Arnaques

Vous n'avez souscrit aucun essai Prime Video : l'arnaque du 24 août annonce 69,99 € prélevés, et les escrocs attendent votre carte bancaire

Le mail tombe en pleine nuit et annonce le renouvellement d'un abonnement Prime Video que vous n'avez jamais pris. Le logo est net, les couleurs sont bonnes, votre nom est correctement orthographié, et le montant annoncé ressemble trait pour trait au vrai tarif. C'est là que l'arnaque se joue, parce que le bouton d'annulation ne résilie rien : il ouvre la page où les escrocs réclament votre numéro de carte bancaire.

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Article rédigé par | Publié le 31 Août 2026 à 13:02 | mis à jour le 31 Août 2026 à 13:02
© Mijansk786/Shutterstock.com
© Mijansk786/Shutterstock.com

Le faux prélèvement affiche "presque" le vrai prix

Pendant longtemps, un faux mail d'abonnement se repérait à son montant. Une somme énorme, sans rapport avec ce que vous payez réellement, et le doute était levé en une seconde : on regardait le prix, on trouvait ça absurde, on supprimait.

Ce repère ne fonctionne plus. Le courriel qui circule depuis le 24 août annonce le renouvellement d'un abonnement de douze mois pour 69,99 euros. L'abonnement Amazon Prime, qui comprend Prime Video, se facture 69,90 euros par an en France, contre 6,99 euros par mois. Neuf centimes séparent le faux prélèvement du vrai tarif : rien, dans le montant affiché, ne peut plus vous alerter.

Cette somme n'a pas été choisie au hasard, et elle n'a pas toujours été celle-là. Le 10 août, la même mécanique annonçait encore des reconductions approchant 270 euros, un chiffre qui faisait sursauter n'importe qui : c'est ce gabarit-là que le service consommation de RMC a reçu le 24 août, pour 269,90 euros. Mais sur Signal Arnaques, les courriels du 23 août affichaient déjà 69,90 euros, soit le tarif réel au centime près, et ceux du 24 août 69,99 euros. En une quinzaine de jours, la somme réclamée est passée de près de 270 euros à celle de votre vraie facture, et les deux gabarits circulent encore en parallèle.
 
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Deux jours pour annuler une commande qui n'existe pas

Le message, lui, ne demande rien. Il annonce. « La période d'essai gratuit à votre abonnement vient d'expirer », lit-on dans le courriel analysé par RMC, qui enchaîne sur un renouvellement automatique présenté comme déjà effectué. Suit le détail d'une commande complète : formule famille, douze mois, montant, taxe, moyen de paiement.

Puis vient la phrase qui fait tout le travail. Vous disposez de deux jours pour annuler, en cliquant sur le bouton prévu à cet effet. Deux jours, c'est assez court pour cliquer avant d'avoir vérifié quoi que ce soit.

Un clic qui vous emmène sur une fausse page Amazon

Ce bouton, pourtant, ne résilie rien du tout. Il ouvre une page hébergée ailleurs. Dans le cas documenté par RMC, le lien menait vers un site baptisé prime-renew.co, immédiatement signalé comme malveillant par les outils antivirus. Dans les signalements du 24 août, l'adresse change d'une campagne à l'autre : un nom de domaine aléatoire fabriqué pour l'occasion, ou une adresse d'hébergement cloud.

Un témoignage déposé ce jour-là décrit précisément la suite. En cliquant sur la mention qui promet une résiliation dans le délai légal de rétractation, l'internaute voit s'afficher un bandeau aux couleurs du site marchand. Les fenêtres de ce bandeau sont inactives, précise le témoin : rien n'y répond au clic. Un seul champ fonctionne sur la page, celui où les escrocs vous font taper votre numéro de carte.

Et l'orthographe ne vous aidera pas. Le courriel analysé par RMC ne comporte aucune faute, reprend le logo et les couleurs de la plateforme, et affiche vos nom, prénom et adresse mail. Ces mentions personnelles ne prouvent absolument pas qu'un abonnement existe : elles proviennent d'une fuite de données, pas d'un fichier client. C'est même l'inverse d'une garantie.
 

Pourquoi ce mail arrive chez vous à 3 h 55 du matin

Or ce courriel n'arrive pas à n'importe quelle heure. Plusieurs personnes qui l'ont signalé précisent l'avoir reçu en pleine nuit, l'une d'elles à 3 h 55. Le message est donc lu au réveil, dans le premier passage sur la boîte mail, à l'heure où l'on trie vite et où l'on vérifie mal.

Le reste de l'explication tient dans les fuites de données. Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d'assistance aux victimes, a traité plus de 504 000 demandes en 2025, et l'hameçonnage y pèse 32,9 % des sollicitations de particuliers, en hausse de 71 % sur un an. Son rapport d'activité attribue cette poussée à l'exploitation des données personnelles échappées de bases piratées.

Votre adresse mail et votre nom circulent donc déjà. Ce n'est pas un abonnement qui a fuité : c'est votre identité qui a été achetée, puis versée dans un modèle de courriel envoyé en masse.

Ce que votre banque doit rembourser, et en combien de temps

Si le prélèvement a eu lieu, vous n'êtes pas démuni. La règle est écrite noir sur blanc dans la fiche Service Public consacrée à la fraude à la carte bancaire, mise à jour le 13 février 2026 : la banque doit rembourser toutes les sommes débitées, agios compris, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant la réception de votre contestation.

Trois gestes conditionnent ce remboursement. Faire opposition d'abord, auprès de votre banque ou du serveur interbancaire au 0 892 705 705, ouvert en permanence mais surtaxé, et conserver le numéro d'enregistrement remis. Signaler ensuite la fraude en ligne via la démarche Perceval, accessible avec FranceConnect : votre déclaration est traitée par la gendarmerie nationale, qui vous délivre en retour un récépissé. Transmettre enfin ce récépissé à votre banque avec la demande de remboursement. Un paiement frauduleux ne se conteste plus au-delà de 13 mois.

En revanche, ce droit n'est pas inconditionnel, et je préfère le dire plutôt que de vous laisser le découvrir au guichet. Une banque peut opposer la négligence grave de son client, et la Cour de cassation lui a parfois donné raison lorsque la victime avait elle-même saisi ses données. Sauf que l'ordre des questions ne joue pas en votre défaveur : c'est d'abord à l'établissement de prouver que l'opération contestée a bien été authentifiée, avant même que votre comportement soit discuté.
 

Le seul endroit où vérifier vos abonnements

Il existe pourtant un contrôle qui règle la question en trente secondes. Un abonnement se vérifie depuis le site ou l'application du service concerné, en tapant vous-même l'adresse, jamais depuis un lien reçu par message. Si la rubrique de gestion de votre compte n'affiche aucune reconduction ni aucune facture, le courriel est faux, quel que soit le montant qu'il annonce.

Le message se signale ensuite sur Signal Spam, et l'adresse du faux site sur Phishing Initiative, qui en demande le blocage dans les navigateurs. Le même piège reçu par SMS se transfère au 33700.

Nous avons appris à repérer un faux mail à sa faute d'orthographe, à son logo de travers, à son montant invraisemblable. Les deux premiers repères avaient déjà disparu de ces courriels ; le troisième est tombé en quinze jours. Il reste un écart, un seul, et il ne se lit pas dans le message : c'est le chemin par lequel vous arrivez sur la page où votre carte est demandée.

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