Ce que ses enfants ont annoncé mardi
L'annonce est venue de la famille, transmise à l'AFP par ses enfants ce mardi 15 septembre. Le communiqué indique qu'elle s'est éteinte dans la nuit du 14, à 68 ans, emportée par un cancer foudroyant.
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La femme dont Marcia Baïla porte le nom
Tout commence dans une salle de danse du Marais, au milieu des années 70. Catherine Ringer y prend des cours auprès d'une chorégraphe argentine installée en France pour fuir la dictature, Marcia Moretto. Celle-ci enseigne aussi à Sartrouville, monte des spectacles, chorégraphie des défilés de mode et accompagnera sur scène les premières tournées du groupe. Son élève en parlera longtemps après en quelques mots : elle dansait avec le visage.
Marcia Moretto meurt d'un cancer du sein le 21 mai 1983 dans le 5e arrondissement de Paris selon le registre des décès, à 36 ans. Un an plus tard, un morceau de cinq minutes porte son prénom. Marcia Baïla devient le tube de l'été 1985, numéro deux des ventes en France, un clip diffusé en boucle, un refrain que des millions de gens ont dansé en boites de nuit, en soirées, dans des salles des fêtes et des mariages.
Or presque personne, sur la piste, ne savait qu'il s'agissait d'un adieu. C'est le propre des grandes chansons de deuil : elles font danser ceux qui ne savent pas. Et ça dit déjà tout de Catherine Ringer, qui a passé quarante ans à mettre des choses graves dans des chansons qu'on chante à tue-tête et sur lesquelles on danse, en étant transportés par la mélodie et par son interprétation hors norme.
Marcia Moretto meurt d'un cancer du sein le 21 mai 1983 dans le 5e arrondissement de Paris selon le registre des décès, à 36 ans. Un an plus tard, un morceau de cinq minutes porte son prénom. Marcia Baïla devient le tube de l'été 1985, numéro deux des ventes en France, un clip diffusé en boucle, un refrain que des millions de gens ont dansé en boites de nuit, en soirées, dans des salles des fêtes et des mariages.
Or presque personne, sur la piste, ne savait qu'il s'agissait d'un adieu. C'est le propre des grandes chansons de deuil : elles font danser ceux qui ne savent pas. Et ça dit déjà tout de Catherine Ringer, qui a passé quarante ans à mettre des choses graves dans des chansons qu'on chante à tue-tête et sur lesquelles on danse, en étant transportés par la mélodie et par son interprétation hors norme.
Le duo que vos radios ont passé en boucle
Le reste appartient à une mémoire commune. Catherine Ringer rencontre Fred Chichin en 1979. Ensemble, ils fondent Les Rita Mitsouko et montent sur scène dès 1980. Le premier album paraît en 1984. Vient ensuite The No Comprendo en 1986, produit par Tony Visconti, l'homme qui travaillait avec David Bowie, et récompensé d'une Victoire de la musique.
C'est de là que sortent les titres que vos radios ont passés en boucle, Andy et C'est comme ça, puis Marc & Robert en 1988. La même année, elle chante en duo avec Marc Lavoine, et le groupe enregistre avec les frères Mael de Sparks. Iggy Pop les rejoindra sur Système D en 1993. Jean-Luc Godard les filme. Peu de formations françaises ont tenu ensemble ces deux places : les plateaux de variétés du samedi soir et le respect des musiciens américains.
Il faudrait pouvoir décrire ce qu'était cette voix pour qui l'entendait à l'époque. Un timbre qui montait très haut sans jamais devenir joli, une diction qui mordait les consonnes, et sur scène une façon de danser héritée de la danse contemporaine, bras cassés, visage en mouvement, très loin des chanteuses immobiles derrière leur pied de micro. À la télévision, au milieu des costumes et des playbacks, ça détonnait comme une fausse note assumée.
Or ce qui frappe, à relire cette discographie, c'est l'absence totale de calcul. Des disques quand il y avait quelque chose à dire, et le silence entre les deux. Nous avons tous suivi des artistes de cette génération qui ont fait exactement l'inverse.
C'est de là que sortent les titres que vos radios ont passés en boucle, Andy et C'est comme ça, puis Marc & Robert en 1988. La même année, elle chante en duo avec Marc Lavoine, et le groupe enregistre avec les frères Mael de Sparks. Iggy Pop les rejoindra sur Système D en 1993. Jean-Luc Godard les filme. Peu de formations françaises ont tenu ensemble ces deux places : les plateaux de variétés du samedi soir et le respect des musiciens américains.
