Quand la France comptait ses morts à la main
Le bilan de la canicule d'août 2003 arrive en trois vagues. D'abord 11 435 morts selon l'InVS, puis 15 000 dans le rapport de l'Inserm, puis 19 490 en 2007.
Quatre ans pour compter ses propres morts.
Le Sénat et l'Assemblée nationale rendent leurs rapports en février 2004 et disent la même chose : le gouvernement était absent, le système de santé ne voyait rien, et personne ne surveillait les personnes âgées qui mouraient seules chez elles.
Quatre ans pour compter ses propres morts.
Le Sénat et l'Assemblée nationale rendent leurs rapports en février 2004 et disent la même chose : le gouvernement était absent, le système de santé ne voyait rien, et personne ne surveillait les personnes âgées qui mouraient seules chez elles.
Vingt-trois ans de promesses sur une page A4
Le plan canicule national est lancé dès 2004.
La Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie est créée, alimentée par la journée de solidarité qui supprime le lundi de Pentecôte.
Le décret du 7 juillet 2005 impose à chaque Ehpad un « plan bleu » et au moins une pièce rafraîchie accessible aux résidents en cas de forte chaleur. Vous lisez bien : une pièce.
Pas la climatisation des chambres, pas celle des couloirs, pas un seuil de température garanti dans les parties communes. Une seule pièce pour l'ensemble des résidents, avec un objectif de 25 à 26 degrés fixé par la Haute Autorité de Santé.
En 2026, la réglementation n'impose toujours pas la climatisation individuelle des chambres. L'arrêté du 12 février 2024 a durci le plan bleu, mais sans toucher à cette limite structurelle.
Côté travail, le vide a duré plus longtemps encore.
Pendant vingt-deux ans, de 2003 à 2025, le Code du travail n'a contenu aucune disposition spécifique aux fortes chaleurs.
Zéro seuil de température. Les seules références existantes venaient de l'INRS, qui fixait des repères indicatifs à 30 degrés pour le travail sédentaire et 28 pour le travail physique, sans valeur réglementaire opposable.
Il a fallu attendre le décret du 27 mai 2025 pour que des obligations apparaissent, déclenchées par les niveaux de vigilance Météo-France.
Or ce texte, entré en vigueur le 1er juillet 2025, ne fixe toujours aucune température maximale légale. L'employeur doit « évaluer les risques » et « adapter l'organisation du travail ». Le chiffre au-delà duquel votre patron est tenu de vous renvoyer chez vous n'existe pas. Il est libre de faire ce qu'il veut, tant qu'il ne vous arrive rien...
Reste le logement.
Selon le bureau d'études Pouget, un logement sur dix seulement est adapté aux fortes chaleurs en France, y compris parmi les constructions récentes affichant un bon DPE.
Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun l'a dit le 17 juin 2026 : un logement français sur trois s'apparente à une bouilloire thermique. « La canicule n'est pas une question météorologique ou climatique, c'est désormais une question de justice sociale. »
Quant à la CNSA, créée en réponse directe à 2003, ses crédits servent l'aide à l'autonomie des personnes âgées et handicapées. Pas la climatisation des Ehpad, pas l'adaptation thermique des logements.
La journée de solidarité rapporte plus de trois milliards d'euros par an. L'argent existe, il ne va pas là.
La Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie est créée, alimentée par la journée de solidarité qui supprime le lundi de Pentecôte.
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Pas la climatisation des chambres, pas celle des couloirs, pas un seuil de température garanti dans les parties communes. Une seule pièce pour l'ensemble des résidents, avec un objectif de 25 à 26 degrés fixé par la Haute Autorité de Santé.
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Reste le logement.
Selon le bureau d'études Pouget, un logement sur dix seulement est adapté aux fortes chaleurs en France, y compris parmi les constructions récentes affichant un bon DPE.
Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun l'a dit le 17 juin 2026 : un logement français sur trois s'apparente à une bouilloire thermique. « La canicule n'est pas une question météorologique ou climatique, c'est désormais une question de justice sociale. »
Quant à la CNSA, créée en réponse directe à 2003, ses crédits servent l'aide à l'autonomie des personnes âgées et handicapées. Pas la climatisation des Ehpad, pas l'adaptation thermique des logements.
