Arnaques

Votre nom sur BrixHub, avec vos données volées ? La ministre du Numérique saisit la justice et demande de ne jamais payer pour les effacer

Vous tapez votre nom dans un moteur de recherche, et s'affichent votre adresse, votre numéro de téléphone, parfois vos coordonnées bancaires. Ce site s'appelle BrixHub, il compile des données personnelles volées lors de cyberattaques, et il propose ensuite de les effacer contre paiement. La ministre du Numérique a saisi la justice, et elle adresse un conseil très clair à ceux qui s'y retrouvent.

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Par | Publié le 7 Octobre 2026 à 11:21 | mis à jour le 7 Octobre 2026 à 11:21
Une retraitée éloigne sa carte bancaire de son ordinateur - Illustration générée par IA
Une retraitée éloigne sa carte bancaire de son ordinateur - Illustration générée par IA

BrixHub : pourquoi la ministre du Numérique saisit la justice

Lundi 5 octobre, la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a signalé BrixHub au parquet de Paris au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale. Cet article oblige toute autorité publique qui a connaissance d'un crime ou d'un délit à en aviser le procureur. Son cabinet évoque, selon 20 Minutes, de « probables piratages » de sociétés commerciales à l'origine des fichiers.

Sur X, la ministre a résumé sa position en une phrase : « Aucune plateforme n'est au-dessus des lois. » Elle a surtout ajouté un appel aux personnes concernées, celles qui ont découvert leur nom sur le site : ne jamais payer pour faire retirer leurs données. Ce conseil, vous allez le voir, est la clé de toute l'affaire.

BrixHub revendique plus de 11 milliards d'enregistrements issus de fuites françaises et étrangères. Le chiffre n'est vérifié par personne, c'est le site qui l'affiche. Ce que chacun peut y retrouver, en quelques clics et à partir d'un simple nom, ce sont des adresses, des numéros de téléphone, des coordonnées bancaires et parfois des numéros de Sécurité sociale.
 
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D'où viennent vos données personnelles volées

Ce genre de site porte un nom chez les spécialistes : un « lookup », c'est-à-dire un annuaire de recherche construit à partir de fichiers piratés. La CNIL, citée par 20 Minutes, décrit leur fonctionnement sans détour : ils compilent les données issues de violations et rendues accessibles sur internet. Elle précise que le service est parfois proposé par ceux-là mêmes qui ont dérobé les données.

D'après le site d'alerte Signal-Arnaques, BrixHub est apparu en mars 2026. Sa page d'accueil affichait des fichiers attribués à Ameli, FranceConnect, l'ANTS ou la CAF, une revendication qu'aucun de ces organismes n'a confirmée. Les fuites récentes ne manquent pas pour l'alimenter, chez des opérateurs, des enseignes ou des administrations.
  Personne n'est à l'abri, pas même les plus exposés. RTL a révélé fin septembre que les numéros de téléphone de plusieurs candidats à la présidentielle, dont Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe, étaient accessibles sur un moteur de recherche pirate. Si ces numéros-là circulent, il est raisonnable de penser que les nôtres aussi.
 

Votre nom affiché, puis la suppression payante

Le modèle de BrixHub tient en deux temps. D'abord, il montre à chacun ce que le site sait de lui. Ensuite, il propose de le faire disparaître. Signal-Arnaques a relevé les tarifs de sa page de suppression : 5 € pour 10 fiches, 8 € pour 20 fiches. Le calcul est le nôtre : de 50 à 40 centimes par fiche, une somme assez faible pour qu'on la paie sans réfléchir. Sur sa propre page, le site vend même des paquets allant jusqu'à 1 000 crédits de suppression.

Le site a aussi affiché une suppression gratuite. Seulement, selon Signal-Arnaques, elle exigeait l'envoi de votre pièce d'identité. C'était confier une copie de votre carte d'identité à ceux qui exposent déjà votre adresse et votre téléphone, c'est-à-dire de quoi faciliter une usurpation d'identité.

Et même payée, la suppression ne vous met pas à l'abri. Toujours selon Signal-Arnaques, le même service a essaimé sur au moins huit noms de domaine depuis mars, et sept de ces adresses ne répondaient plus fin août. Rien ne garantit qu'une fiche effacée sur l'une de ces adresses ne reparaisse pas sur la suivante. Et payer, c'est aussi confier le numéro de votre carte bancaire au site même qui expose votre adresse et votre téléphone, en échange d'une promesse que personne ne peut vérifier.
 

« Ne payez jamais » : le faux service d'effacement

Le piège ne s'arrête pas au site lui-même. Dès le 24 juin dernier, la CNIL a alerté sur des courriels envoyés à des victimes de fuites par de prétendues associations, la « Ligue de défense des données personnelles » ou l'« Association de protection des données personnelles ». Ces messages promettent d'obtenir la suppression de vos informations auprès des plateformes qui les diffusent.

Ils sont d'autant plus convaincants qu'ils peuvent contenir vos vraies données, votre adresse ou votre IBAN, puisqu'elles viennent des fichiers volés. Certains citent même le numéro de téléphone de la CNIL, alors qu'aucun lien n'existe entre leurs expéditeurs et l'autorité. La consigne est simple, comme le rappelle la mise en garde publiée par la CNIL : ne répondez pas, ne cliquez sur aucun lien et n'envoyez aucun justificatif.

Encore faut-il savoir à quoi ressemble la vraie démarche. Demander l'effacement de vos données à une entreprise ou à un organisme est un droit gratuit, prévu par le règlement européen sur la protection des données. Personne n'a à vous facturer ce droit, et surtout pas un site qui vit du recel de fichiers piratés.
 

Votre nom y figure : les appels à ne pas croire

Si votre nom apparaît sur BrixHub, ce n'est pas le site qui vous menace le plus, ce sont les appels et les messages qui suivront. Un escroc qui connaît votre adresse, le nom de votre banque et votre numéro de téléphone peut se faire passer pour votre conseiller avec un aplomb redoutable. La CNIL recommande de surveiller votre compte bancaire de près dans les semaines qui suivent une fuite.

Je vous conseille de vous fixer une règle sans exception : votre banque, votre caisse de retraite ou l'Assurance maladie ne vous demandent jamais un code, un virement urgent ou une validation par téléphone. Raccrochez et rappelez vous-même le numéro inscrit au dos de votre carte ou sur votre relevé. Nous avons tous un réflexe de politesse face à un interlocuteur qui connaît notre dossier, et c'est précisément sur lui que comptent les fraudeurs.
  En cas de prélèvement inconnu ou d'ouverture de compte à votre nom, la CNIL conseille de porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Le site public cybermalveillance.gouv.fr accompagne gratuitement les victimes dans leurs démarches.
 

Le site peut fermer, vos données restent

Le signalement de la ministre ouvre la voie à une enquête du parquet de Paris. Vos données volées, elles, circulent depuis la fuite d'origine, bien avant que BrixHub les rassemble. La meilleure protection est entre vos mains et ne coûte rien : ne rien payer, ne rien envoyer, ne jamais confirmer au téléphone ce qu'un inconnu prétend savoir de vous.

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