Retraite

La réforme de 2023 avait repoussé la retraite progressive à 62 ans : vous êtes deux fois plus nombreux à la demander depuis le retour à 60 ans

Par | Publié le 07/08/2026 à 10:14

Un salarié de 60 ans pousse la porte du bureau de poste avec une lettre recommandée et une idée simple en tête : lever le pied sans quitter son entreprise. Ils sont deux fois plus nombreux qu'il y a un an à passer en retraite progressive. Sauf que calcul qui accompagne cette bascule, lui, réserve une surprise à ceux qui n'ont regardé que la promesse.

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Un senior quitte son entreprise à pied en pleine journée de travail - Illustration générée par IA
Un senior quitte son entreprise à pied en pleine journée de travail - Illustration générée par IA

Un dispositif qui change d'échelle en douze mois

Le régime général comptait 34 798 bénéficiaires de la retraite progressive au 30 juin 2025. Ils sont 66 816 un an plus tard, d'après la note statistique publiée en juillet par la Cnav. Le nombre de bénéficiaires a donc été multiplié par près de 1,9 en douze mois, soit 32 018 personnes de plus. Ce compte porte sur le seul régime général, anciens travailleurs indépendants compris.

Ce qui a débloqué les demandes depuis septembre 2025

La bascule est récente : au 31 décembre 2025, le compteur affichait encore 45 948 bénéficiaires, ce qui représente une progression de 45 % sur le seul premier semestre 2026.

Ce retournement ne doit rien à une campagne d'information. Il tient d'abord à une date, le 1er septembre 2025, à partir de laquelle l'âge d'ouverture de la retraite progressive est redescendu à 60 ans pour toutes les générations. Le décret du 15 juillet 2025 a effacé le relèvement progressif de 60 à 62 ans que prévoyait la réforme des retraites de 2023, à la suite de l'accord national interprofessionnel signé à l'automne 2024 par quatre organisations syndicales (CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC) et les trois organisations patronales (Medef, CPME, U2P). Reste la seconde condition, inchangée : 150 trimestres validés tous régimes confondus.

Mais l'âge n'explique pas tout.

La même réforme de 2023 a retiré à l'employeur son droit de veto : il ne peut plus s'opposer à un passage à temps partiel demandé dans ce cadre sans motif légitime.

La Cnav cite aussi, dans une moindre mesure, l'arrivée à l'âge d'éligibilité des générations nées entre 1963 et 1966, plus nombreuses que celles qui les précèdent. Trois causes qui se cumulent sur la même année.
 

Ce que la fraction de pension rembourse vraiment

Le mécanisme paraît simple, et c'est ce qui le rend trompeur.

La fraction de retraite versée est égale à la différence entre 100 % et votre quotité de travail à temps partiel, précise la fiche officielle du service public : un temps partiel à 60 % ouvre droit à 40 % de votre pension provisoire, base et complémentaire comprises. Vous abandonnez donc 40 % de votre salaire et vous récupérez 40 % de votre retraite. Or ces deux pourcentages ne s'appliquent pas à la même somme.

Le rapport entre ce que vous touchez et ce que vous perdez ne dépend pas de la quotité retenue. Il vaut toujours le rapport entre votre pension et votre salaire, autrement dit votre taux de remplacement. Que vous passiez à 80 %, à 60 % ou à 40 %, vous récupérez la même part de chaque euro de salaire abandonné. Le choix du temps partiel change le montant en jeu, jamais le taux de compensation.

Reste à mettre un chiffre derrière ce taux.

Dans son avis rendu le 9 juillet 2026, le Comité de suivi des retraites vérifie que le taux de remplacement d'un salarié non-cadre du privé à carrière ininterrompue, rémunéré au niveau du tiers inférieur des salaires, demeure supérieur aux deux tiers, et il constate que la règle tient pour les dix générations qui suivent celle de 1963. Mais ces deux tiers sont un plancher réglementaire, pas une moyenne : le taux réel se situe au-dessus.

Sur un salaire net de 2 400 euros et au plancher des deux tiers, un passage à 60 % du temps de travail donne 960 euros de salaire en moins contre 640 euros de fraction de pension, soit 320 euros de moins chaque mois et un peu plus de 15 000 euros sur quatre ans. À 75 %, l'écart tombe à 240 euros par mois et à environ 11 500 euros sur la même période.

Il s'agit là d'une simulation, pas d'une prévision : votre taux de remplacement dépend de votre carrière.

Notez que ces années ne sont pas perdues pour la pension définitive : vous continuez à cotiser pendant cette période, et vous pouvez choisir de le faire sur la base d'un temps complet, ce que l'administration appelle la surcotisation. Cette option pèse tout de suite sur la feuille de paie, mais elle neutralise en même temps l'effet du temps partiel sur le calcul final...

Tout dépend de ce que vous cherchez : avoir du temps maintenant, ou une pension intacte à l'arrivée.

Trois situations qui coupent le versement pour de bon

Le dispositif a une particularité que les chiffres de recours ne montrent pas : on en sort plus facilement qu'on y entre.

Si vous reprenez une activité à temps plein, la retraite progressive cesse de vous être versée à compter du premier jour du mois suivant, et le mot employé par l'Assurance retraite ne laisse aucune marge : définitivement. Vous ne pourrez plus en redemander le bénéfice, même en repassant à temps partiel un an plus tard.

Deuxième cas, moins connu : si le revenu tiré de votre activité à temps partiel atteint ou dépasse celui que vous perceviez avant votre passage en retraite progressive, le versement s'arrête, là encore définitivement. Ce revenu de référence est actualisé selon les coefficients de revalorisation des salaires, ce qui laisse peu de place à une promotion ou à une prime exceptionnelle en fin de carrière.

Le troisième cas, en revanche, se rattrape. Une quotité qui sort de la fourchette de 40 à 80 % d'un temps complet entraîne une suspension et non une suppression : le versement reprend le premier jour du mois suivant celui où vous remplissez de nouveau les conditions. Encore faut-il déclarer chaque changement de durée du travail à votre Carsat, sans quoi la régularisation se fera à votre détriment.
 

Les deux calendriers à tenir avant de déposer

Donc tout se joue en amont, sur deux calendriers distincts.

Le premier concerne votre employeur : la demande de passage à temps partiel lui est adressée par lettre recommandée avec accusé de réception, au moins deux mois avant la date de début souhaitée. Il dispose du même délai pour répondre, et son silence vaut acceptation. S'il refuse, il doit démontrer que la durée de travail demandée est incompatible avec l'activité économique de l'entreprise.

Le second calendrier est celui de vos caisses. La demande de retraite progressive se dépose en ligne, au plus tôt cinq mois avant la date souhaitée, accompagnée d'une attestation complétée par votre employeur, et une seule démarche vaut pour tous vos régimes. Les conditions complètes figurent sur la fiche officielle consacrée à la retraite progressive du salarié.

Un point mérite d'être vérifié avant de signer quoi que ce soit : votre pension définitive ne peut pas être inférieure au montant provisoire calculé lors de votre entrée dans le dispositif.

Notez que ce montant provisoire est arrêté sur vos droits du jour de la demande.

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