Retraite

Retraite à 65 ans et 45 annuités : Édouard Philippe épargnerait un Français sur trois, et c'est votre carrière qui dira si vous en faites partie

Édouard Philippe a parlé vingt minutes face caméra, sans contradicteur, pour dévoiler mardi 29 septembre la réforme des retraites qu'il portera à la présidentielle. Si vous travaillez encore, elle vous vise directement : l'âge de départ et la durée de cotisation y montent tous les deux, avec des exceptions dont le contour reste à écrire. Et si vous êtes déjà parti, le candidat vous fait une promesse, assortie d'une réserve.

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Par | Publié le 29 Septembre 2026 à 13:33 | mis à jour le 29 Septembre 2026 à 14:20
Édouard Philippe © Obatala-photography / Shutterstock.com
Édouard Philippe © Obatala-photography / Shutterstock.com

Ce qu'Édouard Philippe propose, chiffre par chiffre

Le candidat Horizons à la présidentielle a choisi la vidéo, un format qui rappelle ses allocutions de Matignon pendant le Covid, comme l'a relevé l'AFP. Sa réforme se construit en deux temps : remettre d'abord à l'équilibre le système par répartition, ce qu'il présente comme une urgence, puis lui adjoindre un étage de capitalisation. Ce second étage, il le reconnaît lui-même, ne produira pas ses effets avant quinze ou vingt ans.

C'est le premier temps qui vous concerne si vous travaillez encore. « Je propose de porter progressivement la durée de cotisation à 45 ans et l'âge de départ à 65 ans pour les Français qui le peuvent », annonce l'ancien Premier ministre. Le mot « progressivement » a un contenu précis : reprendre d'abord la réforme de 2023, soit 64 ans et 43 ans de cotisation, puis atteindre 65 ans et 45 annuités « en moins de 10 ans ».

Il écarte la hausse des cotisations, qui ont déjà pris près de 6 points depuis 1990, soit selon lui 120 euros de moins par mois sur un salaire de 2 000 euros, tout comme une baisse générale des pensions. Ne lui reste qu'un levier, celui qu'ont choisi, dit-il, nos voisins européens : travailler plus longtemps.
 
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Qui pourrait encore partir avant 65 ans ?

Un Français sur trois partirait avant 65 ans, entre 60 et 64 ans, affirme Édouard Philippe, sans détailler comment il obtient cette proportion. Pour l'illustrer, il cite l'aide-soignante qui soulève des patients depuis vingt ans, le chauffeur routier, l'ouvrière postée à la chaîne depuis ses 18 ans.

Trois âges ne bougeraient pas, précise-t-il : 55 ans pour les personnes en situation de handicap, 60 ans pour celles en incapacité permanente et 62 ans pour les personnes en invalidité. Les dispositifs de carrière longue resteraient en place pour ceux qui ont commencé à travailler tôt.

En revanche, tout ce qui touche à la pénibilité est renvoyé aux partenaires sociaux : quels critères, quels métiers, quels aménagements de fin de carrière. Il promet même de leur confier la gestion du système une fois l'équilibre retrouvé, sous une « règle d'or ». Si vous exercez un métier usant, le texte qui fixera votre âge de départ n'est donc pas écrit, et personne ne peut vous dire aujourd'hui si vous serez dans le tiers qui part plus tôt.
 

Votre année de naissance pèse lourd dans ce projet

Pour les deux autres tiers, tout part de la règle actuelle. D'après le tableau publié par Service Public, la suspension de la réforme de 2023 fixe l'âge légal à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées en 1964 et au premier trimestre 1965, avec 170 trimestres. L'âge monte ensuite par paliers de trois mois, jusqu'à 63 ans et 9 mois pour la génération 1968. À partir de 1969, c'est déjà 64 ans et 172 trimestres.

Le projet d'Édouard Philippe commencerait par effacer ce répit. Revenir à la réforme de 2023, c'est remettre 64 ans pour la génération 1968 et 172 trimestres dès la génération 1965. Viendrait ensuite la marche vers 65 ans, que personne n'a encore datée.

Or les 45 ans de cotisation représentent 180 trimestres, soit 8 trimestres de plus que les 172 exigés aujourd'hui des générations nées à partir de 1966 ; le calcul est le nôtre. Cela fait deux années pleines de travail supplémentaires pour obtenir le taux plein, si les règles de calcul restent celles d'aujourd'hui.

Et votre génération, dans tout cela ? Le candidat n'a donné aucun calendrier par année de naissance : impossible de dire à quel âge partiraient les personnes nées en 1966 ou en 1970. Plus vous êtes jeune, plus vous seriez exposé aux deux marches. Je garderais ce tableau sous la main : c'est lui qui dira ce que chaque promesse coûte à votre génération.
 

Déjà à la retraite, êtes-vous à l'abri ?

Sur les pensions déjà versées, Édouard Philippe écarte une baisse générale, tout en jugeant qu'on peut demander « des efforts » aux retraités, sans dire lesquels. Son argument central vous vise pourtant : là où les réformes n'ont pas été faites à temps, la crise financière a fait chuter les pensions de 20 à 30 %, assure-t-il.
 

La capitalisation, un étage pour vos petits-enfants

Le second temps de la réforme ajoute de l'épargne à la répartition. Vos cotisations continueraient de payer les pensions actuelles, et chacun se constituerait en parallèle une épargne investie, versée en rente au moment du départ. Édouard Philippe souligne que la capitalisation existe déjà et qu'elle est obligatoire pour les fonctionnaires ; il veut l'imposer à tous les salariés.

Il promet aussi un plan d'épargne retraite pour chaque Français, dont il veut faire « l'un des placements les plus attractifs du marché », ainsi qu'un premier versement de l'État sur celui de chaque jeune dès son premier emploi. Mais ce volet ne donnera pas sa pleine mesure avant quinze ou vingt ans. Si vous avez passé 55 ans, ce sont vos enfants et vos petits-enfants qui en profiteraient, bien plus que votre propre pension.

L'ancien Premier ministre veut enfin développer la retraite progressive et le cumul emploi-retraite. Il dénonce le sort de ceux qu'on pousse dehors dès 56 ans, « trop jeunes pour partir, mais trop vieux pour rester », sans chiffrer de mesure pour les garder en poste.
 

Ce que ce projet change dans votre dossier d'ici 2028

Rien, pour l'instant. Ce texte est un programme de candidat, pas un projet de loi. Tant qu'aucune loi nouvelle n'est votée, la suspension reste la règle, et c'est elle qui fixe votre âge légal jusqu'en 2028. Édouard Philippe devra d'abord être élu en 2027, puis disposer d'une majorité à l'Assemblée nationale.

D'ailleurs, il n'est pas seul sur ce terrain. Comme le rappelle franceinfo, Bruno Retailleau propose un âge minimal de départ à 63 ans, le taux plein à 65 ans et de la capitalisation pour les jeunes. Ses adversaires, eux, lui opposent un entretien de 2021 où il évoquait 65, 66 ou 67 ans.

Nous avons ainsi quelques mois pour vérifier ce qui se joue pour chacun de nous. Votre relevé de carrière sur info-retraite.fr indique les trimestres déjà validés : rapportés aux 172 d'aujourd'hui, puis aux 180 du projet, ils vous diront combien de temps chaque candidat vous demanderait de travailler encore.

65 ans, c'était la règle avant que la retraite à 60 ans n'entre en vigueur en 1983, et Édouard Philippe fait le pari de vous y ramener : c'est dans l'isoloir, en 2027, que vous direz s'il a raison.

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