Il faudrait pouvoir décrire ce qu'était cette voix pour qui l'entendait à l'époque. Un timbre qui montait très haut sans jamais devenir joli, une diction qui mordait les consonnes, et sur scène une façon de danser héritée de la danse contemporaine, bras cassés, visage en mouvement, très loin des chanteuses immobiles derrière leur pied de micro. À la télévision, au milieu des costumes et des playbacks, ça détonnait comme une fausse note assumée.
Or ce qui frappe, à relire cette discographie, c'est l'absence totale de calcul. Des disques quand il y avait quelque chose à dire, et le silence entre les deux. Nous avons tous suivi des artistes de cette génération qui ont fait exactement l'inverse.
Seule sur scène après novembre 2007
Puis Fred Chichin meurt le 28 novembre 2007, à 53 ans. Il était son compagnon, le père de ses trois enfants et l'autre moitié du duo depuis vingt-sept ans. Leur dernier album, Variéty, était sorti sept mois plus tôt ; c'est la tournée qu'elle a terminée seule, à l'Olympia, le 13 novembre, quinze jours avant sa mort à lui.
Beaucoup pensaient qu'elle s'arrêterait là. Elle reprend pourtant la route le 14 mars 2008, sous un titre qui dit exactement ce qu'elle fait : elle chante les Rita Mitsouko. Suivent Ring n' Roll en 2011, la Victoire de l'artiste féminine de l'année en 2012, le projet Plaza Francia avec deux anciens du Gotan Project en 2014, d'autres disques encore, la Philharmonie de Paris, les Vieilles Charrues en 2021.
Sauf qu'elle n'a jamais transformé cette seconde carrière en exercice de nostalgie. Pas de reformation, pas de tournée d'adieux annoncée trois fois, pas d'album de duos avec de jeunes chanteurs. En février dernier, dans un entretien à un quotidien belge, elle disait encore que l'histoire des Rita n'était pas tout à fait close. À dix-huit ans de distance, elle parlait toujours au présent d'un groupe que d'autres auraient mis au musée.
Beaucoup pensaient qu'elle s'arrêterait là. Elle reprend pourtant la route le 14 mars 2008, sous un titre qui dit exactement ce qu'elle fait : elle chante les Rita Mitsouko. Suivent Ring n' Roll en 2011, la Victoire de l'artiste féminine de l'année en 2012, le projet Plaza Francia avec deux anciens du Gotan Project en 2014, d'autres disques encore, la Philharmonie de Paris, les Vieilles Charrues en 2021.
Sauf qu'elle n'a jamais transformé cette seconde carrière en exercice de nostalgie. Pas de reformation, pas de tournée d'adieux annoncée trois fois, pas d'album de duos avec de jeunes chanteurs. En février dernier, dans un entretien à un quotidien belge, elle disait encore que l'histoire des Rita n'était pas tout à fait close. À dix-huit ans de distance, elle parlait toujours au présent d'un groupe que d'autres auraient mis au musée.
Ce qui reste dans vos disques
Reste un fil que le public connaît mal. Son père, Sam Ringer, était un peintre né en Pologne, juif, déporté pendant la guerre, dont l'œuvre figure aujourd'hui dans des collections publiques. Elle a mis cette histoire-là dans deux chansons, Le Petit Train puis C'était un homme, sans jamais en faire un argument. La première détourne une rengaine de 1952 vers les convois de la déportation ; la seconde est pour lui, et elle porte son nom sans le dire. Sa notice à la Bibliothèque nationale de France garde la trace de tout ce qu'elle a enregistré depuis 1980.
D'ailleurs c'est peut-être la meilleure façon de la saluer ce soir. Pas une minute de silence, plutôt le contraire : remettre le disque, monter le son, danser et se souvenir qu'une femme de vingt-six ans a transformé son chagrin en cinq minutes de chanson que nous avons adorée pendant quarante ans sans nous poser de questions.
D'ailleurs c'est peut-être la meilleure façon de la saluer ce soir. Pas une minute de silence, plutôt le contraire : remettre le disque, monter le son, danser et se souvenir qu'une femme de vingt-six ans a transformé son chagrin en cinq minutes de chanson que nous avons adorée pendant quarante ans sans nous poser de questions.



