Culture

Mort de Philippe Bouvard à 96 ans : le créateur des Grosses Têtes vous a tenu compagnie pendant trente-sept saisons de radio

RTL a interrompu sa matinale ce lundi pour annoncer la mort de Philippe Bouvard, à 96 ans. L'animateur qui avait créé Les Grosses Têtes en 1977 s'est éteint aux alentours de huit heures. Il avait quitté le micro le 1er janvier 2025, en promettant d'écouter enfin les autres.

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Article rédigé par | Publié le 24/08/2026 à 09:50

L'annonce est venue de sa propre antenne

C'est la matinalière Céline Landreau qui a prononcé la phrase, à l'antenne, ce lundi 24 août au matin. RTL annonçait la disparition de celui que la station présente comme l'une de ses voix historiques. L'animateur s'est éteint vers huit heures, « en douceur », selon les mots employés à l'antenne par la journaliste, qui disait tenir l'information de l'épouse de Philippe Bouvard.
 

Soixante ans passés sur la même station

Il était né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, en Seine-et-Marne, et n'avait aucun diplôme, ce dont il faisait volontiers un numéro. Autodidacte, il compensait par une bibliothèque et par une capacité de travail que ses proches décrivaient comme une manie plus que comme une vertu.

La radio arrive en 1965, à Radio Luxembourg, qui devient RTL l'année suivante. Il n'en partira plus. Entre-temps, la télévision lui offre un terrain de jeu au moins aussi vaste : de 1971 à 1975, il installe son émission Samedi soir à l'étage du restaurant Maxim's, à Paris, et y reçoit en direct des personnalités du spectacle, du sport et de la politique dans une ambiance de piano-bar. La formule dit déjà tout de sa méthode, qui consiste à mélanger le chic et le trivial jusqu'à ce que l'un fasse rire de l'autre.

Animateur, producteur de télévision, directeur de journaux : l'Institut national de l'audiovisuel, qui conserve ses archives, le range parmi les grandes figures des médias français et le qualifie de recordman de l'antenne. RTL parle de son côté d'un record historique pour ces soixante années passées sous le même toit. Peu de métiers autorisent une telle fidélité, et aucun ne la récompense.

Or ce goût du mélange, il l'applique aussi à l'écrit. Journaliste, chroniqueur, auteur de théâtre, dialoguiste, il publiera des dizaines de livres, dont un Journal tenu au fil des années où il consigne ses pensées quotidiennes.
 

Le 1er avril 1977, une bande de grosses têtes

L'émission naît le 1er avril 1977 sur RTL. Le principe tient en une phrase : une bande de personnalités réunies autour d'une table, des questions d'auditeurs, et un animateur qui distribue la parole comme on distribue les cartes. Personne, à commencer par lui, n'imaginait que la chose durerait.

Elle a duré trente-sept saisons. En 1993, interrogé sur ce succès, il s'en étonnait encore, seize ans après le premier numéro. Les Grosses Têtes deviennent l'émission la plus écoutée de France, un rendez-vous de fin d'après-midi que des millions d'auditeurs prennent en voiture, à l'atelier ou dans la cuisine, et que beaucoup d'entre vous ont écouté sans jamais en manquer une semaine.

Mais le procédé lui a valu autant de reproches que d'audience. On lui a opposé la vulgarité de certaines vannes, le rire gras, la mécanique du bon mot à tout prix. Il répondait en assumant, et en rappelant que l'émission n'avait jamais prétendu être autre chose qu'un divertissement populaire. D'ailleurs il récusait publiquement ces critiques dès les années 1980, sur les plateaux de télévision où on venait les lui servir.

En 2014, après trente-sept ans d'antenne quotidienne, il passe la main à Laurent Ruquier. Il a alors 84 ans, et il ne quitte pas la station pour autant : RTL lui confie Allô Bouvard, puis une chronique hebdomadaire du dimanche qu'il tiendra encore dix ans.
 

Le petit théâtre qui a fabriqué les humoristes des années 1980

En septembre 1982, Antenne 2 lui offre une case courte, le soir. Le principe démarre comme une discussion de comptoir avec quelques transfuges des Grosses Têtes, avant de virer, au bout de deux mois, vers une succession de sketches joués par de jeunes comédiens inconnus.

Le Petit Théâtre de Bouvard fonctionne alors comme un tremplin. Smaïn y joue en 1983 des saynètes de quelques minutes, aux côtés d'une troupe où se croisent des noms qui rempliront les salles la décennie suivante. Les archives de l'Institut national de l'audiovisuel gardent la trace de ces enregistrements en public, tirés au sort dans un panier d'osier. Sa fierté, il la plaçait là plutôt que dans l'audience : avoir vu passer, repéré, puis lâché dans la nature une génération entière d'humoristes, dont plusieurs remplissent encore les salles aujourd'hui.
 

Vingt mois entre le dernier micro et le silence

Le 23 juin 2024, au micro de RTL, il annonce qu'il arrêtera le 1er janvier suivant. Il a 94 ans, il en aura 95 en décembre. La raison qu'il donne n'est pas la fatigue, c'est le chiffre : « Le 1er janvier, j'aurai établi le double record que j'espérais », soixante ans de radio et soixante ans de RTL.

Et il ajoute cette phrase, que la suite rend difficile à relire : la tentation, disait-il, était d'aller jusqu'au 1er janvier, puis « d'écouter les autres et de faire le silence ».

Entre son dernier jour d'antenne et ce lundi matin, il s'est écoulé vingt mois. Le calcul est brutal, mais il dit quelque chose de l'homme : quand les Français liquident leur pension à 62 ans et 9 mois en moyenne, selon le panorama publié en 2025 par la Drees, lui a tenu l'antenne trente-deux ans de plus, et n'a gardé pour lui qu'un an et huit mois de silence.

Il laisse une épouse, deux filles, des petits-enfants dont il disait s'occuper mieux qu'il ne s'était occupé de ses enfants, et quelques milliers d'heures d'archives où une voix nasillarde demande à la table ce qu'elle pense d'une question d'auditeur.

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