Droits et aides sociales

Veuf, 1 300 € de retraite après une vie de travail : à 65 ans, la Carsat lui refuse sa pension de réversion pour 9 € au-dessus du plafond

Il a 65 ans, une retraite modeste et une épouse en invalidité, et il compte chaque euro pour finir le mois. Veuf d'un premier mariage, ce lecteur a demandé la pension de réversion à laquelle il pensait avoir droit après une vie de travail. Quatre mois plus tard, la réponse est tombée : refus, pour quelques euros de trop. Il vient de nous écrire, et sa colère pose une question qui concerne bien d'autres veufs qui vivent de nouveau en couple.

Partager : W f X in @

Par | Publié le 4 Novembre 2026 à 11:31 | mis à jour le 4 Novembre 2026 à 11:31
Une main alignant neuf euros en pièces sur une console d'entrée - Illustration générée par IA
Une main alignant neuf euros en pièces sur une console d'entrée - Illustration générée par IA

Une pension de réversion refusée pour 9 €

Le message est arrivé à la rédaction le 4 novembre, et il s'ouvre sur une phrase qui dit beaucoup de l'époque : « Au moment où tous les politiques parlent des retraités comme des nantis, je voudrais témoigner de ma situation. » Son auteur a 65 ans et dépend de la Carsat Sud-Est, qui lui verse une retraite d'un peu plus de 1 300 € par mois. Son épouse perçoit une pension d'invalidité d'environ 1 400 €, et avec ces deux revenus, le couple peine à joindre les deux bouts.

Veuf d'un premier mariage, il a voulu faire valoir ses droits à la pension de réversion. On lui a demandé d'attendre trois mois avant de déposer sa demande, ce qu'il a fait sans discuter. La réponse est arrivée au bout de quatre mois, un de plus que le délai annoncé : ses revenus dépassaient de 9 € le plafond de ressources, et la réversion lui était refusée.

Il a alors engagé un recours gracieux, comme le site de sa caisse le proposait. Au guichet, après plusieurs tentatives pour parler à quelqu'un, on lui a répondu que le plafond s'appliquait strictement et qu'aucun recours n'était possible. D'où sa question, que nous reprenons telle quelle : « À quoi sert cette possibilité si elle ne permet même pas de réexaminer une situation particulière ? »
 
La Newsletter SeniorActu
Chaque vendredi
Retraite, santé, pouvoir d'achat : la synthèse de l'actualité des seniors directement dans votre boîte mail.
Adresse e-mail

Les revenus de votre conjoint comptent aussi dans le plafond

Dans le régime général, la pension de réversion n'est versée qu'à partir de 55 ans, et sous condition de ressources. Comme l'indique la fiche de Service-Public consacrée à la réversion de l'Assurance retraite, ces ressources annuelles brutes doivent rester inférieures à 25 001,60 € pour une personne seule et à 40 002,56 € pour une personne qui vit en couple. Ramené au mois, le plafond d'un couple atteint 3 333,55 €.

Ce mot de couple change tout pour ce lecteur. Parce qu'il vit de nouveau en couple, il n'est plus jugé sur sa seule retraite : ce sont les ressources de son ménage qui comptent, celles de son épouse comprises, puisque le plafond de couple vaut pour un mariage, un Pacs ou un concubinage. La caisse les examine sur les trois mois civils qui précèdent la date d'attribution de la réversion, puis sur les douze derniers mois quand elles dépassent le quart du plafond.
 
Ces montants sont comparés bruts, avant cotisations sociales, CSG et CRDS, alors que l'on garde d'ordinaire en tête ce que l'on voit arriver sur son compte. Une retraite et une pension d'invalidité qui paraissent modestes une fois versées pèsent plus lourd au moment du calcul.
 

Ce que 9 € de moins auraient vraiment changé

Sauf que le couperet est moins net qu'il n'y paraît. Quand la réversion et les ressources du ménage dépassent ensemble le plafond, la pension de réversion est réduite pour que ce plafond ne soit pas franchi. Un couple installé à 9 € sous la barre n'aurait donc perçu, au mieux, qu'une réversion de 9 € sur la même période.

Ce n'est pas une vraie pension que ces quelques euros lui ont coûtée, c'est le droit d'en toucher une parcelle. Ce qui le prive d'une réversion digne de ce nom, c'est le niveau de ressources que la caisse a retenu pour son couple, déjà calé contre le plafond. Ses deux pensions n'y suffisent pourtant pas : même en leur ajoutant les prélèvements sociaux, 1 300 € et 1 400 € nets restent nettement sous les 3 333,55 € mensuels, si bien que d'autres ressources ont forcément été comptées.

Je comprends sa colère, et nous la partageons sur un point précis. Une règle qui juge trop aisé, pour quelques euros, un ménage aux revenus aussi modestes dit beaucoup de la façon dont on mesure l'aisance des retraités en 2026.
 

Votre recours passe par une commission, pas par le guichet

Or la réponse obtenue au guichet ne correspond pas aux voies prévues. Une décision de la caisse de retraite se conteste devant sa commission de recours amiable, dans les deux mois qui suivent sa notification, par un courrier de préférence recommandé avec accusé de réception. Ce recours est gratuit, et il est même obligatoire avant de pouvoir saisir un juge.

La commission ne vous convoque pas, elle examine le dossier sur pièces. Si elle ne répond pas dans les deux mois, son silence vaut rejet, et le tribunal judiciaire peut être saisi à son tour, là encore dans un délai de deux mois.

Contester ne fera pas bouger le plafond, fixé par les textes. En revanche, la commission réexamine le dossier, c'est-à-dire le calcul, et c'est d'abord le détail des ressources prises en compte qu'il faut lui demander : leur nature, la période de trois ou douze mois, les montants bruts. À 9 € près, une seule ligne mal comptée suffit à faire basculer la décision.
 

À l'Agirc-Arrco, la réversion dépend du remariage, pas des revenus

D'ailleurs, la retraite complémentaire obéit à une tout autre logique. L'Agirc-Arrco verse la réversion sans condition de ressources, et le remariage du conjoint survivant y met fin définitivement, alors que vivre en couple ou se pacser n'a pas d'incidence. Si sa première épouse avait cotisé à l'Agirc-Arrco, tout tient donc à la forme de sa nouvelle union, et non à ses revenus : un remariage a fait tomber ce droit, un Pacs ou un concubinage l'aurait laissé intact.

Ces jours-ci, d'autres retraités disent la même amertume, comme ce Philippe de 64 ans cité par NextPlz, qui vit avec 724 € de retraite et 274 € de complémentaire. Mais notre lecteur pose une question que ces récits laissent de côté : celle des retraités modestes qui se croyaient protégés par un droit, et découvrent qu'il dépend de quelques euros.

Lui en tire une conclusion qu'il trouve absurde : la seule façon d'améliorer l'ordinaire de son couple serait de reprendre le travail à 65 ans. Il ne réclame aucun traitement de faveur, écrit-il, seulement « un peu de bon sens, de considération et d'humanité » dans l'application de règles qui peuvent avoir des conséquences disproportionnées sur la vie des gens.

Partager cet article
W f X in @



Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors de la semaine dans votre boite mail !