Leqembi et Kisunla : autorisés en Europe, absents de votre parcours de soins
Samedi 7 novembre, cela fera un an que la Haute Autorité de santé a rendu public son avis sur le Leqembi. Un médicament autorisé dans l'Union européenne, mais jugé en France trop peu utile pour être pris en charge par l'Assurance maladie : le paradoxe reste entier. Un an plus tard, le Leqembi comme son cousin le Kisunla restent hors du parcours de soins courant des malades français.
Le Leqembi, des laboratoires Eisai et Biogen, a connu un parcours chaotique. L'Agence européenne des médicaments avait recommandé de le refuser en juillet 2024, avant de changer d'avis en novembre, une fois le traitement réservé aux patients les moins sujets aux effets secondaires. L'autorisation européenne a suivi le 15 avril 2025. En France, la HAS lui a refusé l'accès précoce par une décision du 4 septembre 2025, puis a jugé son service médical rendu insuffisant dans l'avis rendu public le 7 novembre 2025.
Le Kisunla, du laboratoire Eli Lilly, a suivi le même chemin. Autorisé dans l'Union européenne le 24 septembre 2025, il s'est vu refuser l'accès précoce le 12 mars 2026, puis la HAS a rendu public le 26 mai 2026 un avis défavorable à son remboursement. Résultat, à ce jour, ni l'un ni l'autre n'est pris en charge en France, bien qu'autorisés en Europe.
Le Leqembi, des laboratoires Eisai et Biogen, a connu un parcours chaotique. L'Agence européenne des médicaments avait recommandé de le refuser en juillet 2024, avant de changer d'avis en novembre, une fois le traitement réservé aux patients les moins sujets aux effets secondaires. L'autorisation européenne a suivi le 15 avril 2025. En France, la HAS lui a refusé l'accès précoce par une décision du 4 septembre 2025, puis a jugé son service médical rendu insuffisant dans l'avis rendu public le 7 novembre 2025.
Le Kisunla, du laboratoire Eli Lilly, a suivi le même chemin. Autorisé dans l'Union européenne le 24 septembre 2025, il s'est vu refuser l'accès précoce le 12 mars 2026, puis la HAS a rendu public le 26 mai 2026 un avis défavorable à son remboursement. Résultat, à ce jour, ni l'un ni l'autre n'est pris en charge en France, bien qu'autorisés en Europe.
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Ce que ces perfusions changent pour la mémoire d'un malade
Ces deux médicaments sont des anticorps qui s'accrochent aux plaques amyloïdes, des dépôts accumulés dans le cerveau, pour aider à les éliminer. Ils ne visent que les débuts de la maladie, troubles cognitifs légers ou démence légère, avec des dépôts confirmés par un examen. Les deux se donnent en perfusion à l'hôpital : le Leqembi toutes les deux semaines, jusqu'au stade modéré, le Kisunla toutes les quatre semaines, pendant 18 mois au plus.
Et le bénéfice ? Il existe, mais il reste modeste. Dans l'essai du Leqembi, après 18 mois, l'écart avec un placebo atteignait 0,45 point sur une échelle de 18 points qui mesure la mémoire et l'autonomie, quand l'écart jugé important pour le patient commence à un point. Pour le Kisunla, sur une autre échelle graduée jusqu'à 144, dans la population retenue en Europe, les patients traités avaient perdu 10,8 points en 76 semaines, contre 13,5 sous placebo.
Je préfère vous le dire sans détour, tant ces traitements ont suscité d'espoir : ni l'un ni l'autre ne guérit la maladie. Ils en ralentissent le cours chez certains patients, sans l'arrêter, et c'est l'ampleur de ce frein qui divise.
Et le bénéfice ? Il existe, mais il reste modeste. Dans l'essai du Leqembi, après 18 mois, l'écart avec un placebo atteignait 0,45 point sur une échelle de 18 points qui mesure la mémoire et l'autonomie, quand l'écart jugé important pour le patient commence à un point. Pour le Kisunla, sur une autre échelle graduée jusqu'à 144, dans la population retenue en Europe, les patients traités avaient perdu 10,8 points en 76 semaines, contre 13,5 sous placebo.
Je préfère vous le dire sans détour, tant ces traitements ont suscité d'espoir : ni l'un ni l'autre ne guérit la maladie. Ils en ralentissent le cours chez certains patients, sans l'arrêter, et c'est l'ampleur de ce frein qui divise.
Œdèmes, micro-saignements : pourquoi votre gène APOE compte
Le revers de ces traitements se voit à l'IRM. Les médecins parlent d'ARIA : un gonflement localisé du cerveau, l'œdème, ou de minuscules saignements. La plupart des patients concernés ne ressentent rien, mais certains cas sont graves. Dans l'essai du Leqembi, chez les patients visés par l'autorisation européenne, un œdème est apparu chez 9 % d'entre eux et des micro-saignements chez 13 %, et 2 % ont eu des symptômes liés à ces anomalies.
C'est là qu'intervient le gène APOE. Chacun d'entre nous en porte deux copies, une héritée de chaque parent, et la variante E4 augmente le risque d'Alzheimer. Or elle accroît aussi le risque de complications : sous Leqembi, l'œdème a touché 32,6 % des porteurs de deux copies E4, contre 8,9 % des autres patients. Voilà pourquoi l'Europe a réservé les deux traitements aux personnes qui portent une seule copie E4, ou aucune, avec un test génétique obligatoire avant de commencer et des IRM de contrôle pendant le traitement.
