Taux plein à 65 ans, même sans tous vos trimestres
Le candidat des Républicains à la présidentielle l'a présenté le 22 septembre sur LCI : s'il est élu, la retraite à taux plein deviendrait automatique à 65 ans, et non plus à 67. Ce soir-là, selon ses propos rapportés par l'AFP, il a précisé que cela vaudrait « même si vous n'avez pas toutes vos annuités, tous vos trimestres ». Pour celles et ceux dont le parcours a été coupé par les enfants, le chômage, un temps partiel ou des années passées à l'étranger, ce seraient deux ans gagnés sur l'âge où la pension cesse d'être amputée. Mais le même projet installe un second âge de départ, plus précoce, et c'est lui qui déciderait de ce que vous toucheriez en partant avant.
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Aujourd'hui, vos trimestres manquants se paient jusqu'à 67 ans
Dans les règles actuelles, pour obtenir le taux plein, soit 50 % de votre salaire de référence dans la retraite de base, il faut avoir validé le nombre de trimestres exigé pour votre année de naissance, ou bien attendre 67 ans. Entre l'âge légal et ce seuil, chaque trimestre qui manque se paie. L'Assurance retraite le détaille : le taux de 50 % recule de 0,625 point par trimestre manquant, ce qui revient à retirer 1,25 % du montant de la pension à chaque fois. La caisse retient le calcul le plus favorable, entre les trimestres qui manquent à votre carrière et ceux qui vous séparent encore de vos 67 ans.
Prenons une personne née en 1964. Avec la suspension de la réforme de 2023, son âge légal est figé à 62 ans et 9 mois, et le taux plein lui demande 170 trimestres. Si elle n'en compte que 162 à cet âge, il lui en manque huit, alors que dix-sept la séparent encore de ses 67 ans. Sa retraite de base serait ainsi réduite de 10 % à vie, le calcul est le nôtre. Pour y échapper, elle devrait continuer à travailler jusqu'à combler l'écart, ou attendre son 67e anniversaire.
Prenons une personne née en 1964. Avec la suspension de la réforme de 2023, son âge légal est figé à 62 ans et 9 mois, et le taux plein lui demande 170 trimestres. Si elle n'en compte que 162 à cet âge, il lui en manque huit, alors que dix-sept la séparent encore de ses 67 ans. Sa retraite de base serait ainsi réduite de 10 % à vie, le calcul est le nôtre. Pour y échapper, elle devrait continuer à travailler jusqu'à combler l'écart, ou attendre son 67e anniversaire.
Partir dès 63 ans : une décote de 7 % par an
Le projet de Bruno Retailleau change la donne, et dans les deux sens. Il fixe un âge minimal de départ à 63 ans, et prévient qu'un départ entre cet âge et 65 ans entraînerait une décote de 7 % par an. Or la règle actuelle, rapportée à une année entière, retire 5 % de la pension, soit quatre trimestres à 1,25 %. Le taux annoncé est plus lourd, année pour année, que celui que vous connaissez.
Sauf que la décote ne porterait plus que sur deux années au maximum, celles qui séparent 63 ans de 65 ans. Si elle s'appliquait comme le candidat l'a décrite, un départ à 63 ans coûterait 14 % de la pension. Reprenons notre exemple : à 63 ans, avec huit trimestres de retard, la règle actuelle retire 10 %, et le projet en retirerait 14. En revanche, pour une carrière à laquelle manquent seize trimestres à 63 ans, la décote actuelle grimpe à 20 %, et elle retomberait à 14 %. Ces chiffres sont nos propres calculs, faits sur la seule retraite de base.
À ces conditions, le projet favoriserait les parcours très incomplets et pénaliserait ceux à qui il ne manque que quelques trimestres. Je m'arrête là dans la comparaison, car plusieurs points restent dans l'ombre. Les déclarations rapportées ne disent pas si la décote de 7 % frapperait aussi un salarié de 63 ans qui a tous ses trimestres sans avoir commencé jeune. Elles ne précisent pas davantage si ce taux s'appliquerait au montant de la pension ou au taux de calcul, ni ce que deviendrait votre retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui obéit à ses propres règles.
