Actualité Médicale

Ménopause : avant de payer un test hormonal ou de la testostérone pour vos bouffées de chaleur, vérifiez ce qu'en disent les gynécologues

On vend aujourd'hui aux femmes un peu de tout et n'importe quoi pour traverser la ménopause : dentifrice dédié, test d'urine, testostérone, compléments contre les bouffées de chaleur. En cette Journée mondiale de la ménopause, des gynécologues portent un regard sévère sur ce marché. Et pendant qu'il prospère, le rendez-vous remboursé promis aux femmes se fait attendre.

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Par | Publié le 18 Octobre 2026 à 11:40 | mis à jour le 18 Octobre 2026 à 11:40
Une femme examine un test urinaire et un flacon de gélules sortis d'un colis - Illustration générée par IA
Une femme examine un test urinaire et un flacon de gélules sortis d'un colis - Illustration générée par IA

Ménopause : un marché lucratif qui vous vend même du dentifrice...

Longtemps cantonnée à la sphère privée, la ménopause est entrée dans « la sphère publique, voire politique », constate Yveline Ansaldi, gynécologue médicale à l'hôpital privé Saint-Joseph à Paris, citée par l'AFP. Les premières Assises de la ménopause ont eu lieu jeudi 15 octobre à Paris, avant la Journée mondiale de ce dimanche. Le sujet concerne plus de 17 millions de femmes de plus de 45 ans en France.

Nous comprenons sans peine qu'elles cherchent de l'aide. Selon une étude menée par le CHU de Toulouse auprès de 5 000 femmes de 50 à 65 ans, 87 % de celles qui ne prennent aucun traitement ressentent au moins un symptôme : bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, douleurs articulaires, troubles du sommeil ou de l'humeur. Le commerce a suivi. « Il y a des dentifrices pour la ménopause, des ventilateurs, des oreillers… tout un tas de produits qui, bien sûr, n'ont jamais été validés », a dénoncé la professeure Florence Trémollières, endocrinologue et gynécologue au CHU de Toulouse.
 
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Votre ménopause ne se lit pas dans un test hormonal

Le produit le plus trompeur a l'air le plus sérieux. Des laboratoires et des entreprises proposent des tests sanguins ou urinaires qui mesurent vos taux d'hormones, censés dire où vous en êtes. Ces tests sont « inutiles », tranche Anna Gosset, gynécologue médicale au centre de ménopause du CHU de Toulouse : vos hormones fluctuent tellement pendant cette période qu'un résultat ne s'interprète pas.

L'Inserm le confirme dans un décryptage de sa série Canal Détox, repris sur le site public Santé.fr. Après 45 ans, le diagnostic de la ménopause est avant tout clinique : il repose sur l'arrêt des règles depuis au moins un an, associé à des symptômes évocateurs. Les dosages hormonaux ne gardent leur utilité qu'avant 45 ans ou dans des situations particulières, par exemple après l'ablation de l'utérus. Autrement dit, votre calendrier en dit plus long qu'un dosage hormonal.

Un bilan biologique reste toutefois recommandé en début de ménopause. Il ne sert pas à poser le diagnostic, il sert à évaluer vos risques cardiovasculaires et métaboliques, comme un diabète ou un excès de cholestérol.
 

Testostérone et compléments : la promesse contre la preuve

Autre produit en vogue : la testostérone, présentée sur les réseaux sociaux comme une hormone « miracle » contre les bouffées de chaleur ou la fatigue. Des experts internationaux n'ont trouvé aucune preuve solide d'un effet sur ces symptômes ; son seul bénéfice démontré concerne une baisse persistante du désir sexuel, source de souffrance. « Beaucoup de femmes nous demandent de leur en prescrire, mais il n'existe pas de formulation de testostérone adaptée », précise Yveline Ansaldi.

De fait, aucun médicament à base de testostérone n'est conçu et autorisé pour les femmes en France, rappelle l'Inserm. Les produits vendus sur Internet ou ailleurs sont souvent conçus pour les hommes, et un surdosage peut provoquer acné, pilosité, chute de cheveux, voire une voix modifiée parfois irréversiblement. Les compléments aux phytoœstrogènes, comme les isoflavones de soja, ne font guère mieux : leur effet sur les bouffées de chaleur reste modeste et inconstant, et ils sont déconseillés si vous avez eu un cancer du sein.

Le verdict d'Anna Gosset tient en une phrase : « Il existe un vrai marché lucratif. Beaucoup de femmes sont perdues, peuvent être tentées d'essayer des choses et ça peut être néfaste, surtout pour leur porte-monnaie. »
 

Ce qui soulage vraiment vos bouffées de chaleur

Car il existe des traitements qui soulagent vraiment vos bouffées de chaleur. Le traitement hormonal de la ménopause reste aujourd'hui le plus efficace, selon l'Inserm. En France, il associe de l'estradiol, de préférence en gel ou en patch pour limiter le risque de phlébite et d'embolie, à de la progestérone si vous avez gardé votre utérus. Il se prescrit au cas par cas, idéalement dans les dix ans suivant l'arrêt des règles.

Si les hormones vous sont déconseillées, après un cancer du sein par exemple, un médicament non hormonal, le fézolinétant, est disponible depuis 2025. Il agit sur la régulation de la température dans le cerveau, mais impose de surveiller le foie. Les thérapies cognitivo-comportementales réduisent la gêne ressentie, et les gynécologues français jugent que l'hypnose et le yoga peuvent être proposés. Nous voilà loin du dentifrice spécial.
 

La consultation ménopause remboursée attend toujours son tarif

Encore faut-il trouver le temps d'en parler avec un soignant. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a créé une consultation longue consacrée à la ménopause, prise en charge par l'Assurance maladie pour toutes les femmes de 45 à 65 ans, sans dépassement d'honoraires. Plusieurs comparateurs de mutuelles la présentent comme gratuite depuis le 1er avril 2026. Je préfère vous prévenir avant que vous ne preniez rendez-vous : à ce jour, elle reste inscrite dans la loi, sans tarif qui permette de la facturer.

La loi renvoie en effet ses conditions de prise en charge aux conventions avec les médecins et les sages-femmes. En juin, l'Assurance maladie a proposé de rémunérer cette consultation 47,50 euros, selon Le Quotidien du médecin, mais l'avenant qui la contenait n'a pas été signé. Jeudi, aux Assises, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé le « développement » de cette consultation longue, qui sera négociée avec les sages-femmes dans les prochaines semaines. Le comparateur Selectra le constatait encore samedi : elle attend son tarif.

En attendant, un autre rendez-vous existe bel et bien : Mon bilan prévention, un entretien de 30 à 45 minutes avec un médecin, une sage-femme, un infirmier, un pharmacien ou un kinésithérapeute, pris en charge à 100 % entre 45 et 50 ans, puis entre 60 et 65 ans. Le gouvernement a annoncé jeudi qu'il serait « renforcé » pour mieux informer les femmes sur la ménopause.
 

Ce qui changera pour les femmes en 2027

D'autres changements viendront. La Haute Autorité de santé publiera en 2027 des recommandations sur la prise en charge de la ménopause, et elle étudie, sur saisine de la ministre, les conditions dans lesquelles les sages-femmes pourraient prescrire le traitement hormonal. D'ici là, le geste le plus utile ne s'achète pas : noter vos symptômes quelques semaines et les montrer à votre médecin ou à votre sage-femme vous en apprendra davantage qu'un test hormonal qui ne dira rien de votre ménopause.

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