'environ 9 € par mois pour la pension moyenne. C'est peu, et ce n'est pas le pire.

Pourquoi cette hausse ne rattrapera jamais ce que vous avez perdu

Toute la presse parle de la hausse à venir. Personne n'explique ce qu'elle ne réparera pas.

L'an dernier, votre pension aurait dû être revalorisée d'environ 0,6 % si les partenaires sociaux avaient appliqué leur propre formule. Cette hausse n'a jamais eu lieu.

Le problème, c'est que la hausse de novembre 2026 s'appliquera sur votre pension actuelle (celle qui est restée gelée). Pas sur la pension revalorisée que vous auriez dû toucher si l'accord avait été respecté en 2025.

L'écart entre les deux ne se referme jamais. Chaque revalorisation future partira d'une base plus basse que celle que vous auriez eue sans le gel.

Pour une complémentaire de 552 €, cela représente environ 3,36 € de moins par mois que ce que vous auriez touché dans le scénario normal. Soit 40 € par an, chaque année, aussi longtemps que vous percevrez votre pension.

Sur vingt ans de retraite, la facture dépasse 800 €. Pour une complémentaire de 800 €, l'écart monte à 58 € par an, soit plus de 1 100 € sur vingt ans. Pour un ancien cadre à 1 000 € de complémentaire, la perte permanente dépasse 73 € par an. Et ces chiffres supposent que le gel n'ait duré qu'un an. Ce n'est pas un retard rattrapable. C'est un palier qu'on n'atteindra jamais.

Dans un système indexé, une année sans hausse crée un décrochage que chaque revalorisation ultérieure perpétue au lieu de combler. Votre pension repartira de plus haut en novembre, mais elle repartira d'un cran en dessous de la trajectoire prévue.

91 milliards en réserve, et pourtant

La CGT et FO veulent le maximum (2 %) et réclament en plus un rattrapage partiel du gel de 2025. Leur argument est redoutable à entendre :
 
  • Les comptes publiés le 31 mars 2026 par l'Agirc-Arrco affichent 91,2 milliards d'euros de réserves. Le régime dispose de l'équivalent de près de onze mois de pensions en caisse, un niveau record pour un régime par répartition. L'excédent annuel du régime a toutefois chuté de 4,6 milliards en 2024 à 1,4 milliard en 2025, un recul que la direction du régime met en avant pour justifier sa prudence.
  • Le coût du scénario le plus généreux (2 % pour tout le monde) représenterait 1,85 milliard par an. Soit à peine 2 % des réserves accumulées.

Les syndicats estiment que votre pouvoir d'achat a été sacrifié au nom d'une prudence qui n'a plus de justification comptable. La CGT parle de « gel injustifié » depuis que les chiffres de l'excédent 2025 sont connus.
 
Le patronat tient un autre discours. La suspension de la réforme des retraites maintient des départs anticipés qui, selon le Medef, vont alourdir les dépenses dans la décennie qui vient.

La présidente du régime, Diane Milleron-Deperrois (côté patronal), a confirmé que les discussions auraient lieu en octobre.

Le rapport de force est posé, et la décision tombera mi-octobre.

Après novembre, plus aucune règle du jeu

L'accord qui encadre la revalorisation de votre pension complémentaire expire fin 2026. Après cette date, la formule actuelle n'a plus de base juridique. Syndicats et patronat devront renégocier la totalité du mécanisme. Rien ne garantit que les règles seront reconduites. C'est le bras de fer d'octobre qui tranchera, pour votre pension de novembre et pour toutes celles qui suivront.

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