Un mail qui a tout d'un message de la Cnav
Ce message ne mise pas sur un lien piégé, mais sur un numéro de téléphone. Et c'est ce qui le rend redoutable, car la plupart d'entre nous ont appris à se méfier des liens, beaucoup moins d'un numéro à composer. Personne n'a l'impression de prendre un risque en appelant sa caisse de retraite.
Le texte a été transmis fin septembre à la radio ICI par deux de ses auditeurs, puis repris par 20 Minutes. Il affiche un drapeau français et se réclame de l'Assurance retraite, le nom sous lequel la Cnav s'adresse aux retraités du régime général. Son argument tient en une phrase : un « retour de votre établissement financier » aurait conduit à mettre en pause les paiements de votre retraite. Pour relancer les versements, il suffirait de joindre un prétendu « service de validation ».
L'objet du courriel, « blocage temporaire de votre retraite », est choisi pour faire peur. Un ultimatum de 48 heures s'y ajoute, au-delà duquel le paiement serait « retourné à la Trésorerie Générale ». Or l'expéditeur se trahit dès la première ligne : selon ICI, le message part d'une adresse Gmail, qu'aucune administration n'utilise pour écrire à ses usagers.
Le texte a été transmis fin septembre à la radio ICI par deux de ses auditeurs, puis repris par 20 Minutes. Il affiche un drapeau français et se réclame de l'Assurance retraite, le nom sous lequel la Cnav s'adresse aux retraités du régime général. Son argument tient en une phrase : un « retour de votre établissement financier » aurait conduit à mettre en pause les paiements de votre retraite. Pour relancer les versements, il suffirait de joindre un prétendu « service de validation ».
L'objet du courriel, « blocage temporaire de votre retraite », est choisi pour faire peur. Un ultimatum de 48 heures s'y ajoute, au-delà duquel le paiement serait « retourné à la Trésorerie Générale ». Or l'expéditeur se trahit dès la première ligne : selon ICI, le message part d'une adresse Gmail, qu'aucune administration n'utilise pour écrire à ses usagers.
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Une menace qui vise un guichet fermé depuis 2012
Ce détail de la Trésorerie générale mérite que nous nous y arrêtions, car cette administration n'existe plus. Les trésoreries générales ont été fondues avec les services fiscaux dans les directions départementales des finances publiques, une fusion pour l'essentiel achevée fin 2012 d'après une réponse ministérielle publiée par l'Assemblée nationale. L'escroc menace donc de renvoyer votre argent vers un guichet fermé depuis près de quatorze ans, et il compte sur la peur pour que personne ne s'en aperçoive.
Votre retraite a une date de virement, et ce n'est pas dans 48 heures
La meilleure parade tient dans votre calendrier. L'Assurance retraite verse votre pension de base à votre banque le 9 de chaque mois, pour le mois écoulé, et avance ou décale la date d'un jour ouvré quand le 9 tombe un week-end ou un jour férié. D'après le calendrier publié sur son site, votre retraite de septembre sera versée le vendredi 9 octobre, et celle d'octobre le lundi 9 novembre.
Le calcul est le nôtre, mais il ne laisse aucune place au doute. Entre la fin septembre, quand ce mail a commencé à circuler, et le 9 octobre, il s'écoule plus d'une semaine sans virement pour la grande majorité des retraités du régime général. Pour eux, le paiement que l'escroc menace de « retourner » sous 48 heures n'existe donc pas encore. En Alsace-Moselle, le calendrier est différent : la Carsat paie la retraite au premier jour ouvré du mois concerné, et celle d'octobre sera versée le jeudi 1er octobre. Ce virement-là se vérifie sur votre compte bancaire, sans appeler personne, et le mail n'en devient pas plus vrai.
Je vous conseille de noter le 9 octobre quelque part, et de regarder ce jour-là votre relevé bancaire plutôt que votre boîte mail. Vous voulez en avoir le cœur net avant ? Votre espace personnel sur le site de l'Assurance retraite affiche vos trois derniers paiements. Vous pouvez même y demander, dans vos abonnements, à être prévenu par mail de la date de votre prochain paiement : ce sera alors le seul message de paiement que vous attendrez.
Le calcul est le nôtre, mais il ne laisse aucune place au doute. Entre la fin septembre, quand ce mail a commencé à circuler, et le 9 octobre, il s'écoule plus d'une semaine sans virement pour la grande majorité des retraités du régime général. Pour eux, le paiement que l'escroc menace de « retourner » sous 48 heures n'existe donc pas encore. En Alsace-Moselle, le calendrier est différent : la Carsat paie la retraite au premier jour ouvré du mois concerné, et celle d'octobre sera versée le jeudi 1er octobre. Ce virement-là se vérifie sur votre compte bancaire, sans appeler personne, et le mail n'en devient pas plus vrai.
