Actualité Médicale

Le vaccin à ARN messager de Merck et Moderna réduit les récidives du mélanome, le cancer de la peau le plus mortel, chez les malades opérés

Quand vous avez été opéré d'un mélanome, la cicatrice se referme en quelques semaines, mais la crainte de la récidive, elle, s'installe pour des années. C'est cette crainte que vise le vaccin de Merck et Moderna, dont les résultats détaillés sont présentés ce samedi à Madrid devant des cancérologues venus du monde entier. Les chiffres sont bons, et l'un d'eux raconte une histoire à part : celle d'un traitement qui prend son temps.

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Par | Publié le 24 Octobre 2026 à 08:37 | mis à jour le 24 Octobre 2026 à 08:44
Un homme opéré d'un mélanome, pansement au bras, sur la côte de Quiberon - Illustration générée par IA
Un homme opéré d'un mélanome, pansement au bras, sur la côte de Quiberon - Illustration générée par IA

Le vaccin de Merck et Moderna réduit les récidives du mélanome

Ce vaccin ne protège pas d'un cancer à venir, il s'attaque à celui que l'on vient de retirer. Il s'adresse à des malades dont le mélanome a été entièrement enlevé par le chirurgien, mais dont le risque de rechute reste élevé parce que la tumeur avait commencé à s'étendre. Pour eux, l'enjeu n'est plus de soigner la peau. Il s'agit d'empêcher le cancer de revenir, là ou ailleurs.

L'essai, baptisé INTerpath-001, a réuni 1 137 malades opérés d'un mélanome de stade IIB à IV. Tous ont reçu pendant environ un an le Keytruda, l'immunothérapie de référence après la chirurgie ; deux sur trois y ont ajouté le vaccin, les autres un placebo. Selon le communiqué publié jeudi 22 octobre par les deux laboratoires, après un suivi médian de 24,6 mois, l'ajout du vaccin a réduit de 42 % le risque de récidive ou de décès. Au bout de deux ans, 82,2 % des patients vaccinés n'avaient pas rechuté, contre 70,0 % de ceux qui recevaient l'immunothérapie seule.

Le risque de voir le cancer essaimer à distance, vers les poumons, le foie ou le cerveau, a lui aussi reculé, de 38 %. C'est la première fois qu'un essai de cette ampleur montre un traitement à ARN messager faire mieux qu'une immunothérapie déjà efficace.
 
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Un vaccin fabriqué à partir de la tumeur de chaque malade

Le mot « vaccin » trompe un peu. Il n'existe pas de flacon identique pour tout le monde : chaque traitement est conçu pour un malade précis. Après l'opération, un échantillon de la tumeur part au laboratoire, qui compare son ADN à celui des cellules saines du patient pour repérer les mutations propres à ce cancer-là. Une molécule d'ARN messager est ensuite fabriquée pour apprendre au système immunitaire à reconnaître jusqu'à 34 de ces cibles, que les chercheurs appellent des « néoantigènes ».

La Pr Caroline Robert, cheffe du service de dermatologie de Gustave Roussy, à Villejuif, a inclus des patients dans l'essai. Elle explique sur le site de l'institut que cette fabrication sur mesure demande 6 à 8 semaines. Les injections suivent alors, une toutes les trois semaines, jusqu'à neuf au total, soit environ six mois de traitement.
 

Six mois sans différence, puis l'écart se creuse

Voici le détail qui m'a le plus frappé en lisant les résultats. Pendant les six premiers mois, les deux groupes ont évolué pratiquement de la même façon : le risque de récidive y était comparable, que les malades reçoivent le vaccin ou non. La différence n'apparaît qu'une fois le cycle d'injections bouclé. Mesurée à partir de ce sixième mois, dans une analyse prévue d'avance, la baisse du risque de récidive ou de décès atteint 58 %, et le risque de métastases à distance ou de décès est divisé par deux.

Pourquoi ce délai ? Un vaccin ne détruit rien par lui-même : son rôle est d'entraîner le système immunitaire à reconnaître la tumeur, et cet apprentissage demande des semaines. Les laboratoires relient eux-mêmes ce gain tardif à la fin du schéma de vaccination. Ce que nous apprend ce décalage est simple : un traitement de ce type ne se juge pas à son démarrage.

Le chiffre retenu dépend aussi de la façon dont on compte. Si l'on écarte les malades qui n'ont jamais reçu la moindre dose prévue, vaccin ou placebo, la baisse du risque passe à 49 %. Or c'est le chiffre global de 42 % que les marchés ont lu, et il les a déçus. Jeudi, des données ont fuité avant la levée de l'embargo, et l'action Moderna a plongé à Wall Street. Son patron, Stéphane Bancel, est sorti de sa réserve dans Les Echos pour défendre ce qu'il présente comme une première. Le débat boursier ne change rien pour les malades, mais il explique les titres contradictoires lus depuis deux jours.

Et la survie ? C'est la donnée qui manque encore. Merck et Moderna évoquent une tendance favorable, sans l'assortir d'un chiffre, les données n'étant pas encore assez mûres pour savoir si le vaccin fait vivre plus longtemps. L'essai se poursuit pour le dire.
 

Fièvre et bras douloureux : ce que le vaccin vous ferait subir

Le prix à payer tient surtout en quelques jours pénibles autour des piqûres. Dans le groupe vacciné, un patient sur deux a eu de la fièvre (52,2 %), presque autant ont ressenti une douleur au point d'injection (51,0 %), et plus d'un sur trois une fatigue (38,5 %). Les effets indésirables graves, en revanche, ont été à peine plus fréquents qu'avec l'immunothérapie seule : 14,2 % des patients contre 13,4 %.
 

Opéré d'un mélanome : votre suivi ne change pas encore

Le sujet vous concerne de près. Sur les 17 922 nouveaux cas de mélanome estimés en France en 2023, l'âge médian au diagnostic était de 68 ans chez les hommes et de 62 ans chez les femmes, d'après l'Institut national du cancer. Si vous sortez d'une opération, votre dermatologue ne pourra pas pour autant vous prescrire ce vaccin. Il n'a pas encore d'autorisation de mise sur le marché : les deux laboratoires indiquent seulement avoir engagé des discussions avec les autorités sanitaires, et l'essai ne recrute plus. Ses résultats doivent paraître dans le New England Journal of Medicine.

Sauf que les malades opérés d'un mélanome de stade IIB, IIC ou III ne repartent pas les mains vides. Le traitement qui a servi de comparaison dans l'essai existe déjà chez nous : le guide de l'Institut national du cancer sur les mélanomes cutanés range une immunothérapie d'un an parmi les options après une ablation complète. Ce même guide rappelle que le suivi dure toute la vie et qu'après un mélanome de stade IIC ou III, il passe par une consultation quatre fois par an pendant trois ans.

Entre deux rendez-vous, une tache nouvelle, un ganglion qui gonfle ou une boule sous la peau doivent vous faire consulter sans attendre. Nous saurons dans les mois qui viennent si les autorités sanitaires suivent les résultats de Madrid ; d'ici là, c'est votre peau, que vous examinez vous-même entre deux consultations, qui donne la première alerte.

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