Les porteurs de deux copies E4, au risque très élevé de développer la maladie, sont donc exclus de ces traitements. C'est justement pour mieux les connaître que l'étude ALZEVIT recrute des volontaires.
C'est là qu'intervient le gène APOE. Chacun d'entre nous en porte deux copies, une héritée de chaque parent, et la variante E4 augmente le risque d'Alzheimer. Or elle accroît aussi le risque de complications : sous Leqembi, l'œdème a touché 32,6 % des porteurs de deux copies E4, contre 8,9 % des autres patients. Voilà pourquoi l'Europe a réservé les deux traitements aux personnes qui portent une seule copie E4, ou aucune, avec un test génétique obligatoire avant de commencer et des IRM de contrôle pendant le traitement.
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Les porteurs de deux copies E4, au risque très élevé de développer la maladie, sont donc exclus de ces traitements. C'est justement pour mieux les connaître que l'étude ALZEVIT recrute des volontaires.
Pourquoi la HAS a dit non, et ce qu'en disent les associations
Dans ses deux avis, la HAS juge l'effet modeste et non pertinent sur le plan clinique, et relève des données solides limitées à 18 mois ainsi que des risques appelant des précautions strictes. Elle pointe aussi un parcours de soins bouleversé par le test génétique et les IRM répétées. Le raisonnement complet figure dans l'avis de la HAS sur le Kisunla.
Du côté des associations, le refus ne passe pas. Dès l'avis sur le Leqembi, France Alzheimer, la Fondation Vaincre Alzheimer et deux autres organisations, dont la Fédération des centres mémoire, ont jugé la décision « incompréhensible » dans un communiqué commun. Leur premier argument tient au vide thérapeutique : aucune solution médicamenteuse contre la maladie n'était remboursée en France, et ces deux traitements étaient les premiers à en ralentir l'évolution. Pour elles, les œdèmes et micro-saignements restent le plus souvent sans symptôme.
Elles y voient ensuite une inégalité. Le Leqembi est remboursé en Allemagne et en Autriche, et des familles françaises vont déjà chercher ces traitements à l'étranger, à Londres ou à Zurich, au point de vendre un bien immobilier pour payer les perfusions. Les associations redoutent une médecine à deux vitesses, contraire à leurs yeux à l'égalité du système de santé.
Sur l'efficacité, la Fondation Vaincre Alzheimer conteste le mot « modeste » : pour le Kisunla, elle traduit le bénéfice mesuré en sept mois de déclin évités, sept mois pendant lesquels un malade peut rester à domicile. Dès le refus du Leqembi, elle redoutait aussi que, sans accès à l'innovation, la France perde en attractivité pour les essais cliniques.
Du côté des associations, le refus ne passe pas. Dès l'avis sur le Leqembi, France Alzheimer, la Fondation Vaincre Alzheimer et deux autres organisations, dont la Fédération des centres mémoire, ont jugé la décision « incompréhensible » dans un communiqué commun. Leur premier argument tient au vide thérapeutique : aucune solution médicamenteuse contre la maladie n'était remboursée en France, et ces deux traitements étaient les premiers à en ralentir l'évolution. Pour elles, les œdèmes et micro-saignements restent le plus souvent sans symptôme.
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Sur l'efficacité, la Fondation Vaincre Alzheimer conteste le mot « modeste » : pour le Kisunla, elle traduit le bénéfice mesuré en sept mois de déclin évités, sept mois pendant lesquels un malade peut rester à domicile. Dès le refus du Leqembi, elle redoutait aussi que, sans accès à l'innovation, la France perde en attractivité pour les essais cliniques.
Agir avant les premiers oublis, le pari de la prévention
Ces traitements arrivent malheureusement tard, une fois les premiers troubles installés. Pourtant, les dépôts amyloïdes commencent à se former une vingtaine d'années avant les premiers symptômes, et c'est vers cette période silencieuse que la recherche se tourne désormais, pour prévenir plutôt que freiner. Encore faut-il savoir qui suivre.
C'est tout l'objet de la grande étude nationale ALZEVIT, qui veut bâtir le premier registre national du gène APOE en France, à partir d'un simple prélèvement de salive réalisé chez soi. Pour atteindre cet objectif, son équipe de chercheurs et de médecins neurologues cherche 50 000 volontaires de 45 ans et plus, résidant en France métropolitaine, et prévoit d'en suivre de plus près une petite partie, dont 750 porteurs de deux copies E4 prêts à rejoindre de futures études de prévention.
À noter : ALZEVIT ne teste aucun médicament, son objectif est d'identifier les paramètres précurseurs de maladie pour mieux la prévenir, la participation est gratuite et l'inscription se fait facilement en ligne.
Pour toute question sur votre mémoire ou celle d'un proche, le bon interlocuteur reste votre neurologue ou un centre mémoire. Et si vous avez 45 ans ou plus, participer à ALZEVIT aidera à faire avancer notre compréhension de la maladie sur une période de nos vies qui se joue bien avant qu'elle ne se déclare, le cas échéant.
C'est tout l'objet de la grande étude nationale ALZEVIT, qui veut bâtir le premier registre national du gène APOE en France, à partir d'un simple prélèvement de salive réalisé chez soi. Pour atteindre cet objectif, son équipe de chercheurs et de médecins neurologues cherche 50 000 volontaires de 45 ans et plus, résidant en France métropolitaine, et prévoit d'en suivre de plus près une petite partie, dont 750 porteurs de deux copies E4 prêts à rejoindre de futures études de prévention.
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SeniorActu est partenaire média de l'étude ALZEVIT.





