Le gène APOE : deux copies, l'une de votre père, l'autre de votre mère
Vous portez ce gène, comme chacun de nous, et vous ignorez très probablement quelles versions vous en avez reçues. Je ne connais pas les miennes, et c'est le cas de la plupart d'entre nous. Les chercheurs savent pourtant depuis plus de trente ans qu'il pèse sur le risque de maladie d'Alzheimer, au point d'en faire le cœur de l'étude ALZEVIT, dont nous vous avons déjà présenté le fonctionnement.
APOE est le nom d'un gène, une toute petite partie de notre ADN qui sert à transporter les graisses dans le corps, jusque dans le cerveau. Ce gène existe en trois versions, que les chercheurs notent ε2, ε3 et ε4, la lettre grecque se lisant « epsilon ». Chacun de nous en a reçu deux copies, une de son père et une de sa mère, un peu comme deux cartes tirées dans un jeu qui n'en compte que trois sortes. La paire la plus fréquente est ε3 et ε3. Selon une vaste analyse publiée en 2011, entre une personne sur cinq et une sur quatre porte un ε3 et un ε4, et moins de deux personnes sur cent portent deux ε4.
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ε2, ε3, ε4 : ce que vos deux copies changent au risque d'Alzheimer
Pour mesurer le risque, les chercheurs prennent donc comme repère la paire la plus courante, ε3 et ε3. Par rapport à elle, une copie ε4 multiplie le risque de maladie d'Alzheimer par 3 ou 4, et deux copies ε4 le multiplient par 15, indique le dossier que l'Inserm consacre à la maladie d'Alzheimer. À l'inverse, une copie ε2 réduirait le risque de moitié chez les personnes d'origine européenne.
Ces chiffres ne disent pourtant pas ce qui va vous arriver. Ils comparent de grands groupes de personnes, malades ou non, et montrent seulement qu'une paire est plus fréquente chez les malades que chez les autres. Pour savoir ce que « 15 fois plus » veut dire dans la vraie vie, il faut le traduire en nombre de personnes, et c'est là que le tableau change.
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Pourquoi un risque génétique n'est pas une fatalité
Le chiffre de 15 impressionne, et c'est bien normal. Or un risque multiplié part d'une base qu'il faut connaître : sur cent personnes, combien finissent réellement par développer la maladie ?
Une étude publiée en 2011 dans la revue Molecular Psychiatry, menée sur plus de 17 000 personnes d'origine européenne, a calculé ce risque sur toute une vie, jusqu'à 85 ans. Sans tenir compte du gène, il atteignait à cet âge 11 % chez les hommes et 14 % chez les femmes. Avec une copie ε4 associée à ε3, il se situait entre 23 et 30 % selon le sexe, et avec deux copies ε4, entre 51 et 60 %. Autrement dit, d'après notre calcul, sept à huit porteurs d'une copie ε4 sur dix n'avaient pas développé la maladie à 85 ans, et quatre à cinq porteurs de deux copies sur dix non plus.
Le gène, en effet, n'agit pas seul. La Fondation pour la recherche médicale rappelle qu'aucun des gènes de susceptibilité connus ne suffit à déclarer la maladie, et plus d'un tiers des malades ne portent d'ailleurs aucune copie ε4, selon les données présentées au lancement d'ALZEVIT. La prestigieuse revue médicale The Lancet recense en outre 14 autres facteurs de risque, dont l'hypertension, la sédentarité, le tabac ou la perte d'audition.
C'est justement pour mesurer le poids réel du gène à l'échelle de la France, que l'étude ALZEVIT recrute des volontaires de 45 ans et plus.
