Le point de départ tient sur un post-it. Simon, Océane et Antoine ne se connaissent pas. Ils ont deux choses en commun : ils sont seuls et fauchés. Un soir, ils se retrouvent dans le même immeuble, à trois étages différents, les uns au-dessus des autres. Puis, comme le promet malicieusement le pitch, « les planètes vont s'aligner ». Chez Castro, des planètes alignées, ça veut surtout dire des portes qui claquent, des fenêtres qui s’ouvrent, des quiproquos en cascade et un public qui s’esclaffe.
Un immeuble en coupe, une mécanique d'horloger
Il faut d'abord parler du décor de génie de Citronelle Dufay, qui mérite d’être salué. L'immeuble est présenté en coupe, comme une maison de poupée géante : les trois appartements sont superposés, les fenêtres donnent sur un ciel bleu nuit, les escaliers servent de cordon ombilical et les portes rouges sont prêtes à claquer. On voit tout, en même temps, à tous les étages. C'est un rêve de voisin curieux et intrusif.Ce dispositif n'est pas qu'un bel objet. Il est le moteur vibrant même de la comédie. Ce qui se trame au deuxième a des répercussions au troisième, parfois jusqu’au premier, un geste anodin en bas déclenche une catastrophe en haut, et le spectateur, seul à tout voir, jubile d'en savoir plus que les personnages eux même. Les lumières de Laurent Béal et la musique de Michel Winogradoff viennent rythmer ce ballet vertical avec une précision de métronome.
José Paul, chef de gare du chaos
À la mise en scène, José Paul confirme ce qu'on savait depuis J'ai envie de toi et Une idée géniale (835 représentations, deux Molières). Il n'a pas son pareil pour orchestrer avec talent le désordre. Tout s'emballe, tout déraille, et pourtant rien n'est laissé au hasard. C'est du chaos, mais du chaos millimétré, repassé et amidonné. Chaque entrée tombe pile, chaque réplique fait mouche.
Dans cette comédie la langue française est un terrain de jeu et les expressions toutes faites y sont des jouets à démonter. Une formule qu'on prononce cent fois par jour sans y penser se retrouve soudain retournée, prise au mot ou détournée de son sens, et elle explose au visage de celui qui l'a lâchée. Le public, qui connaît ces expressions par cœur, voit le piège se refermer une fraction de seconde avant les personnages, et c'est précisément ce décalage qui provoque le rire.
Dans cette comédie la langue française est un terrain de jeu et les expressions toutes faites y sont des jouets à démonter. Une formule qu'on prononce cent fois par jour sans y penser se retrouve soudain retournée, prise au mot ou détournée de son sens, et elle explose au visage de celui qui l'a lâchée. Le public, qui connaît ces expressions par cœur, voit le piège se refermer une fraction de seconde avant les personnages, et c'est précisément ce décalage qui provoque le rire.
Simon, ou l'homme qui ne savait pas mentir
L’autre ressort est un véritable coup de génie, Simon ne sait pas mentir. Il n'a rien d'un saint, il en est simplement incapable, comme d'autres ne savent pas siffler ou faire un créneau. Or, dans une comédie où tout le monde a quelque chose à cacher, c'est un handicap majeur. Chaque fois que la situation exige un petit arrangement avec la vérité, Simon se lance, s'embrouille, cherche ses mots… et finit par dire exactement ce qu'il ne fallait pas dire. Ou pire, il invente un mensonge si maladroit qu'il en devient plus compromettant que la vérité.
Une troupe en état de grâce
Sébastien Castro, en Simon, reste fidèle à lui-même : un regard écarquillé qui pétille, une voix grave chevrotante qui déraille, un corps qui semble toujours avoir une demi-seconde de retard sur les événements, et cet art rare de faire rire sans jamais vraiment forcer. On comprend pourquoi certains le qualifient de « digne héritier de Feydeau ». On ajouterait volontiers : de Buster Keaton, avec la parole en plus.
Autour de lui, la troupe joue la partition avec un bel ensemble. Raïssa Mariotti apporte à Océane un charme mutin et un sens du tempo impeccable. Guillaume Clérice compose un Antoine savoureux de maladresse contenue. Julia Gallaux (Natacha), Benoît de Meyrignac (Jean-Patrick) et Martin de Geoffroy (Bruce) complètent cette distribution sans fausse note, chacun trouvant sa place dans une mécanique où personne ne tire la couverture à soi. Mention spéciale au petit chihuahua de l'affiche, dont on taira le rôle pour ne rien divulgâcher. Disons simplement qu'il ne vole pas son cachet.
Autour de lui, la troupe joue la partition avec un bel ensemble. Raïssa Mariotti apporte à Océane un charme mutin et un sens du tempo impeccable. Guillaume Clérice compose un Antoine savoureux de maladresse contenue. Julia Gallaux (Natacha), Benoît de Meyrignac (Jean-Patrick) et Martin de Geoffroy (Bruce) complètent cette distribution sans fausse note, chacun trouvant sa place dans une mécanique où personne ne tire la couverture à soi. Mention spéciale au petit chihuahua de l'affiche, dont on taira le rôle pour ne rien divulgâcher. Disons simplement qu'il ne vole pas son cachet.
Le voisinage, ce grand malentendu
Sous les éclats de rire, la pièce effleure une vérité bien de notre époque : on vit à quelques mètres les uns des autres sans vraiment se connaître. Selon une étude, la moitié des Français ignorent le prénom de leur voisin de palier. Après Un succès fou, vous risquez de frapper à sa porte, ne serait-ce que pour vérifier qu'il ne se passe rien d'extravagant chez lui.
Verdict
Une heure et demie de bonheur pur, sans temps mort, par un duo qui a érigé la comédie de boulevard en art de précision. Un succès fou tient toutes les promesses de son titre. Fausse modestie : zéro. Fous rires : innombrables.
À voir absolument, en famille, entre amis ou avec vos voisins (ce serait l'occasion de faire connaissance).
À voir absolument, en famille, entre amis ou avec vos voisins (ce serait l'occasion de faire connaissance).






