Actualité Médicale

L'espérance de vie a presque effacé le recul du Covid, pas les années en bonne santé : après 65 ans, les vôtres n'ont gagné qu'un à quatre mois depuis 2019

La courbe que la pandémie avait fait plonger est presque remontée : dans le monde, l'espérance de vie a quasiment retrouvé son niveau de 2019. Les années vécues sans maladie ni gêne au quotidien n'ont pas suivi le même chemin. En France aussi, vos années après 65 ans avancent au ralenti, et ce sont elles qui feront la retraite que vous vivrez vraiment.

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Par | Publié le 4 Octobre 2026 à 17:38 | mis à jour le 4 Octobre 2026 à 17:39
Un professeur d'université trace une courbe de l'espérance de vie qui chute puis remonte presque à son niveau de départ - Illustration générée par IA
Un professeur d'université trace une courbe de l'espérance de vie qui chute puis remonte presque à son niveau de départ - Illustration générée par IA

L'espérance de vie revenue, pas les années en bonne santé

Pendant deux ans, le Covid a fait reculer une courbe qui n'avait cessé de monter depuis le début du siècle, et elle a presque fini de remonter. Pourtant, les années qu'elle rend ne sont pas toutes des années vécues en forme. C'est précisément ce que l'Organisation mondiale de la santé met en avant dans ses nouvelles Estimations mondiales de la santé, publiées le vendredi 2 octobre, qui retracent l'évolution de la santé dans le monde entre 2000 et 2023.

Selon l'OMS, l'espérance de vie à la naissance atteignait 73,3 ans dans le monde en 2023, contre 73,4 ans en 2019, juste avant la pandémie. Elle était tombée à 71,5 ans en 2021, au plus fort de la crise sanitaire. Ce que le Covid avait retiré à la moyenne mondiale est presque rendu, à un dixième d'année près.

L'autre indicateur publié par l'OMS raconte une histoire moins réjouissante. L'espérance de vie en bonne santé, c'est-à-dire le nombre d'années que l'on peut espérer vivre en pleine santé, s'établissait à 62,8 ans en 2023. Elle reste inférieure de 0,4 an à son niveau de 2019 : la durée de vie est revenue, la santé qui va avec pas encore.

Entre ces deux chiffres se cache un écart que l'on regarde rarement. Retranchez 62,8 de 73,3, et vous obtenez 10,5 ans : c'est, en moyenne mondiale, le temps de vie passé en moins bonne santé. Le calcul est le nôtre, à partir des deux indicateurs de l'OMS. Le Dr Alain Labrique, qui dirige le département des données de l'organisation, résume l'enjeu en une phrase : vivre plus longtemps est l'une des grandes réussites de la santé publique, et le prochain défi consiste à faire en sorte que ces années supplémentaires soient vécues en bonne santé.
 
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Cœur, mémoire, moral : ce qui pèse désormais

Les causes de décès ont profondément changé en vingt ans. Les chiffres publiés par l'OMS montrent que les maladies non transmissibles, celles qui ne s'attrapent pas comme les maladies du cœur ou le diabète, représentaient 74 % des décès dans le monde en 2023, contre 58 % en 2000. Huit des dix premières causes de mortalité appartiennent désormais à cette famille. La cardiopathie ischémique, c'est-à-dire le rétrécissement des artères qui nourrissent le cœur, reste de loin la première, avec environ 9,5 millions de morts en 2023.

Or la progression la plus nette concerne les démences. La maladie d'Alzheimer et les autres démences sont passées du 19e rang des causes de décès en 2000 au 5e rang en 2023, et le nombre de décès qu'elles entraînent a triplé sur la période. Qui n'a pas vu, dans son entourage, un parent perdre la mémoire bien avant de perdre la vie ?

