Actualité Médicale

Ozempic, Wegovy, Mounjaro, Trulicity… 13 décès recensés par l'ANSM en un an, dont deux après des vomissements sous metformine

Treize patients sont morts en un an alors qu'ils prenaient un médicament contre l'obésité ou le diabète, et le chiffre a de quoi inquiéter. Derrière lui, il y a ceux qui détournent ces piqûres pour maigrir, mais aussi des malades du diabète soignés sur ordonnance, chez qui quelques jours de vomissements ont tout fait basculer. Si vous prenez l'un de ces traitements avec d'autres comprimés, ce qui leur est arrivé vous concerne directement.

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Par | Publié le 9 Octobre 2026 à 09:01 | mis à jour le 9 Octobre 2026 à 09:01
Une femme diabétique nauséeuse devant son injecteur et ses comprimés - Illustration générée par IA
Une femme diabétique nauséeuse devant son injecteur et ses comprimés - Illustration générée par IA

13 décès en un an : ce que dit vraiment le rapport

Ces piqûres hebdomadaires contre le diabète et l'obésité sont suivies de près par l'Agence nationale de sécurité du médicament, qui a publié mercredi 7 octobre son troisième rapport de pharmacovigilance sur les aGLP-1, la famille d'Ozempic, Wegovy, Mounjaro ou Trulicity. Entre février 2025 et janvier 2026, plus de 840 000 patients ont été traités en France. Sur la même période, 2 801 effets indésirables ont été signalés, dont 515 graves et 13 décès.

Ce chiffre de 13 décès a fait les gros titres, et il mérite une précision. Le rapport rédigé par le centre de pharmacovigilance de Montpellier n'attribue pas ces morts au traitement dans leur ensemble. Le médicament est jugé possiblement en cause dans deux pancréatites aiguës mortelles et un cancer du pancréas. Il intervient aussi, de façon indirecte, dans deux décès par acidose lactique sous metformine, et c'est ce point qui nous concerne le plus. D'ailleurs, les patients victimes d'un effet grave avaient 53 ans en moyenne, bien loin de l'image d'une affaire de jeunes.
 
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Pour maigrir, des stylos achetés hors des pharmacies

Le mésusage, c'est-à-dire l'usage détourné de ces médicaments sans indication médicale, reste le premier motif d'alerte de l'agence. Sur la période étudiée, 36 signalements d'effets indésirables ont concerné des personnes ayant utilisé un aGLP-1 pour perdre du poids hors de tout cadre médical, et 17 de ces cas étaient graves, dont cinq pancréatites aiguës. Le profil tranche : un âge médian de 29 ans et plus de huit femmes sur dix.

Dans deux cas sur trois, le stylo avait été obtenu en dehors des circuits officiels, sur internet, par l'entourage ou à l'étranger. Et dans plus de neuf cas sur dix, la dose était trop élevée ou augmentée trop vite. Selon l'ANSM, ces médicaments doivent toujours être obtenus sur ordonnance, en pharmacie, et faire l'objet d'un suivi médical.
 

Deux décès chez des diabétiques qui n'avaient rien détourné

Le cas qui m'a le plus frappé ne relève, lui, d'aucun détournement. Un homme diabétique, soigné par Ozempic, metformine et insuline, souffre de vomissements 48 heures après une augmentation de sa dose hebdomadaire. Il développe une acidose lactique, puis une défaillance de plusieurs organes, et meurt en deux jours malgré la réanimation. Le second cas est celui d'une femme sous metformine, qui vomissait chaque jour depuis l'introduction de l'aGLP-1, et qui a fait une acidose massive une semaine après une hausse de dose, fatale en réanimation.

Ces deux patients avaient-ils détourné leur traitement ? Non, il était prescrit et suivi. Le mécanisme décrit par les experts est indirect : les vomissements et la diarrhée déshydratent, les reins filtrent moins bien, et la metformine, éliminée par voie rénale, s'accumule dans le sang. Sur l'ensemble de la période, le rapport recense 10 cas d'interactions médicamenteuses, dont ces deux évolutions fatales. Les experts soulignent un point commun : des symptômes digestifs persistants, insuffisamment pris en compte.
 

La canicule, l'anti-inflammatoire, puis la piqûre

Une troisième patiente, traitée par metformine, par un médicament contre l'hypertension et par Ozempic, vomissait régulièrement depuis le début de sa piqûre. En pleine canicule, elle prend du kétoprofène, un anti-inflammatoire, pour une tendinite. Ses reins lâchent, l'acidose s'installe, et il faut la réanimation et une dialyse pour la sauver. Pour les experts, l'anti-inflammatoire, le médicament contre la tension et la chaleur pèsent plus que la piqûre, dont les vomissements ont aggravé l'atteinte des reins.
 

Interactions : votre anticoagulant et votre thyroïde aussi

Les aGLP-1 ralentissent la vidange de l'estomac et coupent l'appétit, et ces deux effets modifient la façon dont l'organisme absorbe les autres médicaments. Le rapport cite le cas d'une femme sous Xarelto, un anticoagulant dont l'absorption dépend du repas aux doses supérieures à 10 mg. Parce qu'elle mangeait moins depuis le début d'Ozempic, son traitement protégeait moins bien, jusqu'à ce que sa prise soit déplacée au dîner, le repas le plus copieux.

Les anticoagulants de type AVK sont aussi surveillés de près, parce qu'un changement d'alimentation modifie les apports en vitamine K, qui contrarie leur effet. Au niveau européen, le comité de pharmacovigilance de l'Agence européenne des médicaments a demandé aux fabricants de la warfarine et de l'acénocoumarol une analyse complète des cas d'interaction avec ces traitements. Une revue a également été réclamée pour la lévothyroxine, prescrite contre l'hypothyroïdie, car une perte de poids rapide peut imposer d'ajuster la dose.

Le rapport cite encore le lithium et le tacrolimus, donné aux greffés, des molécules à marge thérapeutique étroite, pour lesquelles un faible écart de concentration suffit à passer de l'efficacité à la toxicité. Anticoagulant, hormone thyroïdienne : nous sommes nombreux à prendre ces traitements chaque matin depuis des années, et l'ANSM demande donc aux professionnels de santé une vigilance accrue tout au long du suivi. Elle commence par une ordonnance complète, vue en entier par votre médecin et votre pharmacien.
 

Ce que dit déjà la notice de votre metformine

Pour la metformine, la consigne existe déjà. La notice de ce médicament, consultable dans la base de l'ANSM, indique d'arrêter le traitement pendant une courte période en cas de vomissements sévères, de diarrhée, de fièvre, d'exposition à la chaleur, ou si l'on boit moins que d'habitude. Elle demande de contacter immédiatement un médecin devant des signes d'acidose lactique, parmi lesquels figurent justement les vomissements, les maux de ventre et des difficultés à respirer.

Or, sous aGLP-1, nausées et vomissements font partie des effets les plus fréquents, en particulier après une hausse de dose, comme dans les deux cas mortels. Le risque est de les prendre pour un désagrément passager, alors qu'ils changent la donne pour vos autres comprimés.
  En revanche, rien dans ce rapport ne remet en cause ces traitements quand ils sont bien suivis, et l'agence confirme un rapport bénéfice-risque favorable. Le message est ailleurs : un stylo prescrit dans les règles mérite, lui aussi, qu'on prenne ses effets au sérieux. Pour nous, la leçon tient en une habitude : signaler sans attendre des vomissements qui durent à celui qui suit votre diabète.

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