Un médecin déroule une bande d'électrocardiogramme dans une salle de consultation - Illustration générée par IA
Un tracé de cinq minutes, lu en deux secondes
L'électrocardiogramme se pratique depuis un siècle. Cinq minutes allongé, dix électrodes posées sur la poitrine, les poignets et les chevilles, un tracé de quelques lignes qui sort de l'appareil. Il raconte le rythme du cœur et la trace d'un infarctus passé, mais il ne dit presque rien de l'état du muscle ni de celui des valves. Pour voir ça, il faut une échographie du cœur, un appareil plus cher et un rendez-vous plus lointain. Or c'est exactement ce que l'outil dévoilé fin août à Munich prétend lire sur le tracé.
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Ce que la machine repère et que l'œil ne voit pas
Le programme vient de l'Imperial College de Londres et il a été financé par la fondation britannique du cœur, la British Heart Foundation. Les modèles ont été entraînés sur 1,6 million d'électrocardiogrammes brésiliens reliés aux dossiers des patients, puis sur plusieurs millions d'enregistrements américains. L'idée tient en une phrase : si la maladie laisse une empreinte électrique, même minuscule, la machine peut apprendre à la reconnaître là où l'œil du praticien ne distingue rien.
Les chercheurs ont ensuite testé le système sur les tracés de 67 000 patients aux États-Unis. Il a identifié jusqu'à 81 % des personnes en insuffisance cardiaque et jusqu'à 90 % de celles qui portaient une maladie des valves, ces clapets qui règlent l'entrée et la sortie du sang dans le cœur. Ahmed El-Medany, le chercheur qui a présenté ces résultats, parle d'une intelligence « surhumaine » : le signal était dans le tracé, personne ne savait l'en extraire.
Sauf que l'outil ne pose aucun diagnostic. Il trie. Il désigne les patients à envoyer en priorité passer une échographie, au lieu de les laisser avancer d'un cran par semaine dans la file d'attente. La directrice clinique de la British Heart Foundation, Sonya Babu-Narayan, l'a d'ailleurs rappelé aussitôt : cette technologie ne détectera pas toutes les maladies du cœur, elle accélère la prise en charge de ceux qui risquent le plus d'en avoir une.
Les chercheurs ont ensuite testé le système sur les tracés de 67 000 patients aux États-Unis. Il a identifié jusqu'à 81 % des personnes en insuffisance cardiaque et jusqu'à 90 % de celles qui portaient une maladie des valves, ces clapets qui règlent l'entrée et la sortie du sang dans le cœur. Ahmed El-Medany, le chercheur qui a présenté ces résultats, parle d'une intelligence « surhumaine » : le signal était dans le tracé, personne ne savait l'en extraire.
Sauf que l'outil ne pose aucun diagnostic. Il trie. Il désigne les patients à envoyer en priorité passer une échographie, au lieu de les laisser avancer d'un cran par semaine dans la file d'attente. La directrice clinique de la British Heart Foundation, Sonya Babu-Narayan, l'a d'ailleurs rappelé aussitôt : cette technologie ne détectera pas toutes les maladies du cœur, elle accélère la prise en charge de ceux qui risquent le plus d'en avoir une.
Votre essoufflement n'est pas forcément l'âge
Voilà pourquoi ce tri vous concerne. L'insuffisance cardiaque touche 1,5 million de personnes en France, principalement après 60 ans. C'est la première cause d'hospitalisation après 65 ans, elle est associée à environ 70 000 décès par an, et l'âge moyen au moment du diagnostic est de 74 ans. Autrement dit, on la découvre tard, souvent aux urgences, une fois le muscle déjà fatigué.
Le chiffre qui compte pour vous est ailleurs. Selon l'Assurance Maladie, entre 400 000 et 700 000 personnes vivent en France avec une insuffisance cardiaque sans le savoir. Elles s'arrêtent au deuxième étage, elles dorment avec un oreiller de plus, elles voient leurs chevilles gonfler le soir, et elles mettent tout cela sur le compte des années. Beaucoup ont déjà un électrocardiogramme quelque part dans leur historique médical, passé avant une opération ou lors d'un bilan.
