Une dermatologue examine au dermatoscope la cicatrice d'un mélanome opéré - Illustration générée par IA
Une première mondiale annoncée sans un chiffre
Un traitement qui n'existe dans aucune pharmacie, fabriqué à l'unité pour un seul malade, vient de franchir l'étape que toutes les thérapies à ARN messager avaient manquée en cancérologie. Merck et Moderna ont annoncé mercredi 19 août que leur essai de phase 3 avait atteint son objectif principal chez des personnes opérées d'un mélanome. Leur communiqué ne contient pas un seul pourcentage.
La Bourse n'a pas attendu ces chiffres : l'action Moderna a clôturé mercredi à 174,38 dollars, en hausse de 177 %, la meilleure séance de son histoire !
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Un vaccin fabriqué à partir de votre tumeur
Ce produit n'a rien d'un vaccin de pharmacie, identique pour tout le monde et sorti d'un carton.
Le point de départ, c'est le morceau de peau retiré lors de votre opération, celui qui part au laboratoire d'analyse et dont vous n'entendez plus jamais parler. Merck et Moderna décrivent une chaîne qui commence là : la tumeur est séquencée, ses mutations sont comparées à celles de vos cellules saines, et la machine retient jusqu'à 34 anomalies propres à votre tumeur et à personne d'autre.
Un brin d'ARN messager est ensuite fabriqué sur mesure pour coder ces 34 anomalies. Une fois injecté, il fait produire à vos propres cellules ces fragments de protéines anormales, que le système immunitaire apprend alors à reconnaître comme étrangers.
Le pembrolizumab, vendu sous le nom de Keytruda, travaille lui sur un autre levier : il lève le frein que les cellules cancéreuses posent sur les défenses de l'organisme. L'idée de l'association tient en une phrase : d'un côté on montre la cible, de l'autre on débride le tireur.
L'essai a porté sur 1 137 personnes dont le mélanome avait été retiré au bloc, à des stades classés de IIB à IV, c'est-à-dire les formes les plus à risque de revenir. Deux participants sur trois ont reçu l'injection expérimentale en plus du Keytruda ; le dernier tiers, soit environ 379 personnes si l'on applique le rapport de deux pour un annoncé par les laboratoires, n'a reçu que l'immunothérapie seule. Chez les premiers, la maladie est revenue moins souvent et a moins essaimé vers d'autres organes.
Le protocole donne la mesure de ce que cela représente pour un patient : neuf injections du produit expérimental, une toutes les trois semaines, soit un peu plus de six mois de rendez-vous, auxquelles s'ajoutent les perfusions de Keytruda pendant environ un an. Rien ne se fabrique à l'avance, puisque chaque flacon n'existe que pour un seul malade. Cette logique du sur-mesure explique pourquoi la technologie intéresse au-delà de la peau : les deux laboratoires mènent neuf essais avec le même produit, du mélanome au poumon, à la vessie et au rein.
Le point de départ, c'est le morceau de peau retiré lors de votre opération, celui qui part au laboratoire d'analyse et dont vous n'entendez plus jamais parler. Merck et Moderna décrivent une chaîne qui commence là : la tumeur est séquencée, ses mutations sont comparées à celles de vos cellules saines, et la machine retient jusqu'à 34 anomalies propres à votre tumeur et à personne d'autre.
Un brin d'ARN messager est ensuite fabriqué sur mesure pour coder ces 34 anomalies. Une fois injecté, il fait produire à vos propres cellules ces fragments de protéines anormales, que le système immunitaire apprend alors à reconnaître comme étrangers.
Le pembrolizumab, vendu sous le nom de Keytruda, travaille lui sur un autre levier : il lève le frein que les cellules cancéreuses posent sur les défenses de l'organisme. L'idée de l'association tient en une phrase : d'un côté on montre la cible, de l'autre on débride le tireur.
L'essai a porté sur 1 137 personnes dont le mélanome avait été retiré au bloc, à des stades classés de IIB à IV, c'est-à-dire les formes les plus à risque de revenir. Deux participants sur trois ont reçu l'injection expérimentale en plus du Keytruda ; le dernier tiers, soit environ 379 personnes si l'on applique le rapport de deux pour un annoncé par les laboratoires, n'a reçu que l'immunothérapie seule. Chez les premiers, la maladie est revenue moins souvent et a moins essaimé vers d'autres organes.
Le protocole donne la mesure de ce que cela représente pour un patient : neuf injections du produit expérimental, une toutes les trois semaines, soit un peu plus de six mois de rendez-vous, auxquelles s'ajoutent les perfusions de Keytruda pendant environ un an. Rien ne se fabrique à l'avance, puisque chaque flacon n'existe que pour un seul malade. Cette logique du sur-mesure explique pourquoi la technologie intéresse au-delà de la peau : les deux laboratoires mènent neuf essais avec le même produit, du mélanome au poumon, à la vessie et au rein.
