Bien-être

Pourquoi les médecins recommandent d'écouter de la musique tous les jours après 60 ans

Par | Publié le 30/12/2025 à 06:00 | mis à jour le 28/12/2025 à 16:59

Des études scientifiques récentes confirment ce que beaucoup pressentaient : la musique agit directement sur notre cerveau. Et les bénéfices sont particulièrement spectaculaires chez les seniors, au point que certains chercheurs la considèrent comme un véritable « neuroprotecteur naturel ».

Senior écoutant de la musique avec un casque, visage apaisé, dans un intérieur lumineux © SeniorActu
Senior écoutant de la musique avec un casque, visage apaisé, dans un intérieur lumineux © SeniorActu

Un effet prouvé sur le cerveau vieillissant

La musique ne se contente pas d'adoucir les mœurs. Elle transforme littéralement notre cerveau. C'est ce que démontrent les travaux du professeur Hervé Platel, directeur de l'unité de recherche INSERM « Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine » à l'université de Caen. Depuis les années 1990, ce chercheur pionnier utilise les techniques de neuro-imagerie pour observer ce qui se passe dans notre tête quand nous écoutons de la musique.

Les résultats sont sans appel. Une étude menée conjointement par l'Université de Genève (UNIGE), l'EPFL et la Haute École de Santé de Genève, publiée en avril 2023, a suivi 132 personnes âgées de 62 à 78 ans pendant six mois. Un groupe apprenait le piano, l'autre participait à des séances d'écoute active. À l'issue de l'expérience, la neuroimagerie a révélé une augmentation de la matière grise dans quatre régions du cerveau chez tous les participants, notamment dans des zones du cervelet impliquées dans la mémoire de travail.

« Leurs performances ont augmenté de 6 % et ce résultat était directement corrélé à la plasticité du cervelet », explique Clara James, professeure à la HES-SO Genève et co-auteure de l'étude. La chercheuse ajoute : « Même à un âge avancé, la plasticité cérébrale subsiste, ce qui signifie que l'on peut toujours apprendre. Il n'est jamais trop tard. »

Dopamine et moral : l'arme anti-déprime des seniors

L'écoute musicale déclenche une véritable cascade biochimique dans notre organisme. Quand nous entendons une mélodie qui nous plaît, notre cerveau libère de la dopamine, ce neurotransmetteur associé au plaisir et à la motivation. Cette libération se produit dans le noyau accumbens, une région essentielle du système de récompense cérébral.

Les travaux du professeur Robert Zatorre, de l'Université McGill à Montréal, ont démontré ce phénomène grâce à la tomographie par émission de positrons (TEP). Lorsque des personnes écoutent de la musique qui leur procure des « frissons musicaux », la quantité de dopamine libérée dans le striatum est significativement plus élevée que lors d'une écoute neutre.

Mais la dopamine n'est pas la seule hormone concernée. La musique stimule également la production d'ocytocine (hormone du lien social) et d'endorphines (antidouleur naturel), tout en réduisant le taux de cortisol, l'hormone du stress. Cette combinaison explique pourquoi la musicothérapie est aujourd'hui recommandée par la Haute Autorité de Santé (HAS) dans la prise en charge des troubles du comportement chez les personnes atteintes de maladies neurodégénératives.

Pour les seniors isolés ou fragilisés, ces effets sont particulièrement précieux. La musique offre une alternative douce aux anxiolytiques, avec un avantage majeur : aucun effet secondaire.

Mémoire et Alzheimer : des résultats surprenants

C'est peut-être dans le domaine des maladies neurodégénératives que les effets de la musique sont les plus spectaculaires. Les cliniciens observent depuis longtemps un phénomène troublant : des patients atteints d'Alzheimer, incapables de se souvenir de leur prénom, peuvent entonner avec une vitalité inattendue des chansons apprises dans leur jeunesse.

Le professeur Hervé Platel a cherché à comprendre ce mystère. Ses recherches ont révélé que la mémoire musicale résiste remarquablement bien à la maladie, même à un stade sévère. Plus surprenant encore : ces patients conservent la capacité d'apprendre de nouvelles mélodies. « La musique est un stimulateur cognitif qui nous a permis de révéler des capacités préservées d'apprentissage à long terme chez ces patients », explique le chercheur.

L'explication ? La musique sollicite simultanément de nombreuses régions cérébrales : aires auditives, zones motrices, hippocampe, système limbique... Cette activation multiple crée une redondance qui permet au cerveau de « contourner » certaines zones endommagées. Contrairement à la mémoire verbale, très localisée et donc vulnérable, la mémoire musicale s'appuie sur un réseau neuronal plus étendu et donc plus résilient.

En EHPAD, la musicothérapie fait désormais partie des interventions non médicamenteuses recommandées en première intention par la HAS. Elle permet de réduire l'agitation, l'anxiété et même de diminuer le recours aux antipsychotiques.

Quel type de musique choisir ? Les recommandations des spécialistes

Toutes les musiques ne se valent pas pour stimuler le cerveau. Les recherches du professeur Platel montrent que les musiques personnellement significatives sont les plus efficaces. Une chanson associée à un souvenir heureux, à une période importante de la vie, aura bien plus d'impact qu'un morceau inconnu, même considéré comme « relaxant ».

Voici les recommandations issues des travaux scientifiques récents :
 
  • Privilégiez vos musiques préférées : c'est l'attachement émotionnel qui déclenche la libération de dopamine, pas le genre musical en lui-même.
  • Pratiquez l'écoute active : ne vous contentez pas d'un fond sonore. Concentrez-vous sur les instruments, la mélodie, la structure du morceau. Cette attention renforce les effets cognitifs.
  • Visez 30 minutes par jour minimum : les études montrent que la régularité compte autant que la durée des séances.
  • Osez apprendre un instrument : même tardivement, la pratique musicale offre des bénéfices supérieurs à l'écoute seule. Le piano, le tongue drum ou le chant sont particulièrement adaptés aux débutants seniors.
  • Partagez ces moments : la musique en groupe (chorales, ateliers) cumule les bienfaits cognitifs et sociaux.
 
Clara James résume : « La pratique musicale est plus stimulante parce qu'elle est multimodale, sollicitant non seulement l'ouïe, mais également les autres sens et le mouvement. Elle engage pratiquement toutes les capacités cognitives. »

Une bonne nouvelle pour tous ceux qui pensaient qu'il était trop tard pour s'y mettre. Le cerveau reste plastique tout au long de la vie. Et la musique est l'un des meilleurs moyens de l'entretenir.

Sources
- Université de Genève, « La pratique musicale freine le déclin cognitif », avril 2023, https://www.unige.ch/medias/2023/la-pratique-musicale-freine-le-declin-cognitif
- INSERM, Neuroplanète 2024, https://www.inserm.fr/actualite/neuroplanete-2024/
- Fondation Médéric Alzheimer, Fiche pratique INM Musicothérapie, 2024, https://www.fondation-mederic-alzheimer.org/wp-content/uploads/2023/04/fiche-pratique-inm-musicotherapie-2024.pdf
- CNRS Le Journal, « La musique pour soigner la mémoire », https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-musique-pour-soigner-la-memoire
Unité INSERM U1077 NIMH, Profil Hervé Platel, https://nimh.unicaen.fr/fr/personnes/name/herve-platel/



Nos derniers articles
Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors dans votre boite mail !
Facebook
X