Une étude publiée en 2011 dans la revue Molecular Psychiatry, menée sur plus de 17 000 personnes d'origine européenne, a calculé ce risque sur toute une vie, jusqu'à 85 ans. Sans tenir compte du gène, il atteignait à cet âge 11 % chez les hommes et 14 % chez les femmes. Avec une copie ε4 associée à ε3, il se situait entre 23 et 30 % selon le sexe, et avec deux copies ε4, entre 51 et 60 %. Autrement dit, d'après notre calcul, sept à huit porteurs d'une copie ε4 sur dix n'avaient pas développé la maladie à 85 ans, et quatre à cinq porteurs de deux copies sur dix non plus.
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Deux copies ε4 : pourquoi la recherche s'y intéresse de près
Parmi toutes ces paires, l'une intrigue plus particulièrement les chercheurs : celle des deux copies ε4. En 2024, l'équipe du neurologue Juan Fortea, à l'hôpital Sant Pau de Barcelone, a analysé les données de plus de 10 000 personnes ayant participé à des études cliniques. Chez la quasi-totalité des porteurs de deux copies ε4, les lésions caractéristiques de la maladie apparaissaient avec l'âge dans le cerveau, et les premiers symptômes survenaient plus tôt, vers 65 ans en moyenne.
Les auteurs y voient donc une sous-population génétique de la maladie, qui appelle une prévention adaptée. Mais des lésions ne sont pas des symptômes, et nous l'avons vu, quatre à cinq de ces porteurs sur dix n'étaient pas malades à 85 ans. Ils restent par ailleurs rares, environ 2 personnes sur 100 : sur 50 000 volontaires, cela en ferait, selon notre calcul, de l'ordre d'un millier. L'étude prévoit d'en examiner 750 de plus près, 150 par tranche d'âge, pour constituer le groupe de volontaires que suivra ALZEVIT.
Les auteurs y voient donc une sous-population génétique de la maladie, qui appelle une prévention adaptée. Mais des lésions ne sont pas des symptômes, et nous l'avons vu, quatre à cinq de ces porteurs sur dix n'étaient pas malades à 85 ans. Ils restent par ailleurs rares, environ 2 personnes sur 100 : sur 50 000 volontaires, cela en ferait, selon notre calcul, de l'ordre d'un millier. L'étude prévoit d'en examiner 750 de plus près, 150 par tranche d'âge, pour constituer le groupe de volontaires que suivra ALZEVIT.
ALZEVIT : pourquoi l'étude a besoin de 50 000 volontaires
C'est tout l'objet d'ALZEVIT, qui veut bâtir le premier registre national APOE en France, c'est-à-dire une grande base de données réservée à la recherche. L'étude recherche 50 000 volontaires de 45 ans et plus, résidant en France métropolitaine, et s'est donné 18 mois pour les réunir. Tout se fait à distance, avec un prélèvement indolore à l'intérieur de la joue, réalisé chez soi puis renvoyé dans une enveloppe prétimbrée.
L'ADN extrait sert à identifier vos deux copies du gène APOE, mais ce résultat ne vous sera pas communiqué, précise la FAQ de l'étude. Si la question vous préoccupe, c'est avec votre médecin traitant qu'il faut en parler. En revanche, votre prélèvement aidera les chercheurs à comprendre comment les versions du gène se répartissent en France et comment évoluent, au fil des années, les porteurs de deux copies ε4.
Si vous avez 45 ans ou plus, vous pouvez vérifier votre éligibilité et vous inscrire en ligne, et plus nous serons nombreux, mieux la recherche scientifique comprendra ce gène que chacun de nous porte en double, et meilleure sera la politique de prévention qui pourra en découler.
L'ADN extrait sert à identifier vos deux copies du gène APOE, mais ce résultat ne vous sera pas communiqué, précise la FAQ de l'étude. Si la question vous préoccupe, c'est avec votre médecin traitant qu'il faut en parler. En revanche, votre prélèvement aidera les chercheurs à comprendre comment les versions du gène se répartissent en France et comment évoluent, au fil des années, les porteurs de deux copies ε4.
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SeniorActu est partenaire média de l'étude ALZEVIT