C'est là que le calcul devient intéressant. Rapporté à ce réservoir de personnes qui s'ignorent, un taux de détection de 81 % représenterait 324 000 à 567 000 diagnostics possibles sur des tracés déjà enregistrés, sans un seul examen supplémentaire. Ce chiffre est le nôtre, pas celui des chercheurs : il applique une performance mesurée aux États-Unis à la population française non diagnostiquée, et il donne un ordre de grandeur. Mais il dit bien où se trouve la réserve.
Le chiffre qui compte pour vous est ailleurs. Selon l'Assurance Maladie, entre 400 000 et 700 000 personnes vivent en France avec une insuffisance cardiaque sans le savoir. Elles s'arrêtent au deuxième étage, elles dorment avec un oreiller de plus, elles voient leurs chevilles gonfler le soir, et elles mettent tout cela sur le compte des années. Beaucoup ont déjà un électrocardiogramme quelque part dans leur historique médical, passé avant une opération ou lors d'un bilan.
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Votre rendez-vous chez le cardiologue : 42 jours
Encore faut-il que quelqu'un relise le tracé. Et là, nous entrons dans un problème très français. D'après l'étude publiée en mai 2026 par la plateforme Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès, qui porte sur 234 millions de consultations réalisées en 2025, le délai médian pour obtenir un rendez-vous chez un cardiologue est de 42 jours. Il était de 41 jours en 2023.
La moyenne cache pire. Dans le même relevé, l'attente va de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers, soit un rapport de un à dix entre deux départements du même pays. Quatre-vingt-deux pour cent des consultations de cardiologie sont obtenues au-delà de sept jours, et 63 % des personnes interrogées déclarent avoir déjà renoncé à chercher un rendez-vous. Une machine qui lit un tracé en deux secondes ne remplit pas un agenda vide.
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Pourquoi cet outil n'est pas encore en France
Alors, quand cet outil arrivera-t-il dans le cabinet de votre médecin ? Pas demain. Le programme de l'Imperial College a été confié à une société créée pour le porter, Cardiovolt.ai, et un essai destiné à valider ces modèles sur des patients réels recrute jusqu'en 2027. Avant d'être employé dans un cabinet français, un logiciel d'aide au diagnostic doit obtenir le marquage CE qui en fait un dispositif médical, puis convaincre les autorités sanitaires nationales.
En revanche, un effet de bord mérite d'être posé tout de suite. Si la machine désigne demain des centaines de milliers de personnes à envoyer en échographie, elle les envoie vers un examen déjà saturé et vers des cardiologues déjà pris. Le tri n'ajoute pas de cardiologues, il change l'ordre de la file.
En revanche, un effet de bord mérite d'être posé tout de suite. Si la machine désigne demain des centaines de milliers de personnes à envoyer en échographie, elle les envoie vers un examen déjà saturé et vers des cardiologues déjà pris. Le tri n'ajoute pas de cardiologues, il change l'ordre de la file.
Les quatre signes qui doivent vous alerter
D'ici là, ce que vous pouvez faire ne dépend d'aucune technologie. L'Assurance Maladie a bâti sa campagne nationale autour de quatre signaux d'alerte, et ce sont les quatre à connaître : un essoufflement inhabituel, une prise de poids rapide, des pieds et des chevilles qui gonflent, une fatigue excessive. Un seul de ces signes justifie d'en parler à votre médecin, sans attendre le bilan annuel.
Je le dis d'autant plus volontiers que ces symptômes ressemblent à ce que nous attribuons tous au vieillissement ordinaire. Monter l'escalier moins vite qu'avant paraît normal à 68 ans. S'arrêter à mi-étage pour reprendre son souffle, non. La différence tient dans une question qui coûte trente secondes à votre prochaine consultation : est-ce que mon essoufflement mérite un électrocardiogramme ? À Munich, une machine a montré qu'un tracé banal en disait plus long qu'on ne le croyait. Dans votre escalier, c'est votre souffle qui pose la question en premier.
Je le dis d'autant plus volontiers que ces symptômes ressemblent à ce que nous attribuons tous au vieillissement ordinaire. Monter l'escalier moins vite qu'avant paraît normal à 68 ans. S'arrêter à mi-étage pour reprendre son souffle, non. La différence tient dans une question qui coûte trente secondes à votre prochaine consultation : est-ce que mon essoufflement mérite un électrocardiogramme ? À Munich, une machine a montré qu'un tracé banal en disait plus long qu'on ne le croyait. Dans votre escalier, c'est votre souffle qui pose la question en premier.


