Retraite

Taux plein à 67 ans malgré une carrière hachée : l'Assurance retraite efface la décote, mais vos trimestres manquants pèsent toujours sur votre pension

Vous avez élevé des enfants, traversé des années sans emploi ou travaillé à l'étranger, et votre relevé affiche des trimestres manquants. Partir dès l'âge légal avec une carrière hachée, c'est accepter une pension de base amputée pour toujours. Un anniversaire précis suffit à faire disparaître cette sanction. Encore faut-il savoir ce qu'il efface vraiment, et ce qu'il laisse en place.

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Par | Publié le 21 Septembre 2026 à 09:26 | mis à jour le 21 Septembre 2026 à 09:27
Une retraitée écoute une conseillère retraite au guichet - Illustration générée par IA
Une retraitée écoute une conseillère retraite au guichet - Illustration générée par IA

Ce que vos 67 ans changent à votre pension

Deux personnes nées la même année, avec la même carrière hachée, peuvent toucher deux pensions de base différentes jusqu'à la fin de leur vie. Seule la date de leur demande les sépare. Un départ dès l'âge légal avec des trimestres manquants déclenche une décote définitive. Un départ à 67 ans l'efface, quel que soit le nombre de trimestres inscrits sur le relevé.

La règle n'a rien de caché. Selon la fiche de Service Public vérifiée le 14 août 2026, la retraite de base de l'Assurance retraite est accordée à taux plein à 67 ans, sans aucune condition de durée d'assurance. Le code de la sécurité sociale pose ce principe à son article L351-8. Pourtant, nous sommes nombreux à confondre cet âge avec l'âge légal, qui ouvre seulement le droit de partir, pas celui de partir sans pénalité.
 
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Comment la caisse compte vos trimestres manquants

Avant 67 ans, l'Assurance retraite compte vos trimestres manquants de deux façons. Elle mesure l'écart entre votre âge de départ et 67 ans, puis l'écart entre vos trimestres et la durée exigée pour votre génération. Elle précise qu'elle retient le chiffre le plus avantageux pour vous, arrondi au trimestre supérieur et plafonné à 20. Chaque trimestre retenu retire 0,625 point au taux de 50 %, qui tombe donc à 37,5 % au plafond.

Prenons le cas détaillé par la fiche de Service Public consacrée à la décote. Né le 1er juillet 1964, vous pouvez partir dès 62 ans et 9 mois, mais le taux plein exige 170 trimestres. En partant le 1er juillet 2027, à 63 ans, avec 159 trimestres, il vous en manque 16 par rapport à vos 67 ans et 11 par rapport à la durée requise. Le calcul retient 11, et votre taux descend à 43,125 %.

Plus vous approchez de 67 ans, plus le premier écart se réduit, jusqu'à tomber à zéro le jour de votre anniversaire. Pour une carrière très incomplète, c'est même l'âge seul qui fixe la décote, dès que la durée manquante dépasse l'écart d'âge. Or cette décote, une fois appliquée, reste attachée à votre pension de base pour toujours. Certains assurés échappent à cette attente : les aidants familiaux qui ont cessé de travailler au moins 30 mois consécutifs pour aider une personne handicapée obtiennent le taux plein dès 65 ans, comme les parents d'un enfant handicapé sous conditions.
 

Taux plein ne veut pas dire pension complète

Le taux plein supprime la décote, mais il ne remplace pas les trimestres qui manquent. Votre pension de base se calcule toujours sur la moyenne de vos 25 meilleures années, multipliée par 50 %, puis par le rapport entre vos trimestres et la durée exigée pour votre génération. Service Public l'écrit clairement : à 67 ans, la pension est calculée en fonction du nombre de trimestres que vous avez, quel qu'il soit. C'est la « proratisation » : chaque trimestre absent retire sa part du montant.

Autrement dit, deux pénalités coexistent, et 67 ans n'en efface qu'une. Avec 130 trimestres sur 170, votre pension de base reste amputée d'un peu moins d'un quart, même à taux plein. La différence avec un départ anticipé tient à ce que cette amputation ne se double plus d'une baisse du taux.

Le taux plein ouvre en revanche l'accès au minimum contributif. Ce plancher de la retraite de base est réservé aux pensions liquidées à taux plein, et l'âge de 67 ans suffit à remplir cette condition. Dans l'exemple publié en février par Service Public, une personne née en 1959 qui part en 2026 à 67 ans avec 140 trimestres cotisés sur 167 exigés ne peut pas toucher moins de 634,02 euros brut par mois de pension de base. Ce minimum est lui aussi proratisé, mais un départ avec décote n'y donne tout simplement pas accès.
 

Partir à 63 ans ou attendre 67 ans : notre calcul

Nous avons repris le cas d'une personne née en 1964, avec 130 trimestres et un salaire annuel moyen de 24 000 euros brut. Si elle part à 63 ans, il lui manque 16 trimestres par rapport à 67 ans et 40 par rapport à la durée exigée : le calcul retient 16, et son taux tombe à 40 %. Sa pension de base atteint alors environ 612 euros brut par mois. À 67 ans, sans avoir travaillé entre-temps, elle toucherait selon notre calcul environ 765 euros, soit 25 % de plus.

Ce gain a un prix. En partant quatre ans plus tôt, cette personne encaisse 48 mensualités, soit un peu plus de 29 000 euros brut avant ses 67 ans. Rapportée aux 153 euros qu'elle gagnerait chaque mois en patientant, cette avance demande seize ans pour être rattrapée, donc jusqu'à 83 ans environ. Ce seuil laisse de côté la complémentaire et les impôts.

Je ne connais pas de réponse valable pour tout le monde. Votre santé et vos autres revenus pèsent autant que le calcul. Une précision change toutefois la donne : si vous continuez à travailler, même à temps partiel, chaque trimestre gagné réduit l'écart de durée, et le taux plein peut arriver avant 67 ans.
 

Votre complémentaire Agirc-Arrco suit la même règle

D'après Service Public, la retraite complémentaire Agirc-Arrco est versée à taux plein dès lors que la retraite de base l'est, et les 67 ans figurent explicitement parmi les cas prévus, quel que soit le nombre de trimestres. Sans ce taux plein, l'Agirc-Arrco applique un coefficient de minoration, calculé selon votre âge ou selon vos trimestres manquants, en retenant le plus favorable. Vos points, eux, ne changent pas : une carrière hachée en a simplement accumulé moins.

Mais ne confondez pas cette minoration avec l'ancien malus de 10 % pendant trois ans, qui visait ceux qui partaient dès l'obtention du taux plein. Les partenaires sociaux l'ont supprimé pour toutes les retraites prenant effet à compter du 1er décembre 2023.
 

La suspension de la réforme n'a pas touché aux 67 ans

Depuis le 1er septembre 2026, la suspension de la réforme de 2023 fige l'âge légal à 62 ans et 9 mois pour les assurés nés entre 1963 et mars 1965. L'âge du taux plein automatique, lui, reste fixé à 67 ans pour tout le monde. D'ailleurs, avant de choisir votre date, relisez votre relevé de carrière ligne à ligne : dès 55 ans, Info Retraite permet d'y signaler une période oubliée. Un trimestre retrouvé allège à la fois la décote et la proratisation de votre pension.

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