Société

The Lancet évalue les risques catastrophiques pour l'humanité d'ici 2100 : deux de ses 17 menaces ont un potentiel d'extinction, jugé peu probable

Des experts réunis par une revue médicale viennent de passer au crible les risques catastrophiques pour l'humanité d'ici 2100. Sur les 17 menaces qu'ils retiennent pour la santé humaine, deux seulement ont de quoi aller jusqu'à l'extinction, et ce ne sont pas celles qui pèsent le plus lourd dans leurs calculs. Les quinze autres, bien plus ordinaires, se jouent déjà dans nos vies, au quotidien.

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Par | Publié le 12 Octobre 2026 à 10:45 | mis à jour le 12 Octobre 2026 à 10:48
Un processeur d'IA devant un champignon atomique à l'horizon - Illustration générée par IA
Un processeur d'IA devant un champignon atomique à l'horizon - Illustration générée par IA

Risques catastrophiques pour l'humanité : deux menaces à part

Une revue de médecine qui range une bombe et un logiciel parmi les menaces pour notre santé, voilà de quoi surprendre. C'est pourtant le cœur du rapport présenté dimanche 11 octobre à Berlin, au World Health Summit, par la commission de The Lancet sur les menaces sanitaires du XXIe siècle. Ses auteurs, réunis autour de ses deux coprésidents, Christopher Murray, directeur de l'Institut de mesure et d'évaluation de la santé de l'université de Washington, et Natalia Kanem, ancienne directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population, ont examiné des centaines de dangers possibles dans 204 pays et territoires.

À part dans leur liste, deux menaces seulement se voient reconnaître un potentiel d'extinction de l'humanité : l'usage malveillant de l'intelligence artificielle et le conflit nucléaire. La commission insiste aussitôt sur un point : la probabilité de l'une comme de l'autre reste faible. Elles figurent à part parce que leurs conséquences, si elles survenaient, n'auraient aucune commune mesure avec le reste.
 
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Pourquoi l'IA et le nucléaire, et pas le climat

Pour mesurer ces risques, la commission n'a pas compté des morts mais des années de vie en bonne santé perdues, malades, handicapées ou écourtées, entre 2025 et 2100. Son calcul pèse à la fois l'ampleur d'une catastrophe et sa probabilité, puis estime ce que des décisions politiques permettraient d'éviter. Selon le communiqué de The Lancet, empêcher une guerre nucléaire éviterait 133 millions de morts et 9,35 milliards d'années de vie en bonne santé perdues d'ici 2100. Pour l'intelligence artificielle malveillante, le gain possible atteint 10,4 milliards d'années.

Le climat, lui, n'est pas rangé parmi les menaces d'extinction. Il n'en est pas moins jugé catastrophique et déjà à l'œuvre : limiter le réchauffement autour de 1,8 °C plutôt que de le laisser grimper à 4,4 °C éviterait de perdre 1,89 milliard d'années de vie en bonne santé, sous l'effet des chaleurs extrêmes et de la pollution de l'air. La commission prévient d'ailleurs que ce chiffre sous-estime le coût réel, faute de pouvoir mesurer les sécheresses, les déplacements de population ou les effets sur la santé mentale.

Pour figurer sur la liste, une menace devait réunir trois conditions : pouvoir coûter au moins un milliard d'années de vie en bonne santé d'ici la fin du siècle, être mesurable avec les données existantes, et laisser aux gouvernements une marge d'action réelle. C'est ce dernier critère qui donne au rapport son allure de feuille de route plutôt que de prophétie.
 

Les quinze autres menaces, plus proches de votre quotidien

Les quinze autres menaces sont qualifiées de catastrophiques. On y trouve pêle-mêle la pollution de l'air, la résistance aux antibiotiques, le changement climatique, les pandémies naturelles, les guerres conventionnelles, la malnutrition des enfants, les inégalités de revenus, le faible niveau d'éducation et la baisse de l'aide internationale à la santé. S'y ajoutent l'alcool, le tabac, la mauvaise santé mentale, l'obésité, l'hypertension et le vieillissement en mauvaise santé.

Mais c'est là que le classement intuitif se renverse. Agir contre l'obésité permettrait d'éviter la perte de 23,1 milliards d'années de vie en bonne santé d'ici 2100, plus de deux fois ce qui est en jeu avec l'intelligence artificielle malveillante, le calcul est le nôtre. Le faible niveau d'éducation pèse 16,1 milliards d'années, et les inégalités de revenus 13,8 milliards, l'équivalent de 25 pandémies de Covid-19 selon la commission. Les menaces les plus spectaculaires ne sont pas celles qui coûtent le plus.
 

Tension, poids, vieillissement : les menaces qui vous concernent déjà

Parmi ces quinze menaces, trois nous concernent de près : l'obésité, l'hypertension et le vieillissement en mauvaise santé. L'hypertension en est le meilleur exemple. Selon l'étude Esteban de Santé publique France sur l'hypertension artérielle, menée en 2015 auprès des 18-74 ans, elle touche près d'un adulte sur trois en France, et seule une personne hypertendue sur deux savait qu'elle l'était. Contre une guerre nucléaire, vous ne pouvez rien ; contre une tension trop haute, un brassard et un médecin traitant suffisent pour commencer. Et vous, quand avez-vous fait contrôler la vôtre pour la dernière fois ?
  Or le vieillissement en mauvaise santé a, lui aussi, une traduction très concrète en France. D'après les chiffres 2024 de la Drees, le service statistique des ministères sociaux, une femme de 65 ans peut espérer vivre encore 23,6 ans, dont 11,8 ans sans incapacité, et un homme 19,9 ans, dont 10,5 ans sans incapacité. Autrement dit, une femme de 65 ans passera en moyenne la moitié de ses années restantes avec une limitation dans sa vie quotidienne, le calcul est le nôtre. Je trouve que ce chiffre dit mieux que n'importe quelle projection ce que la commission entend par vieillir en mauvaise santé.
 

Un potentiel d'extinction, pas une prophétie

Sauf que ce rapport ne se lit pas comme un compte à rebours. The Lancet précise dans son éditorial que la commission ne propose aucun classement figé, et que ses estimations évolueront avec les données. La revue y annonce aussi qu'elle créera avec la commission un observatoire, le Lancet Monitor, chargé de suivre ces menaces au fil des ans. Christopher Murray résume l'esprit du travail : ce qui frappe, au-delà de l'ampleur des risques, c'est que l'humanité garde les moyens d'agir.

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