Alzheimer, Parkinson : les chercheurs regardent au-delà du cerveau
Voilà plus d'un siècle que l'on cherche la cause d'Alzheimer dans le cerveau, sans l'avoir trouvée. Aucun traitement ne permet pour l'instant de guérir la maladie, pas plus que celle de Parkinson. Selon l'Inserm, 1 à 1,2 million de personnes souffrent de la maladie d'Alzheimer en France, et 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année.
Pierre-Marie Lledo, directeur du département de neurosciences de l'Institut Pasteur, regarde désormais ailleurs. Il l'a expliqué à 20 Minutes, qui a visité son laboratoire à l'occasion du Pasteurdon, l'appel aux dons de l'institut qui fêtait sa 20e édition du 8 au 11 octobre : « Pendant longtemps, on pensait que tout se passait dans le cerveau. » L'origine de ces maladies viendrait peut-être, selon lui, d'un organe qui commencerait à défaillir des années plus tôt. Pour Alzheimer, cet organe, c'est l'intestin, et plus précisément le microbiote, ces milliards de micro-organismes qui y vivent.
Pierre-Marie Lledo, directeur du département de neurosciences de l'Institut Pasteur, regarde désormais ailleurs. Il l'a expliqué à 20 Minutes, qui a visité son laboratoire à l'occasion du Pasteurdon, l'appel aux dons de l'institut qui fêtait sa 20e édition du 8 au 11 octobre : « Pendant longtemps, on pensait que tout se passait dans le cerveau. » L'origine de ces maladies viendrait peut-être, selon lui, d'un organe qui commencerait à défaillir des années plus tôt. Pour Alzheimer, cet organe, c'est l'intestin, et plus précisément le microbiote, ces milliards de micro-organismes qui y vivent.
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Le microbiote de malades d'Alzheimer greffé à de jeunes souris
Comment tester une telle hypothèse ? L'équipe de Pierre-Marie Lledo a formé deux groupes de jeunes souris. Les premières ont reçu le microbiote intestinal de personnes âgées en bonne santé, les secondes celui de personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer. Puis les chercheurs ont suivi leur mémoire, semaine après semaine.
Le résultat, rapporté par 20 Minutes puis par Pourquoi Docteur, est net. Chez les souris greffées avec les bactéries de malades, la mémoire s'est dégradée en trois semaines. Chez celles qui avaient reçu le microbiote de seniors en bonne santé, il a fallu huit semaines. Autrement dit, le microbiote de personnes âgées pèse déjà sur la mémoire de ces souris, et celui des malades d'Alzheimer accélère encore le déclin. Le neuroscientifique dit avoir mis en évidence quelques bactéries intestinales qui concourent à un vieillissement prématuré et au déclin cognitif.
Je dois pourtant être honnête avec vous : une souris n'est pas un retraité. Ces expériences suggèrent un lien entre certaines bactéries et le déclin de la mémoire, elles ne démontrent pas que ces bactéries provoquent Alzheimer chez l'humain. On ne sait pas davantage si un microbiote déréglé est une cause de la maladie ou l'une de ses conséquences.
Le résultat, rapporté par 20 Minutes puis par Pourquoi Docteur, est net. Chez les souris greffées avec les bactéries de malades, la mémoire s'est dégradée en trois semaines. Chez celles qui avaient reçu le microbiote de seniors en bonne santé, il a fallu huit semaines. Autrement dit, le microbiote de personnes âgées pèse déjà sur la mémoire de ces souris, et celui des malades d'Alzheimer accélère encore le déclin. Le neuroscientifique dit avoir mis en évidence quelques bactéries intestinales qui concourent à un vieillissement prématuré et au déclin cognitif.
Je dois pourtant être honnête avec vous : une souris n'est pas un retraité. Ces expériences suggèrent un lien entre certaines bactéries et le déclin de la mémoire, elles ne démontrent pas que ces bactéries provoquent Alzheimer chez l'humain. On ne sait pas davantage si un microbiote déréglé est une cause de la maladie ou l'une de ses conséquences.