Le moral, lui aussi, apparaît dans les comptes de l'OMS. Entre 2019 et 2023, le poids des troubles dépressifs, mesuré en années de vie en bonne santé perdues et à structure d'âge comparable, a augmenté d'environ 20 %, et celui des troubles anxieux de près de 45 %. Ensemble, ces deux troubles représentaient quelque 110 millions d'années de vie en bonne santé perdues en 2023. Ces maladies longues, rarement mortelles à court terme, pèsent davantage sur la qualité des années que sur leur nombre.
 

En France, vos années après 65 ans avancent au ralenti

En France, l'espérance de vie a même dépassé son niveau d'avant la pandémie. D'après les données de l'Insee, elle atteignait 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes en 2025, contre 85,6 et 79,7 ans en 2019. Sur ce point, nous n'avons pas seulement rattrapé le terrain perdu par le Covid, nous l'avons dépassé.

Sauf que la Drees, le service statistique du ministère de la Santé, observe le même décrochage que l'OMS sur les années en bonne santé. Dans son étude publiée en janvier 2026, elle établit qu'une femme de 65 ans pouvait espérer vivre encore 23,6 ans en 2024, dont 11,8 ans sans incapacité, c'est-à-dire sans être limitée par un problème de santé dans les activités de la vie quotidienne. Pour un homme du même âge, c'est 19,9 ans, dont 10,5 ans sans incapacité. Depuis 2019, ces années sans incapacité n'ont progressé que de quatre mois pour les femmes et d'un mois pour les hommes, alors que l'essentiel des gains s'était fait entre 2008 et 2019. La Drees appelle elle-même à la prudence sur les variations annuelles, l'indicateur reposant sur des limitations déclarées, mais la tendance depuis 2019 est nette.

Faites la soustraction, et le tableau devient très concret. Après 65 ans, une femme passe en moyenne 11,8 ans avec une incapacité et un homme 9,4 ans, selon notre calcul à partir des chiffres de la Drees : à peu près la moitié du temps qui reste à vivre à cet âge. Je l'avoue, c'est ce chiffre-là, bien plus que les 73,3 ans de la moyenne mondiale, qui m'a fait relire l'étude deux fois. Et vous, combien d'années comptez-vous vraiment passer sans gêne après 65 ans ?
 

Votre bilan gratuit entre 60 et 65 ans, puis entre 70 et 75

Le dispositif Mon bilan prévention, généralisé en 2024, offre un entretien gratuit avec le professionnel de santé de votre choix, médecin, pharmacien, infirmier, sage-femme ou, depuis le 1er octobre, masseur-kinésithérapeute, à quatre âges clés, dont 60 à 65 ans puis 70 à 75 ans. Comme le rappelle Santé publique France, il suffit d'avoir une carte Vitale, et avoir un médecin traitant n'est pas obligatoire. Le rendez-vous dure de 30 à 45 minutes et débouche sur un plan personnalisé de prévention, transmis à votre médecin traitant si ce n'est pas lui qui vous reçoit.

Entre 60 et 65 ans, l'entretien vise en priorité les maladies chroniques et l'anticipation d'une éventuelle perte d'autonomie, selon la présentation qu'en ont faite les autorités sanitaires lors de son lancement. Entre 70 et 75 ans, il s'élargit aux risques d'isolement et de dépendance. Vous êtes dans l'une de ces tranches d'âge et personne ne vous en a parlé ? Le professionnel qui vous suit déjà peut vous dire s'il le pratique.
 

La question qui compte à partir de 65 ans

Pour l'OMS, ces estimations doivent aider les pays à mieux cibler leurs politiques de santé et à adapter leurs systèmes à une population qui vit plus longtemps. Le message vaut aussi pour chacun de nous : le compteur des années a presque effacé le Covid, celui des années en forme avance beaucoup plus lentement. Donc, à partir de 65 ans, la question qui compte n'est plus seulement de savoir jusqu'à quel âge vous vivrez, mais combien de ces années vous passerez sans gêne au quotidien.

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