Qui est concerné en France, et qui ne l'est pas
Le mot vaccin prête à confusion, et il vaut la peine de lever le malentendu tout de suite. Ce produit ne protège personne contre l'apparition d'un mélanome, il s'adresse uniquement à des malades déjà opérés, chez qui la tumeur a été entièrement retirée mais dont l'analyse a montré un risque élevé de rechute. Si vous n'avez jamais eu de mélanome, cette annonce ne vous concerne donc pas directement, même si vous faites surveiller vos grains de beauté chaque été par un dermato.
Le nombre de personnes concernées reste pourtant loin d'être anecdotique. D'après l'Assurance maladie, 17 922 nouveaux mélanomes de la peau ont été diagnostiqués en France en 2023, ce qui revient à 49 par jour en moyenne sur l'année. L'âge médian au diagnostic est de 68 ans chez les hommes et 62 ans chez les femmes : ce cancer arrive tard, et il frappe précisément la tranche d'âge de nos lecteurs. Une partie seulement de ces malades relève des stades IIB à IV visés par l'essai.
Ces patients-là ne sont pourtant pas sans traitement aujourd'hui. Le Keytruda est déjà remboursé en France après l'opération d'un mélanome de stade IIB, IIC ou III, la Haute Autorité de santé ayant rendu un avis favorable sur cette indication. C'est ce qui rend d'ailleurs la comparaison solide : le produit expérimental n'a pas été comparé à rien, mais au meilleur traitement actuellement disponible.
Le nombre de personnes concernées reste pourtant loin d'être anecdotique. D'après l'Assurance maladie, 17 922 nouveaux mélanomes de la peau ont été diagnostiqués en France en 2023, ce qui revient à 49 par jour en moyenne sur l'année. L'âge médian au diagnostic est de 68 ans chez les hommes et 62 ans chez les femmes : ce cancer arrive tard, et il frappe précisément la tranche d'âge de nos lecteurs. Une partie seulement de ces malades relève des stades IIB à IV visés par l'essai.
Ces patients-là ne sont pourtant pas sans traitement aujourd'hui. Le Keytruda est déjà remboursé en France après l'opération d'un mélanome de stade IIB, IIC ou III, la Haute Autorité de santé ayant rendu un avis favorable sur cette indication. C'est ce qui rend d'ailleurs la comparaison solide : le produit expérimental n'a pas été comparé à rien, mais au meilleur traitement actuellement disponible.
Pourquoi aucun pourcentage n'a été publié
Une annonce de cette portée sans le moindre résultat chiffré a de quoi surprendre. L'explication tient au calendrier de l'essai INTerpath-001 : les laboratoires ont communiqué après une analyse intermédiaire prévue dès le départ dans le protocole, et l'étude continue pour mesurer ce qui compte le plus, la survie globale des malades. Les données détaillées seront réservées à un prochain congrès médical et aux agences du médicament.
Reste que l'on dispose déjà d'un ordre de grandeur, tiré de l'essai plus petit qui a précédé celui-ci. Sur 157 patients suivis pendant cinq ans, la même association avait réduit de 49 % le risque de récidive ou de décès par rapport au Keytruda seul, résultat présenté au printemps dernier au congrès de la Société américaine d'oncologie clinique. La phase 3 porte sur sept fois plus de malades, ce qui change la solidité de la démonstration, pas nécessairement l'ampleur du bénéfice. Sur la tolérance, Merck et Moderna indiquent n'avoir observé aucun signal nouveau par rapport aux études précédentes.
La professeure Georgina Long, qui dirige l'essai depuis l'Institut du mélanome d'Australie, parle d'un moment décisif pour le traitement d'après-opération. Un mot d'investigateur n'est pas une autorisation de mise sur le marché, et l'histoire de la cancérologie est pleine de bénéfices intermédiaires qui se sont dégonflés une fois la survie mesurée sur dix ans.
Reste que l'on dispose déjà d'un ordre de grandeur, tiré de l'essai plus petit qui a précédé celui-ci. Sur 157 patients suivis pendant cinq ans, la même association avait réduit de 49 % le risque de récidive ou de décès par rapport au Keytruda seul, résultat présenté au printemps dernier au congrès de la Société américaine d'oncologie clinique. La phase 3 porte sur sept fois plus de malades, ce qui change la solidité de la démonstration, pas nécessairement l'ampleur du bénéfice. Sur la tolérance, Merck et Moderna indiquent n'avoir observé aucun signal nouveau par rapport aux études précédentes.
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Ce qui ne change pas à votre prochain contrôle
Sauf que rien de tout cela n'est disponible, ni en France ni ailleurs. Le communiqué annonce des démarches auprès des agences du médicament sans avancer la moindre date, et le directeur de la recherche de Merck a seulement déclaré sur CNBC que ces discussions commenceraient dans les prochains mois. Suivront un examen européen, puis une évaluation française avant tout remboursement. Le compte se fait en années, et votre prochaine consultation se déroulera exactement comme la précédente.
Ce rendez-vous garde toute son importance, puisque les récidives surviennent le plus souvent dans les deux premières années qui suivent l'opération. Une lésion qui change de forme, de couleur ou de taille entre deux visites justifie un appel à votre dermatologue sans attendre la date prévue. Le vaccin viendra peut-être un jour s'ajouter à cette surveillance ; pour l'instant, c'est elle qui protège.
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