De votre intestin à votre cerveau, la piste du nerf vague
Mais par où des bactéries logées dans l'intestin peuvent-elles atteindre la mémoire ? L'Institut Pasteur avait déjà apporté une réponse en 2022, dans une étude publiée par la revue JCI Insight et signée notamment par Damien Rei, Harry Sokol et Pierre-Marie Lledo. Comme le résume la fiche de publication de l'Institut Pasteur, le microbiote de donneurs âgés, souris ou humains, transplanté à de jeunes souris, a suffi à réduire la fabrication de nouveaux neurones et à altérer la mémoire qui dépend de l'hippocampe, la zone du cerveau qui enregistre les souvenirs.
Le messager identifié, c'est le nerf vague, ce long câble nerveux qui relie l'intestin au cerveau. Chez les souris greffées, son activité vers le cerveau était affaiblie. Or, en stimulant ce nerf, les chercheurs ont amélioré la mémoire de souris âgées, ce qui en fait une piste de traitement à explorer, encore chez l'animal.
Le messager identifié, c'est le nerf vague, ce long câble nerveux qui relie l'intestin au cerveau. Chez les souris greffées, son activité vers le cerveau était affaiblie. Or, en stimulant ce nerf, les chercheurs ont amélioré la mémoire de souris âgées, ce qui en fait une piste de traitement à explorer, encore chez l'animal.
Parkinson : à l'Institut Pasteur, le nez aussi est surveillé
Pour Parkinson, c'est le nez qui intéresse Pasteur. L'équipe de Françoise Lazarini a transféré la flore nasale de souris malades à des souris saines, qui ont alors développé des symptômes de la maladie. L'opération inverse n'a produit aucun effet. « Nous avons identifié une dizaine de familles bactériennes susceptibles de jouer un rôle », précise Pierre-Marie Lledo.
Votre microbiote, une piste de recherche et pas encore un traitement
Faut-il pour autant changer de microbiote ? Pas encore. La transplantation de microbiote fécal existe bien en France, où le transplant a le statut de médicament, mais sa seule indication en soins courants reste l'infection intestinale récidivante à Clostridioides difficile, rappelle la revue de l'Ordre des pharmaciens. Alzheimer n'en fait pas partie, et Pierre-Marie Lledo lui-même tempère sur la dépression : « Nous ne sommes pas près de réaliser des transferts de microbiote chez des patients dépressifs. »
Méfiez-vous donc des promesses qui fleurissent sur Internet. Ces travaux restent menés sur des souris : ils ne valident à ce stade ni probiotique ni test de selles contre Alzheimer. En revanche, les leviers reconnus existent déjà pour nous : l'OMS a placé la tension artérielle et l'audition parmi les facteurs de risque de démence sur lesquels on peut agir.
Que retenir, alors, de ces souris parisiennes ? Que l'intestin est entré dans la liste des suspects, et que la recherche sur Alzheimer s'en trouve élargie. D'ailleurs, si ces pistes se confirment chez l'humain, c'est peut-être par le ventre que viendront un jour les premiers signes d'alerte de la maladie, bien avant les premiers trous de mémoire.
Méfiez-vous donc des promesses qui fleurissent sur Internet. Ces travaux restent menés sur des souris : ils ne valident à ce stade ni probiotique ni test de selles contre Alzheimer. En revanche, les leviers reconnus existent déjà pour nous : l'OMS a placé la tension artérielle et l'audition parmi les facteurs de risque de démence sur lesquels on peut agir.
Que retenir, alors, de ces souris parisiennes ? Que l'intestin est entré dans la liste des suspects, et que la recherche sur Alzheimer s'en trouve élargie. D'ailleurs, si ces pistes se confirment chez l'humain, c'est peut-être par le ventre que viendront un jour les premiers signes d'alerte de la maladie, bien avant les premiers trous de mémoire.