La journée de solidarité rapporte plus de trois milliards d'euros par an. L'argent existe, il ne va pas là.
Notre maison brûle et le budget fond
Deux dates résument le fossé entre ce que la France dit et ce qu'elle fait :
Septembre 2002, Johannesburg : Chirac invente la phrase qui fera le tour du monde.
Décembre 2015, Paris : la France accueille la COP21 et obtient l'Accord de Paris signé en grande pompe par 195 pays. Excusez du peu.
Entre les deux puis après, l'argent fond.
Le Fonds vert, créé en 2023 avec 2 milliards d'euros pour financer l'adaptation climatique des collectivités, a été porté à 2,5 milliards en 2024. La dernière loi de finances l'a ramené à 837 millions. L'isolation des écoles, la rénovation des Ehpad, l'adaptation des logements sociaux passent par ce fonds. Il a été divisé par trois en deux ans.
Le coût de l'inaction, lui, ne faiblit pas. Selon Allianz Trade, les épisodes de fortes chaleurs coûteront 206 milliards d'euros cumulés entre 2026 et 2030.
En juin 2026, 54 départements sont en vigilance rouge et 784 établissements scolaires ont dû aménager leurs horaires ou fermer.
Le Premier ministre active le centre interministériel de crise. Quatorze ministres autour de la table. La consigne de Matignon au terrain : faire confiance au bon sens des compatriotes. Le bon sens, en 2003, était déjà la ligne officielle. D'ailleurs je l'aurais écrite mot pour mot en 2006, en 2015 ou en 2022. La formule n'a pas vieilli d'une ride.
Météo-France classe la vague actuelle comme la 52e depuis 1947. Les deux tiers se sont produites depuis le début du XXIe siècle.
Nous ne sommes plus dans l'exception. Nous vivons dedans.
Septembre 2002, Johannesburg : Chirac invente la phrase qui fera le tour du monde.
Décembre 2015, Paris : la France accueille la COP21 et obtient l'Accord de Paris signé en grande pompe par 195 pays. Excusez du peu.
Entre les deux puis après, l'argent fond.
Le Fonds vert, créé en 2023 avec 2 milliards d'euros pour financer l'adaptation climatique des collectivités, a été porté à 2,5 milliards en 2024. La dernière loi de finances l'a ramené à 837 millions. L'isolation des écoles, la rénovation des Ehpad, l'adaptation des logements sociaux passent par ce fonds. Il a été divisé par trois en deux ans.
Le coût de l'inaction, lui, ne faiblit pas. Selon Allianz Trade, les épisodes de fortes chaleurs coûteront 206 milliards d'euros cumulés entre 2026 et 2030.
En juin 2026, 54 départements sont en vigilance rouge et 784 établissements scolaires ont dû aménager leurs horaires ou fermer.
Le Premier ministre active le centre interministériel de crise. Quatorze ministres autour de la table. La consigne de Matignon au terrain : faire confiance au bon sens des compatriotes. Le bon sens, en 2003, était déjà la ligne officielle. D'ailleurs je l'aurais écrite mot pour mot en 2006, en 2015 ou en 2022. La formule n'a pas vieilli d'une ride.
Météo-France classe la vague actuelle comme la 52e depuis 1947. Les deux tiers se sont produites depuis le début du XXIe siècle.
Nous ne sommes plus dans l'exception. Nous vivons dedans.
Été 2026 : les mêmes victimes, les mêmes silences
L'été 2025 a tué 5 700 personnes par la chaleur en France. Les trois quarts avaient plus de 75 ans. Le rapport de Santé publique France est sorti fin février 2026. Aucun journal télévisé n'en a fait sa une. L'indifférence, vingt-trois ans après le choc de 2003, est devenue la norme.
Les victimes ont le même profil, le même âge, et meurent aux mêmes endroits : chez elles, seules, entre le milieu de l'après-midi et la tombée de la nuit.
Ce n'est ni une fatalité ni une surprise.
Juste le résultat de choix budgétaires, de lacunes législatives à répétition et d'un pays qui sait accueillir une COP mais qui est incapable de faire climatiser ses propres maisons de retraite, une génération plus tard.
F.Crozier
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