Actualité Médicale

Un cancer sur huit est lié à des infections, selon l'OMS : la première, une bactérie de l'estomac, touche plus d'une personne sur deux après 50 ans

Vous avez peut-être connu cette brûlure au creux de l'estomac que votre médecin de l'époque mettait sur le compte du stress et des repas avalés trop vite. Des chercheurs viennent de chiffrer à un cancer sur huit, dans le monde, la part des nouveaux cas liés à des infections. La première de la liste vit dans l'estomac, souvent depuis l'enfance, et elle est installée chez environ une personne sur deux après 50 ans, sans le moindre symptôme.

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Par | Publié le 29 Septembre 2026 à 08:30 | mis à jour le 29 Septembre 2026 à 08:30
Des bactéries de l'estomac vues au microscope - Illustration générée par IA
Des bactéries de l'estomac vues au microscope - Illustration générée par IA

Un cancer sur huit, selon l'agence de l'OMS

Le cancer passe pour une maladie qui ne s'attrape pas. Selon l'estimation publiée le 28 septembre dans la revue The Lancet Oncology par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence de l'Organisation mondiale de la santé installée à Lyon, 2,3 millions de nouveaux cas de cancer diagnostiqués en 2024 sont attribuables à une infection. Cela représente environ un cas sur huit dans le monde. Douze agents infectieux ont été passés au crible.

Cette mesure, le même centre la refait depuis près de trente ans. En 2012, il attribuait aux infections un cancer sur six, soit 16,1 % des cas de l'année 2008. Il notait alors que la part tombait à 7,4 % dans les pays les plus développés, contre 22,9 % dans les moins développés. « Le paysage des cancers liés aux infections continue d'évoluer à mesure que les connaissances scientifiques progressent », résume le Dr Gary Clifford, coauteur principal de l'étude, cité dans le communiqué du CIRC.
 
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Une bactérie de l'estomac en tête du classement

Le papillomavirus et les hépatites figurent bien dans ce classement, sans en occuper la première place. En tête arrive une bactérie de l'estomac, Helicobacter pylori, reliée par les chercheurs du CIRC à environ 760 000 cancers en 2024. Le papillomavirus humain la suit de près, avec 750 000 cas, devant le virus de l'hépatite B, associé à quelque 360 000 cancers, surtout du foie.

Rapportée aux 2,3 millions de cancers d'origine infectieuse, cette seule bactérie en représente environ un tiers. Le calcul est le nôtre, et il place au premier rang un microbe dont la plupart d'entre nous n'ont jamais entendu parler. L'Asie de l'Est rassemble à elle seule 42 % des cancers d'origine infectieuse, précise l'étude.
 

Après 50 ans, une personne sur deux la porte

Faut-il en conclure que vous êtes à l'abri parce que vous vivez en France ? Pas tout à fait. D'après la Haute Autorité de santé, 15 à 30 % de la population française serait infectée par Helicobacter pylori, et la proportion grimpe avec l'âge : moins de 20 % des moins de 30 ans, mais plus de 50 % des plus de 50 ans. Car la bactérie s'attrape surtout dans l'enfance, et elle reste en place toute la vie si personne ne la traite.

Cette présence passe presque toujours inaperçue. La bactérie entretient une inflammation de l'estomac, une gastrite, qui ne donne en général aucun signe. Parmi les personnes infectées, 10 % développeront un ulcère et 1 % un cancer de l'estomac, selon la même autorité. Le risque individuel reste faible, et je préfère le dire clairement avant d'aller plus loin : porter la bactérie n'est pas avoir un cancer. Or ce faible pourcentage pèse lourd à l'échelle d'une population, puisque la bactérie est à l'origine d'environ 80 % des cancers de l'estomac.
 

Votre ancien ulcère ne venait pas du stress

Beaucoup d'entre nous ont grandi avec une certitude : l'ulcère venait des soucis, du café et des repas trop épicés. En 1982, deux médecins australiens, Robin Warren et Barry Marshall, ont isolé la bactérie dans l'estomac de leurs patients. Ils ont reçu le prix Nobel de médecine en 2005, et le comité Nobel rappelait alors que le stress et le mode de vie passaient jusque-là pour les causes principales. Depuis, la bactérie est tenue pour responsable de plus de 90 % des ulcères du duodénum et de jusqu'à 80 % des ulcères de l'estomac.
 

Les situations où votre médecin la recherche

Vous n'avez aucune douleur ? Aucune recherche systématique n'est prévue en France pour les personnes sans symptôme ni facteur de risque, la Société française d'endoscopie digestive s'étant prononcée contre un dépistage de toute la population. Des situations précises justifient en revanche de chercher la bactérie, et la Haute Autorité de santé les énumère dans sa fiche consacrée à la recherche et au traitement d'Helicobacter pylori.

La première, c'est un ulcère de l'estomac ou du duodénum, actuel ou ancien. Viennent ensuite des douleurs ou une gêne répétées au niveau de l'estomac, ou une carence en fer ou en vitamine B12 que rien n'explique. L'autorité ajoute le cas d'un traitement par anti-inflammatoire ou par aspirine à faible dose chez une personne qui a déjà eu un ulcère, puisque ces médicaments augmentent le risque de récidive.

Le dernier cas concerne la famille. Si l'un de vos parents, frères, sœurs ou enfants a eu un cancer de l'estomac, votre risque est plus élevé que celui de la population générale, et la recherche de la bactérie vous est recommandée. L'Institut national du cancer ajoute, en s'appuyant sur un consensus européen, les personnes qui prennent depuis plus d'un an un médicament contre l'acidité de la famille des inhibiteurs de la pompe à protons, ces gélules que beaucoup prennent chaque matin.

Tout commence donc chez votre médecin traitant. Selon votre situation, il prescrira une prise de sang, qui cherche les anticorps dirigés contre la bactérie, ou une fibroscopie, avec prélèvements dans l'estomac. Attention toutefois : si vous prenez l'un de ces médicaments contre l'acidité, il faudra en général l'interrompre quelques semaines avant la fibroscopie, sur les indications de votre médecin.
 

Dix ou quatorze jours de traitement, puis un contrôle

Et si la bactérie est bien là ? Le traitement associe plusieurs antibiotiques et un médicament qui réduit l'acidité, pendant 10 ou 14 jours selon le protocole choisi. D'après la Haute Autorité de santé, il élimine l'infection dans 80 à 90 % des cas. Nausées, diarrhée ou goût métallique sont possibles, et l'alcool est déconseillé pendant la cure.

Encore faut-il vérifier que la bactérie a réellement disparu, puisque le traitement échoue dans 10 à 20 % des cas. Le contrôle se fait au plus tôt un mois après la dernière prise, le plus souvent par un test respiratoire réalisé à jeun en laboratoire, sur prescription. La prise de sang ne sert pas à ce contrôle, car les anticorps peuvent persister longtemps après la guérison. Une fois l'élimination confirmée, une nouvelle infection reste rare chez l'adulte.

Le CIRC plaide pour des vaccins contre les infections cancérigènes encore sans parade. Pour la bactérie de l'estomac, la parade existe déjà, et elle tient dans une question simple à poser lors de votre prochain rendez-vous : avec l'ulcère que j'ai eu, ou le cancer de l'estomac qu'a eu ma mère, faut-il la chercher ?

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