Retraite

La Sécurité sociale peut-elle cesser de payer votre retraite ? La Cour des comptes alerte sur la dette qui finance chaque mois votre pension

Votre retraite de base du régime général sera versée lundi 9 novembre hors Alsace-Moselle, comme chaque mois. Depuis dimanche, pourtant, une question revient dans les titres de la presse : la Sécurité sociale peut-elle cesser de payer les retraites ? La réponse se cache dans un mécanisme méconnu, qui se rejoue à chaque échéance sur les marchés financiers.

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Par | Publié le 2 Novembre 2026 à 08:57 | mis à jour le 2 Novembre 2026 à 09:00
Une retraitée inquiète devant l'entrée d'un bâtiment de la Sécurité sociale - Illustration générée par IA
Une retraitée inquiète devant l'entrée d'un bâtiment de la Sécurité sociale - Illustration générée par IA

Votre pension du 9 novembre dépend déjà d'un emprunt

Voici le paradoxe qui m'a interpellé en préparant cet article : la pension que l'Assurance retraite versera le 9 novembre ne sort pas d'un coffre rempli d'avance. Dans une réponse publiée au Journal officiel en novembre 2020, le ministère expliquait que le paiement des retraites constituait la plus importante échéance du régime général, avec des versements d'environ 9 milliards d'euros en un seul jour. En raison du décalage entre l'encaissement des cotisations et le paiement des pensions, cette échéance obligeait chaque mois l'Acoss, la caisse centrale des Urssaf qui gère la trésorerie du régime général, à couvrir le besoin par des emprunts de trésorerie.

Faut-il alors redouter qu'un mois, rien n'arrive sur votre compte ? La chercheuse Ana Carolina Cordilha, maîtresse de conférences à l'université Rennes 2, juge très peu probable le risque de voir les retraites et les allocations en danger, rapporte L'Express. Le rapporteur général du budget de la Sécu, le député Thibault Bazin, s'inquiète en revanche de la trésorerie de court terme des organismes sociaux, qui « peut vite nous rattraper », a-t-il expliqué à BFMTV. Autrement dit, votre pension du mois ne vacille pas, mais la dette qui permet de la verser à l'heure augmente.
 
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Ce que la Cour des comptes reproche au financement de la Sécu

L'alerte la plus nette est venue de la Cour des comptes, le 20 octobre. Dans son rapport sur la situation financière de la Sécurité sociale, elle constate que le financement de la Sécu n'a pas de solution durable, et que le portage par l'Acoss, année après année, de déficits récurrents fait peser des risques croissants sur ce financement. Le trou ne se referme pas : le déficit de 2026 devrait atteindre 21,8 milliards d'euros, soit 2,4 milliards de plus que l'objectif voté.

Le danger tient à la façon dont cette dette est financée : principalement par des emprunts à court terme, ce qui oblige l'Acoss à revenir très fréquemment sur les marchés financiers. En cas de tensions sur les marchés monétaires et de fuite des investisseurs, la caisse pourrait se retrouver exposée à un risque de liquidité. Ce risque ne touche pas votre droit à pension, mais l'argent qu'il faut trouver chaque mois pour le verser.
 

Un plafond d'emprunt revoté chaque année par le Parlement

Pour emprunter, l'Acoss a besoin d'une autorisation, votée chaque année dans le budget de la Sécurité sociale. Ce plafond a été porté de 65 milliards d'euros en 2025 à 83 milliards en 2026, et le projet de budget pour 2027 propose de le fixer à 85 milliards. D'ailleurs, le solde de trésorerie de l'Acoss devrait avoisiner 65 milliards fin 2026, grâce notamment à une reprise de 15 milliards de dette par la Cades, la caisse d'amortissement de la dette sociale.

Pour vous, retraités, le problème tient moins au niveau actuel qu'à la pente. Dans le scénario tendanciel annexé au projet de budget, ce plafond s'élèverait jusqu'à 130 milliards d'euros à l'horizon 2030. Un niveau « intenable » aux yeux de la Cour des comptes.

Or le budget de la Sécu pour 2027 n'est pas encore voté. Les députés l'ont rejeté le vendredi 23 octobre, en repoussant sa partie recettes par 115 voix contre 1, et le Sénat l'examinera à partir du lundi 9 novembre, dans la version du gouvernement. Et c'est ce texte qui fixe le plafond d'emprunt de 2027.
 

Et si le budget de la Sécu n'était pas voté à temps ?

La situation a un précédent récent. En décembre 2024, faute de budget adopté, le Parlement a voté une loi spéciale qui habilitait l'Acoss et plusieurs caisses à emprunter pour couvrir leurs besoins de trésorerie. Ce texte de secours sert précisément à garantir le paiement des prestations sociales quand la loi de financement n'est pas adoptée à temps. Le délai constitutionnel court, lui, jusqu'au jeudi 26 novembre à minuit. Au-delà, le gouvernement peut appliquer son texte par ordonnance, une voie jamais utilisée : un budget voté en retard ne suspend donc pas mécaniquement le versement de votre pension.

La sortie durable, pour la Cour des comptes, passe par la Cades. Sous réserve de définir une trajectoire de retour à l'équilibre d'ici 2030, la Cour juge nécessaire de transférer la dette de l'Acoss vers cette caisse avant la fin 2027. Cette reprise suppose l'adoption d'une loi organique.
 

Votre retraite complémentaire Agirc-Arrco suit un autre circuit

Tout ce mécanisme concerne la trésorerie du régime général. Votre retraite complémentaire Agirc-Arrco suit un autre circuit : elle vous a été versée le 2 novembre, au début du mois, et non le 9. Ce régime, piloté par les syndicats et le patronat, verse chaque année 101 milliards d'euros de pensions sans dette, et ses réserves atteignaient 91,2 milliards fin 2025.

Le risque qui pèse sur votre pension en 2027 est d'une autre nature. Le projet de budget prévoit un gel des pensions de base en 2027 pour les retraités dont les pensions, base et complémentaire réunies, excèdent 1 260 euros par mois, et en attend 3 milliards d'euros d'économies. Au fond, la vraie question n'est pas de savoir si votre pension arrivera le mois prochain, mais qui paiera la dette qui permet de la verser à l'heure. Nous en saurons davantage le mercredi 18 novembre, jour du vote solennel prévu au Sénat.

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