Actualité Médicale

Diagnostic médical : l'IA de Microsoft fait mieux que les médecins généralistes sur des cas difficiles, mais votre médecin traitant n'y a pas accès

L'IA de Microsoft pose vingt-cinq questions au patient avant de prescrire le moindre examen, quand les médecins généralistes s'arrêtent à six. Sur des dossiers choisis pour leur difficulté, elle trouve la bonne maladie bien plus souvent qu'eux. Votre médecin traitant ne peut toutefois pas s'en servir, et ce score dit autre chose que ce qu'on lui fait dire.

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Par | Publié le 28 Octobre 2026 à 08:30 | mis à jour le 28 Octobre 2026 à 08:30
Un médecin chercheur observe plusieurs IA qui débattent d'un cas sur un écran - Illustration générée par IA
Un médecin chercheur observe plusieurs IA qui débattent d'un cas sur un écran - Illustration générée par IA

Diagnostic médical : l'IA de Microsoft face aux médecins généralistes

Le chiffre a fait le tour des rédactions en quelques heures, et il a de quoi troubler un patient qui sort de chez son médecin traitant avec une ordonnance d'analyses. Une machine qui trouve la bonne maladie plus souvent qu'un médecin, voilà qui ressemble à une mauvaise nouvelle pour la consultation du mardi matin. Sauf que le test publié le 22 octobre dans la revue Science ne ressemble pas à cette consultation, et c'est justement ce qui le rend utile pour vous.

Les chercheurs de Microsoft ont repris 304 dossiers publiés par le New England Journal of Medicine, une revue qui sélectionne chaque semaine des cas cliniques difficiles. Chaque dossier s'ouvre sur quelques lignes, puis il faut tout aller chercher : questions au patient, examens prescrits un par un, avant de proposer un diagnostic. Selon les résultats publiés dans Science, le programme baptisé MAI-DxO a trouvé la bonne maladie dans 83,2 % des cas. Testés sur des dossiers tirés des 56 plus récents, les médecins du test, généralistes et internistes, plafonnent à 36,1 % avec des livres et internet, et à 22,3 % sans documentation.
 
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Ce que l'IA vous demande avant le moindre examen

Le résultat le plus parlant pour un patient tient dans un détail de méthode. Avant de prescrire un premier examen, les généralistes ont posé en moyenne 5,6 questions, d'après l'article de Science, et l'IA de Microsoft en a posé 25,5. Les auteurs parlent d'un interrogatoire structuré, mené par plusieurs IA qui se répartissent les rôles comme lors d'une réunion de service : l'une tient la liste des maladies possibles, une autre choisit l'examen le plus utile, une troisième cherche la faille dans le raisonnement.

Or cette patience ne coûte pas forcément plus cher. Réglée pour limiter les dépenses, l'IA trouve encore la bonne maladie environ huit fois sur dix, pour un peu plus de 1 300 dollars d'examens par dossier, au barème d'un réseau d'hôpitaux américain. Sur un second banc d'essai, bâti à partir de patients arrivés aux urgences d'un hôpital de Boston, l'écart se resserre mais demeure : 80 % de bons diagnostics pour l'IA, 47 % pour les médecins. Je retiens de ces chiffres qu'un diagnostic se gagne d'abord en écoutant, ce que nous savions sans oser le réclamer.
 

Pourquoi ce score ne vise pas votre médecin traitant

Les auteurs reconnaissent eux-mêmes les limites de leur expérience. L'IA ne travaille que sur du texte : elle ne palpe pas un ventre, n'écoute pas un cœur et ne regarde pas une image de scanner. Quand un résultat d'examen manque dans le dossier d'origine, un programme en fabrique un vraisemblable, ce qui fait de l'ensemble une simulation plutôt qu'une consultation.
 
Les dossiers du New England Journal of Medicine sont en outre retenus pour leur difficulté, loin des bronchites et des tensions à surveiller qui remplissent l'agenda d'un cabinet médical. L'IA a affronté des généralistes, pas des spécialistes ni des équipes pluridisciplinaires, face auxquels les chercheurs s'attendent eux-mêmes à un écart plus faible. Votre médecin traitant n'a donc pas perdu un match : il n'a pas joué le même.
 

Errance diagnostique : des années perdues en France

Ces dossiers difficiles ont pourtant un équivalent très concret chez nous. D'après le ministère de la Santé, plus de 3 millions de Français vivent avec l'une des 7 000 maladies rares connues. En Europe, il faut en moyenne 4,7 ans pour mettre un nom sur leur maladie, et un patient sur quatre consulte au moins huit professionnels de santé avant d'y parvenir, comme le rappelle la fiche officielle consacrée aux maladies rares sur Santé.fr.

La même fiche indique que 60 % de ces malades reçoivent d'abord le diagnostic d'une autre maladie, et que l'errance raccourcit quand le patient est adressé à l'un des 603 centres de référence et de compétence du territoire. C'est là qu'un outil comme celui de Microsoft pourrait un jour peser, en aidant un médecin à penser plus tôt à une piste rare. D'ailleurs, nous avons tout intérêt à faire nous-mêmes une partie de ce travail d'interrogatoire, en arrivant chez notre médecin avec la date d'apparition des symptômes, leur évolution et la liste des traitements en cours. Et non en arrivant avec une ordonnance toute fraîche générée par votre IA conversationnelle préférée, qui a le dont de se tromper beaucoup plus souvent et ce qui ne manquerait pas d'agacer —à juste titre— votre médecin traitant.
 

Quand votre médecin pourra-t-il s'en servir ?

Pour l'instant, MAI-DxO reste un système de recherche, qui n'est pas autorisé pour soigner des patients : ni votre médecin traitant ni vous ne pouvez donc l'utiliser. Microsoft s'est associé au Beth Israel Deaconess Medical Center de Boston pour une étude où des patients dialogueront directement avec le système, et où ses conclusions seront comparées à celles de médecins travaillant de leur côté. Dominic King, responsable de la santé chez Microsoft AI, a indiqué au site américain The Verge que ces essais pourraient démarrer d'ici quelques mois.
 
Microsoft le reconnaît lui-même : son système doit encore être validé en conditions cliniques avant de servir à soigner. En revanche, le scénario que dessine l'étude n'a rien d'un médecin remplacé : c'est un praticien qui s'appuie sur une IA pour ne rien laisser passer face à un cas qui résiste, et qui garde la décision. Pour le patient, le progrès se compterait alors en mois d'errance évités et en examens qu'on n'aurait pas à refaire.

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