Retraite

Éducation nationale et retraites des fonctionnaires : Bercy révèle quelle part du budget n'arrive pas à l'école de vos petits-enfants

Les lycéens ont défilé contre le projet de budget 2027, et leurs grands-parents se demandent ce que l'État dépense vraiment pour l'école de leurs petits-enfants. Un chiffre vient compliquer la réponse. Une partie importante des crédits de l'Éducation nationale ne paie ni les cours ni les remplacements, elle finance les retraites des fonctionnaires. Et la promesse faite il y a un an pour y remédier attend encore sa traduction dans les comptes.

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Par | Publié le 14 Octobre 2026 à 11:42 | mis à jour le 14 Octobre 2026 à 11:57
Une passante devant le ministère de l'Éducation nationale, rue de Grenelle à Paris - Illustration générée par IA
Une passante devant le ministère de l'Éducation nationale, rue de Grenelle à Paris - Illustration générée par IA

Un tiers du budget de l'école de vos petits-enfants part aux retraites

Quand le Parlement vote le budget de l'Éducation nationale, il pense voter des professeurs, des surveillants et des heures de cours. Pourtant une partie de l'enveloppe quitte le ministère avant d'atteindre la moindre salle de classe. Elle rejoint un compte de l'État qui verse chaque mois leur pension aux anciens fonctionnaires. Ce montant figurait déjà dans les documents budgétaires, noyé dans la masse salariale, si bien qu'il restait peu lisible, de l'aveu même de Bercy.

Le rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique, annexé au projet de loi de finances pour 2027 et publié en début de semaine, l'isole pour la première fois. D'après ce document de la direction du Budget, 28,5 milliards d'euros sur les 89,1 milliards de crédits prévus pour l'Éducation nationale en 2027 iront au compte qui finance les pensions, soit 32 %. Pour 100 euros votés au nom de l'école de vos petits-enfants, 32 partent donc vers les retraites. La moyenne des ministères tourne autour de 13 %, l'Intérieur atteint 30 % et la Justice 21 %.
 
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Pourquoi l'école paie autant de pensions

Ce compte porte un nom austère, le « compte d'affectation spéciale Pensions ». C'est la caisse budgétaire unique qui paie les retraites des fonctionnaires civils de l'État et des militaires. Chaque ministère l'alimente pour ses propres agents, par une contribution d'employeur calculée sur le traitement. Pour 100 euros de traitement versés à un professeur titulaire, l'État en ajoute 82,28 au titre de cette contribution, contre 16,67 euros pour un salarié du privé, selon les taux relevés par le site JeChange.

Pourquoi un taux pareil ? D'abord parce que le régime manque de cotisants. Il compte 0,94 actif pour un retraité, contre 1,5 au régime général des salariés, ce qui oblige l'État à combler la différence chaque année. Selon le gouvernement, ce déséquilibre démographique a coûté 41,5 milliards d'euros en 2025. Les générations du baby-boom, très nombreuses dans l'enseignement, sont désormais à la retraite, et les contractuels recrutés à leur place cotisent ailleurs, au régime général et à l'Ircantec.

Plus un ministère emploie de fonctionnaires titulaires, plus sa part grimpe, et les enseignants pèsent lourd dans la balance. Le chiffre de 32 % mérite toutefois une précision. Le rapport y ajoute les cotisations retenues sur la fiche de paie des agents eux-mêmes, qui alimentent le même compte. Une partie des 28,5 milliards correspond donc à l'argent que les enseignants versent sur leur propre salaire, comme n'importe quel salarié.
 

La promesse faite aux députés il y a un an

Ce débat n'est pas neuf. En octobre 2025, la députée Nathalie Coggia interpellait le gouvernement dans l'hémicycle : en 2025, selon elle, 24 milliards d'euros sur les 87 milliards votés pour l'éducation nationale avaient servi à payer des retraites. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, lui répondait que le projet de loi de finances pour 2027 irait plus loin, en réorganisant « tous les tuyaux budgétaires » afin que cette situation soit résorbée, comme le montre le compte rendu de cette question au gouvernement publié par l'Assemblée nationale.

Un an plus tard, le projet de budget 2027 est déposé. Son article 75 inscrit dans les documents budgétaires, chaque année, la part des crédits de chaque ministère qui finance les pensions. Mais les 28,5 milliards restent comptés dans le budget de l'école. Le gouvernement présente cette publication comme le point de départ d'une révision du financement des retraites des fonctionnaires, sans en préciser la forme. La direction du Budget parle elle-même d'un « effet d'éviction » : l'argent versé aux pensions ne finance pas d'autres priorités du ministère.

Je retiens surtout la différence entre ce qui a été promis et ce qui a été livré. Les tuyaux devaient être réorganisés, ils sont pour l'instant rendus visibles. Les deux chiffres, d'ailleurs, ne reposent pas forcément sur le même périmètre, puisque celui de 2027 inclut les cotisations des agents.
 

Un autre calcul, pas un enseignant de moins

Changer la présentation ne supprimerait pas un poste d'enseignant. Dans une simulation publiée en 2025 et relayée par La Clé publique, l'Institut des politiques publiques a testé une autre manière de compter une partie des retraites : les crédits de l'enseignement scolaire seraient passés de 81,3 à 70,7 milliards d'euros en 2023, sans fermer une classe ni réduire une pension. Ce qui change, c'est la photographie que nous avons de l'effort consenti pour l'école.
 

Ce que cela change pour votre pension et pour leur classe

Si vous êtes un ancien professeur, ce rapport ne modifie pas votre pension. En octobre 2025, Amélie de Montchalin affirmait que personne n'imaginait supprimer cette cotisation d'équilibre, sous peine de ne plus pouvoir payer les retraites. Le gouvernement conteste en outre l'idée d'un régime plus généreux que celui du privé, en s'appuyant sur une étude de la Drees. En revanche, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 prévoit qu'au 1er janvier 2027, quand le total des pensions de base et complémentaires dépasse 1 260 euros par mois, la pension de base sera revalorisée moins que l'inflation, à un taux fixé par décret et sans baisse. Si elle est votée, cette mesure concernera les retraités du public comme ceux du privé.

Et pour la classe de vos petits-enfants ? Rapporté aux 89,1 milliards prévus, il resterait 60,6 milliards d'euros pour faire tourner l'école proprement dite, le calcul est le nôtre. C'est sur cette somme que se jouent les postes, les remplacements et les heures de cours, au cœur d'un budget contre lequel les lycéens ont manifesté le 13 octobre. Sauf que le budget n'est pas voté, et que l'examen du texte vient seulement de commencer à l'Assemblée nationale.

Vous voilà donc mieux armé pour la prochaine conversation de repas de famille sur le sujet. Quand un ministre annoncera des milliards supplémentaires pour l'éducation, nous aurons désormais le réflexe de demander quelle part ira réellement aux élèves.

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