La liste que l'OMS a rouverte après sept ans
L'OMS a publié le 15 juillet un document qui dit deux choses à la fois, et la seconde passe rarement dans les reprises. La première, c'est qu'une large part des démences se joue bien avant le premier oubli. La seconde, c'est qu'il existe une famille de produits vendus pour la mémoire dont l'Organisation ne veut pas dans sa liste. Les deux tiennent dans le même texte, à quelques pages d'écart.
Le chiffre qui a circulé est celui de 45 %. Jusqu'à 45 % du risque de démence serait attribuable à des facteurs sur lesquels il est possible d'agir, écrit l'Organisation mondiale de la santé dans son communiqué du 15 juillet 2026. Elle cite le tabac, l'alcool, l'isolement social, l'inactivité physique, la pollution de l'air, l'hypertension et le diabète. Plus de 57 millions de personnes vivent avec une démence dans le monde, et la maladie d'Alzheimer représente 60 à 70 % des cas.
Or ces lignes directrices ne sortent pas de nulle part. Ce sont les deuxièmes du genre : les premières dataient de 2019, et sept années de travaux se sont accumulées depuis. Le directeur général de l'Organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dit disposer de plus d'informations que jamais sur les origines de la démence. Nous ne sommes pas devant une découverte, plutôt devant un inventaire remis à jour.
Le chiffre qui a circulé est celui de 45 %. Jusqu'à 45 % du risque de démence serait attribuable à des facteurs sur lesquels il est possible d'agir, écrit l'Organisation mondiale de la santé dans son communiqué du 15 juillet 2026. Elle cite le tabac, l'alcool, l'isolement social, l'inactivité physique, la pollution de l'air, l'hypertension et le diabète. Plus de 57 millions de personnes vivent avec une démence dans le monde, et la maladie d'Alzheimer représente 60 à 70 % des cas.
Or ces lignes directrices ne sortent pas de nulle part. Ce sont les deuxièmes du genre : les premières dataient de 2019, et sept années de travaux se sont accumulées depuis. Le directeur général de l'Organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dit disposer de plus d'informations que jamais sur les origines de la démence. Nous ne sommes pas devant une découverte, plutôt devant un inventaire remis à jour.
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Vos gélules pour la mémoire n'y figurent pas
Venons-en à ce que ce texte écarte, puisque c'est la partie dont personne ne parle. Dans le chapitre consacré aux interventions, l'OMS écrit qu'elle ne recommande pas la supplémentation en vitamines B et E, en oméga-3, en acides gras polyinsaturés et en multivitamines ou minéraux lorsqu'il s'agit de réduire le risque de déclin cognitif ou de démence. Une réserve accompagne la phrase, et elle compte : cela vaut en l'absence de carence diagnostiquée. Si votre médecin a mesuré une carence chez vous, le raisonnement change, et la supplémentation relève alors du soin et non de la prévention.
Sauf que le motif avancé mérite d'être lu en entier, car il ne dit pas que ces produits ne servent à rien. L'Organisation invoque le manque de données attestant d'avantages qui compenseraient des effets nocifs inattendus. En français courant : personne n'a montré de bénéfice solide, et personne n'a écarté tout inconvénient. Nous avons donc affaire à une abstention motivée, pas à un verdict d'inefficacité, et la nuance pèse lourd s'agissant de produits vendus sans ordonnance.
Reste que l'affaire touche beaucoup de monde chez nous. Le segment des oméga-3, oméga-6 et oméga-9 pesait environ 120 millions d'euros par an en France sur un marché des compléments alimentaires d'environ 3 milliards, selon le syndicat professionnel Synadiet. Une boîte se renouvelle tous les mois, personne au comptoir n'a de raison de vous en dissuader, et le geste finit par entrer dans la routine du matin au même titre que le café. Nous parlons ici d'une dépense volontaire, répétée, engagée pour un motif que l'OMS vient de retirer de sa liste.
D'ailleurs, ce n'est pas la première fois que la mesure déçoit. Deux travaux publiés en 2026 sur les oméga-3 et le cerveau, l'un observationnel, l'autre randomisé contre placebo, n'ont montré aucun bénéfice cognitif chez des adultes de 55 à 80 ans. L'acide gras atteint bien le cerveau, les taux le prouvent, et les tests de mémoire ne bougent pas pour autant.