Je vous conseille de noter le 9 octobre quelque part, et de regarder ce jour-là votre relevé bancaire plutôt que votre boîte mail. Vous voulez en avoir le cœur net avant ? Votre espace personnel sur le site de l'Assurance retraite affiche vos trois derniers paiements. Vous pouvez même y demander, dans vos abonnements, à être prévenu par mail de la date de votre prochain paiement : ce sera alors le seul message de paiement que vous attendrez.
Au bout du fil, ce qu'on attend vraiment de vous
Évidemment le numéro ne mène à aucun service de la Cnav. D'après 20 Minutes, l'appel sert à soutirer plusieurs types de données personnelles, de quoi usurper ensuite votre identité ou détourner votre argent. Au téléphone, une voix posée et un vocabulaire administratif suffisent à faire tomber la méfiance.
Le scénario n'a rien de nouveau. Début juillet déjà, l'Assurance retraite publiait sur son site l'exemple d'un courriel presque identique, signé d'un « Service Client - Assurance Retraite » dont l'adresse n'a aucun rapport avec l'organisme. On y retrouve la « suspension administrative » après une demande de modification de RIB, le « service de validation » à joindre, l'ultimatum de 48 heures et la Trésorerie générale. Pour faire vrai, les escrocs y avaient ajouté un faux « identifiant de sécurité » et l'adresse du siège de la Cnav.
La caisse rappelle pourtant une règle simple : ni elle ni ses caisses régionales ne demandent vos éléments personnels par courriel, ni par SMS ou par téléphone en dehors de votre espace personnel. Elles ne vous demandent pas non plus d'appeler un numéro surtaxé. Le mail de fin septembre exige précisément ce que la caisse dit ne jamais faire.
Le scénario n'a rien de nouveau. Début juillet déjà, l'Assurance retraite publiait sur son site l'exemple d'un courriel presque identique, signé d'un « Service Client - Assurance Retraite » dont l'adresse n'a aucun rapport avec l'organisme. On y retrouve la « suspension administrative » après une demande de modification de RIB, le « service de validation » à joindre, l'ultimatum de 48 heures et la Trésorerie générale. Pour faire vrai, les escrocs y avaient ajouté un faux « identifiant de sécurité » et l'adresse du siège de la Cnav.
La caisse rappelle pourtant une règle simple : ni elle ni ses caisses régionales ne demandent vos éléments personnels par courriel, ni par SMS ou par téléphone en dehors de votre espace personnel. Elles ne vous demandent pas non plus d'appeler un numéro surtaxé. Le mail de fin septembre exige précisément ce que la caisse dit ne jamais faire.
Vous avez lu ou appelé : les bons réflexes
Si vous avez simplement lu le message, rien n'est perdu. L'Assurance retraite demande de le transférer en entier, en-tête compris, à l'adresse mail de la cnav prévu à cet effet , puis de le signaler sur la plateforme cybermalveillance.gouv.fr avant de le supprimer. Ce transfert aide la caisse à suivre la vague, et il ne vous coûte qu'un clic.
Si vous avez appelé et donné des informations bancaires, chaque heure compte. La consigne figure sur la page de l'Assurance retraite consacrée aux courriels et SMS frauduleux : contacter rapidement votre banque pour faire opposition et vérifier vos opérations. L'étape suivante consiste à ouvrir votre espace personnel, en tapant vous-même l'adresse lassuranceretraite.fr, pour vérifier que vos coordonnées n'ont pas été modifiées et changer votre mot de passe.
Et si le doute vous prend un jour sur votre pension, le bon réflexe reste le 39 60, le numéro de l'Assurance retraite, jamais celui qu'un message vous fournit. D'ailleurs, la caisse précise qu'aucun de ses représentants ne viendra non plus sonner chez vous pour vous annoncer un remboursement. Le vendredi 9 octobre, votre relevé bancaire vous en dira davantage que n'importe quel mail signé Cnav.
Si vous avez appelé et donné des informations bancaires, chaque heure compte. La consigne figure sur la page de l'Assurance retraite consacrée aux courriels et SMS frauduleux : contacter rapidement votre banque pour faire opposition et vérifier vos opérations. L'étape suivante consiste à ouvrir votre espace personnel, en tapant vous-même l'adresse lassuranceretraite.fr, pour vérifier que vos coordonnées n'ont pas été modifiées et changer votre mot de passe.
Et si le doute vous prend un jour sur votre pension, le bon réflexe reste le 39 60, le numéro de l'Assurance retraite, jamais celui qu'un message vous fournit. D'ailleurs, la caisse précise qu'aucun de ses représentants ne viendra non plus sonner chez vous pour vous annoncer un remboursement. Le vendredi 9 octobre, votre relevé bancaire vous en dira davantage que n'importe quel mail signé Cnav.