Sauf que la décote ne porterait plus que sur deux années au maximum, celles qui séparent 63 ans de 65 ans. Si elle s'appliquait comme le candidat l'a décrite, un départ à 63 ans coûterait 14 % de la pension. Reprenons notre exemple : à 63 ans, avec huit trimestres de retard, la règle actuelle retire 10 %, et le projet en retirerait 14. En revanche, pour une carrière à laquelle manquent seize trimestres à 63 ans, la décote actuelle grimpe à 20 %, et elle retomberait à 14 %. Ces chiffres sont nos propres calculs, faits sur la seule retraite de base.
À ces conditions, le projet favoriserait les parcours très incomplets et pénaliserait ceux à qui il ne manque que quelques trimestres. Je m'arrête là dans la comparaison, car plusieurs points restent dans l'ombre. Les déclarations rapportées ne disent pas si la décote de 7 % frapperait aussi un salarié de 63 ans qui a tous ses trimestres sans avoir commencé jeune. Elles ne précisent pas davantage si ce taux s'appliquerait au montant de la pension ou au taux de calcul, ni ce que deviendrait votre retraite complémentaire Agirc-Arrco, qui obéit à ses propres règles.
Carrières longues et métiers pénibles mis à part
Le candidat prévoit deux exceptions. Les personnes qui ont commencé à travailler jeunes et réuni une carrière complète pourraient partir à taux plein dès 63 ans, d'après La Chaîne parlementaire, qui précise qu'elles seraient incitées à rester en poste jusqu'à 65 ans par une exonération de certaines cotisations. Pour les métiers pénibles, il promet des consultations avec les partenaires sociaux afin de désigner les professions qui échapperaient à l'âge minimal.
Un âge de 65 ans qui suivrait l'espérance de vie
Le chiffre de 65 ans, lui, ne serait pas figé. Bruno Retailleau veut établir une relation entre l'âge du taux plein et l'espérance de vie : si celle-ci progresse, l'âge où la décote disparaît reculerait avec elle. L'âge minimal de 63 ans resterait à l'écart de cette indexation, selon LCP. Pour les plus jeunes, le projet ajoute une part de retraite par capitalisation, qui représenterait au départ un quart de leur future pension. Le candidat a insisté sur un point qui nous concerne directement : ce pilier ne toucherait pas les personnes déjà retraitées.
Le but affiché est budgétaire. D'après l'AFP, le candidat attend de cette réforme 40 milliards d'euros d'économies cumulées sur cinq ans, avec pour objectif de sauver la retraite par répartition. Elle s'inscrit dans le plan de 197 milliards d'euros d'économies sur cinq ans qu'il a présenté à la mi-octobre, comme l'a relevé Public Sénat. D'autres candidats ont mis leur propre projet sur la table, et les écarts entre eux se mesurent souvent en trimestres.
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Votre relevé de carrière dira si vous y gagnez
Rien de tout cela ne changera quoi que ce soit avant la présidentielle de 2027, ni avant le vote d'une loi qui n'existe pas encore. Les règles en vigueur continueront de s'appliquer à votre départ. D'ailleurs, vous pouvez savoir dès maintenant de quel côté de la balance vous tomberiez. Combien de trimestres vous manque-t-il ? Votre relevé de carrière, consultable sur le site info-retraite.fr, vous le dira, et c'est ce nombre qui fera de la promesse un gain ou une perte. Si nous retenons une chose de ce projet, c'est que le débat sur l'âge de départ se jouera, pour vous, sur ce petit compteur.
Une retraite à taux plein deux ans plus tôt pour les carrières incomplètes, payée par une décote plus lourde, année pour année, chez ceux qui partent avant : c'est à cette aune que vous pourrez juger le projet, trimestres en main.
Une retraite à taux plein deux ans plus tôt pour les carrières incomplètes, payée par une décote plus lourde, année pour année, chez ceux qui partent avant : c'est à cette aune que vous pourrez juger le projet, trimestres en main.