Sauf que le motif avancé mérite d'être lu en entier, car il ne dit pas que ces produits ne servent à rien. L'Organisation invoque le manque de données attestant d'avantages qui compenseraient des effets nocifs inattendus. En français courant : personne n'a montré de bénéfice solide, et personne n'a écarté tout inconvénient. Nous avons donc affaire à une abstention motivée, pas à un verdict d'inefficacité, et la nuance pèse lourd s'agissant de produits vendus sans ordonnance.
Reste que l'affaire touche beaucoup de monde chez nous. Le segment des oméga-3, oméga-6 et oméga-9 pesait environ 120 millions d'euros par an en France sur un marché des compléments alimentaires d'environ 3 milliards, selon le syndicat professionnel Synadiet. Une boîte se renouvelle tous les mois, personne au comptoir n'a de raison de vous en dissuader, et le geste finit par entrer dans la routine du matin au même titre que le café. Nous parlons ici d'une dépense volontaire, répétée, engagée pour un motif que l'OMS vient de retirer de sa liste.
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Oméga-3 : ce résultat clinique que l'industrie des compléments alimentaires préfère ignorer
Je le formulerais ainsi : la gélule n'est pas coupable, elle est hors sujet. Son coût réel n'est pas son prix, c'est le sentiment d'avoir agi. Quelqu'un qui avale sa boîte chaque matin peut, en toute bonne foi, repousser à l'an prochain la seule mesure que l'OMS place vraiment en haut de sa liste. Oméga-3 : ce résultat clinique que l'industrie des compléments alimentaires préfère ignorer
Votre tension et votre audition, elles, y sont
Cette liste tient en quelques lignes, et aucune ne passe par la caisse d'une parapharmacie. L'OMS y range l'activité physique, l'arrêt du tabac, la baisse de la consommation d'alcool, une alimentation saine, l'entraînement et la stimulation cognitive, la participation à des activités sociales. Elle y ajoute la prise en charge de l'hypertension, du diabète et de l'excès de cholestérol. Deux entrées sont neuves par rapport à 2019 : les aides auditives, proposées dans les stratégies de réduction du risque, et la réduction de l'exposition à la pollution de l'air.
L'hypertension, justement, est la ligne sur laquelle la France tient son plus mauvais dossier. Santé publique France compte environ 17 millions d'adultes hypertendus, soit un sur trois, et rappelle qu'un hypertendu sur deux ignore qu'il l'est. L'agence situe le fardeau le plus lourd chez les hommes et chez les personnes de 55 à 74 ans, c'est-à-dire très exactement la tranche d'âge à laquelle ces recommandations demandent d'agir.
Le diabète suit la même pente, en plus discret encore. Plus de 3,8 millions de personnes étaient traitées par médicament en 2023, et l'enquête Esteban de la même agence estime que 12 % des diabétiques de 55 à 74 ans n'ont jamais été diagnostiqués. Quant à l'audition, elle se perd sans douleur et sur une dizaine d'années, ce qui explique qu'on la laisse filer sans jamais décider de rien.
Un calcul que Santé publique France ne pose pas sous cette forme, mais que deux de ses chiffres permettent d'écrire. Appliquer à ses 17 millions d'adultes hypertendus la proportion d'un sur deux qui ignore l'être donne environ 8,5 millions de personnes qui vivent avec la première ligne de cette liste sans en rien savoir. Ce chiffre est le nôtre. Il ne dit pas combien de démences seraient évitées, il dit combien de Français ne peuvent aujourd'hui décider de rien, faute d'avoir vu les deux nombres de leur tensiomètre.
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Un calcul que Santé publique France ne pose pas sous cette forme, mais que deux de ses chiffres permettent d'écrire. Appliquer à ses 17 millions d'adultes hypertendus la proportion d'un sur deux qui ignore l'être donne environ 8,5 millions de personnes qui vivent avec la première ligne de cette liste sans en rien savoir. Ce chiffre est le nôtre. Il ne dit pas combien de démences seraient évitées, il dit combien de Français ne peuvent aujourd'hui décider de rien, faute d'avoir vu les deux nombres de leur tensiomètre.
Ce que ces recommandations ne promettent pas
Un mot, pour finir, sur ce que ces recommandations ne disent pas. Elles portent sur des risques de population et non sur votre cas, et cette borne de 45 % reste un maximum, pas une moyenne. Aucun de ces gestes ne met personne à l'abri, et l'OMS ne l'écrit nulle part. Mais aucune de ses lignes ne coûte le prix d'une boîte : la tension se mesure, l'audition se teste, la marche se décide. La liste des choses à faire est plus courte que le rayon qui prétend la remplacer.



