Culture

Dolly Parton est morte à 80 ans : la chanson que Whitney Houston a rendue immortelle, elle l'avait écrite pour quitter l'émission qui l'avait lancée

Le neveu de Dolly Parton apparaît dans une courte vidéo, mardi, et annonce la mort de la chanteuse à 80 ans. En France, son nom dit surtout quelque chose aux amateurs de country. Pourtant, la chanson que le monde entier prend pour une déclaration d'amour sort de son stylo, et pas de celui de Whitney Houston. Elle l'avait écrite pour partir, et elle avait refusé de la céder à Elvis.

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Article rédigé par | Publié le 26 Août 2026 à 10:02 | mis à jour le 26 Août 2026 à 10:02
Dolly Parton faidant la couverture de Rolling Stone magazine © Ievgeniia Filiptsova/Shutterstock
Dolly Parton faidant la couverture de Rolling Stone magazine © Ievgeniia Filiptsova/Shutterstock

Ce que sa famille a annoncé, et ce qu'elle n'a pas dit

Le message tient en quelques phrases. Mardi, sur le compte Instagram de la chanteuse, son neveu Bryan Seaver a annoncé la mort de Dolly Parton, survenue à Nashville. La famille n'a pas communiqué de cause.

Née le 19 janvier 1946 dans le Tennessee, quatrième d'une fratrie de douze, elle laisse plus de soixante ans de carrière et une centaine de millions de disques vendus.

Mais la vraie surprise, pour un lecteur français, n'est pas dans ce palmarès. Elle est dans ce que vous avez tous fredonné un jour sans savoir que c'était d'elle.
 
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La chanson que vous croyez de Whitney Houston

Commençons par la plus connue. En 1973, Dolly Parton quitte l'émission de télévision de Porter Wagoner, qui l'a fait connaître sept ans plus tôt et dont elle est devenue la partenaire de duo. Ce n'est pas une histoire de cœur, c'est une séparation de travail : elle veut mener sa carrière seule, il ne veut pas la lâcher. Pour lui dire adieu sans le blesser, elle écrit une chanson et la lui chante dans son bureau. Elle s'appelle « I Will Always Love You » et sort en single le 18 mars 1974.

Or c'est là que l'histoire bascule. Le titre grimpe en tête du classement country américain, et Elvis Presley fait savoir qu'il veut l'enregistrer. Dolly Parton est invitée au studio. La veille de la séance, le colonel Tom Parker, imprésario du chanteur, l'appelle et lui explique la règle maison : Elvis ne reprend une chanson que si l'auteur lui cède la moitié des droits d'édition.

Elle refuse. Elle a raconté depuis avoir pleuré toute la nuit, et s'être fait traiter de folle par son entourage. Sauf que dix-huit ans plus tard, en novembre 1992, une autre voix s'empare du titre pour la bande originale de « Bodyguard » : celle de Whitney Houston. La version reste quatorze semaines de suite en tête du Billboard américain et s'écoule à une vingtaine de millions d'exemplaires. Chez nous, elle est devenue le slow de fin de soirée d'une génération entière, celui des salles des fêtes et des repas de noces.

Retenez bien la mécanique, parce qu'elle explique tout le reste : ce n'est pas Whitney Houston qui touchait les droits d'auteur de cette chanson, c'est Dolly Parton. Elle a d'ailleurs expliqué, en substance, que la confusion ne la gênait pas et qu'elle laissait volontiers le public créditer l'autre interprète. Elle a résumé l'affaire en disant que cet argent lui aurait permis de s'offrir Graceland.

Jolene, une caissière de banque et une petite fille

Deuxième titre que vous connaissez sans forcément l'associer à elle : « Jolene », enregistrée à Nashville en mai 1973 et sortie en single en janvier 1974. Une femme y supplie une rivale de ne pas lui prendre son mari. Trois minutes, quatre accords, et une place au panthéon de la musique populaire.

D'ailleurs, l'histoire est vraie, ou presque. Dolly Parton a expliqué s'être inspirée d'une caissière de banque rousse à qui son mari, Carl Dean, rendait des visites un peu trop fréquentes. Le prénom, lui, vient d'ailleurs : d'une petite fille venue lui demander un autographe après un concert. Deux souvenirs cousus ensemble, et voilà une chanson qui n'a pris aucune ride après des milliers de reprises. Le magazine Rolling Stone l'a classée parmi ses cinq cents plus grandes chansons de tous les temps, et elle est entrée au Grammy Hall of Fame en 2014.
 

Trois films et un parc d'attractions à son nom

Vous l'avez peut-être aussi vue à l'écran sans retenir son nom.

En 1980, elle joue avec Jane Fonda et Lily Tomlin dans une comédie sur trois secrétaires qui se vengent de leur patron, et elle en signe la chanson-titre, « 9 to 5 ». Le morceau se hisse en tête du classement américain tous genres confondus et lui vaut une nomination à l'Oscar de la meilleure chanson originale.

Deux autres films sont passés en salles chez nous : « La Cage aux poules » en 1982, et surtout « Potins de femmes » en 1989, aux côtés de Sally Field, Shirley MacLaine et d'une toute jeune Julia Roberts. Une carrière de cinéma menée en parallèle de la musique, sans jamais lâcher ni l'une ni l'autre.

Et puis il y a ce qu'elle a bâti à côté des studios.

En 1986, elle ouvre dans son Tennessee natal un parc d'attractions qui porte son nom, Dollywood, devenu l'une des premières destinations touristiques de l'État. Elle y revenait chaque printemps ouvrir la saison, jusqu'à cette année encore, où son médecin lui a demandé de rester chez elle et où elle est apparue en vidéo. À 80 ans, elle avait encore des projets de scène et un musée en préparation.
 

Ce que sa mort change pour ses chansons

Sa mort ne rend pas ces chansons libres pour autant, et c'est une confusion fréquente.

En France, les droits patrimoniaux d'un auteur courent jusqu'à soixante-dix ans après son décès, comme le rappelle le ministère de la Culture sur sa page consacrée à la propriété littéraire et artistique. Le décompte partant du 1er janvier suivant la mort, ses chansons resteront protégées jusqu'à la fin de 2096, un calcul que nous avons posé à partir de cette règle.

Concrètement, chaque reprise diffusée d'ici là continuera de rémunérer ses ayants droit. Ce sont eux, désormais, qui décideront de ce qu'on peut faire de « Jolene » : une publicité, un film, une version en français. Le refus opposé au colonel Parker en 1974 continue donc de produire ses effets soixante-douze ans plus tard.

Il reste une dernière image, et je la trouve plus juste que tous les palmarès : Carl Dean, son mari depuis 1966, celui-là même dont les visites à la banque avaient inspiré « Jolene » et qui n'apparaissait jamais en public, est mort en mars 2025. Elle a passé les mois suivants à annuler des concerts et à répéter qu'elle allait bien. Quatre jours avant sa mort, elle disait encore travailler. C'est mot pour mot ce qu'elle expliquait à vingt-sept ans en quittant l'émission de Porter Wagoner : elle partait pour continuer à travailler, seule. Cinquante-trois ans plus tard, la phrase n'avait pas bougé d'un millimètre.

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