Actualité Médicale

Médicaments à l'unité : les députés ont voté en commission la fin de la boîte de 20 pour 3 comprimés prescrits, et l'hémicycle en rediscutera mardi

Votre médecin vous prescrit trois comprimés, la pharmacie vous remet une boîte de vingt : c'est cet écart que les députés ont voulu effacer jeudi, en votant en commission la dispensation des médicaments à l'unité. Les syndicats de pharmaciens s'y opposent déjà. Et le vote ne dit pas encore lesquels de vos comprimés passeraient au compte exact.

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Par | Publié le 18 Octobre 2026 à 09:44 | mis à jour le 18 Octobre 2026 à 09:44
Un pharmacien glisse trois comprimés dans un sachet devant une cliente - Illustration générée par IA
Un pharmacien glisse trois comprimés dans un sachet devant une cliente - Illustration générée par IA

La boîte de 20 pour 3 comprimés, dans le viseur des députés

L'ordonnance dit trois comprimés, l'étui en contient vingt, et les dix-sept autres finissent chez vous. Jeudi 15 octobre, la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a adopté un amendement au budget de la Sécurité sociale pour 2027 qui renverse cette logique : le pharmacien délivrerait exactement le nombre d'unités inscrit sur la prescription. Son auteur, le député Renaissance Guillaume Kasbarian, a rallié des élus de plusieurs bords, de sa collègue de groupe Agnès Pannier-Runacher à Damien Maudet (LFI) et Christophe Bentz (RN).

Sauf que l'amendement renvoie la liste des médicaments concernés à un décret. J'ai cherché cette liste : elle n'existe pas, puisque la mesure n'est pas adoptée définitivement. Le droit actuel autorise déjà la délivrance à l'unité pour « certaines spécialités », une faculté que l'exposé de l'amendement juge « trop limitée ». Lesquels de vos comprimés seraient visés, c'est une réponse que personne ne peut encore vous donner. Nous pouvons toutefois dire où la mesure a un sens, et où elle n'en a pas.
 
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Vos comprimés concernés : les traitements courts, pas votre traitement de fond

La Cour des comptes a fait ce tri dans un rapport publié le 7 novembre 2025, que nous avons relu. La délivrance à l'unité ne s'applique qu'aux formes « orales sèches », c'est-à-dire aux comprimés et aux gélules. Elle ne présente pas d'intérêt pour les traitements chroniques stabilisés, ceux que vous renouvelez à l'identique mois après mois. Et votre traitement quotidien ? Un comprimé pour la tension pris chaque matin depuis des années entre précisément dans cette catégorie.

La cible, ce sont les traitements ponctuels. La Cour cite deux médicaments dont les boîtes dépassent souvent, et nettement, la quantité prescrite : la colchicine, indiquée notamment contre la crise de goutte, et la prednisolone, un corticoïde très prescrit. Vous avez déjà soigné une crise de goutte ? Pensez à ce qui restait dans l'étui une fois la douleur passée. Ainsi délimité, le champ couvre 52 % des boîtes vendues en pharmacie, mais 15 % de la dépense de médicaments en ville, soit environ 4,5 milliards d'euros.
 

Vos antibiotiques, déjà délivrables à l'unité depuis 2022

Le geste n'a rien d'une invention. Depuis un arrêté publié le 9 mars 2022, votre pharmacien peut délivrer à l'unité les antibiotiques à usage systémique présentés en plaquette ou en sachet-dose, rappelle l'Ordre des pharmaciens. Il prélève alors les comprimés prescrits, les place dans un nouvel emballage et y colle une étiquette qui indique le nom du médicament, son dosage, la date de péremption, le numéro de lot, la posologie et la date de délivrance. Il vous remet aussi une notice imprimée.

D'ailleurs, l'idée a été testée avant d'entrer dans la loi. De novembre 2014 à novembre 2015, cent pharmacies de quatre régions ont testé la vente à l'unité de quatorze antibiotiques, soixante-quinze en la pratiquant et vingt-cinq en servant de témoin, sous l'œil de l'Inserm. Huit patients sur dix ont accepté, et le nombre de comprimés délivrés a baissé d'environ 10 %. L'étude a surtout relevé que 91,4 % des patients servis à l'unité suivaient strictement leur prescription, contre 65,6 % de ceux qui recevaient la boîte.

En revanche, la pratique reste cantonnée, dans les faits, aux périodes de pénurie. D'après la Cour des comptes, 1,1 % des antibiotiques ont été délivrés à l'unité en 2024, par 8 % des officines. Au total, la délivrance à l'unité pèse 0,08 % des dépenses de médicaments en ville. La Cour l'explique par les difficultés au comptoir, la gestion des boîtes entamées et une tarification restée calculée à la boîte.
 

Votre franchise de 1 € par boîte, elle, suit sa propre règle

Pour votre porte-monnaie, la franchise suit sa propre règle. L'Assurance maladie retient 1 € par boîte de médicaments, et le plafond annuel de ces franchises est passé de 50 à 70 € le 1er octobre. Elle précise que la franchise se limite au montant remboursé quand celui-ci est inférieur à 1 €. La mesure ne promet pas d'alléger votre reste à charge : l'économie visée est celle de la Sécurité sociale.
 

Mardi, l'hémicycle repartira d'un texte sans la mesure

Le vote de jeudi ne vaut pas adoption. Le lendemain, la commission a rejeté l'ensemble du budget de la Sécurité sociale, et l'examen en séance, qui s'ouvrira mardi 20 octobre, repartira du texte du gouvernement, sans l'amendement. Celui-ci sera de nouveau débattu dans l'hémicycle. Le rapporteur général, Thibault Bazin (Droite républicaine), s'y était dit défavorable : il juge la mise en œuvre « complexe », parce qu'elle impose d'adapter logiciels, conditionnements, étiquetage et rémunération des officines. En commission, l'amendement avait pris la place de l'article 28 du texte du gouvernement, selon Le Pharmacien de France. C'est de cet article que la séance repartira : il prévoit de pouvoir rendre obligatoire par arrêté la délivrance à l'unité de certains antibiotiques.

Les syndicats de pharmaciens, eux, ont choisi leur camp. La FSPF a écrit à tous les députés pour qu'ils rejettent l'amendement en séance, rapporte le même journal. L'USPO, qui parle d'une mesure « gadget », s'appuie sur la Cour des comptes, qui estime le gain possible à environ 450 millions d'euros, soit 1,7 % de la dépense de médicaments remboursés en ville. En face, une généralisation exigerait de 1 à 4 milliards d'euros d'équipement, ou de 5 à 10 % de personnel en plus dans les pharmacies, selon le modèle retenu.

La partie se jouera donc à l'Assemblée, puis dans un décret dont la liste reste à écrire. En attendant, une ordonnance d'antibiotique est le cas où vous pouvez déjà demander à votre pharmacien de compter vos comprimés plutôt que de vous tendre la boîte.

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