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Article publié le 16/01/2020 à 01:00 | Lu 1375 fois

Venir à bout des hépatites virales... c'est possible mais ça reste compliqué...

Dans le cadre de la 13ème édition du Congrès “Paris Hepatology Conférence”, les hépatologues du monde entier lancent un appel à la mobilisation générale. Le cancer du foie, souvent dernière étape de maladies chroniques hépatiques est en passe de devenir le premier cancer au monde. Et pourtant, il est possible de le prévenir ! Le point sur les hépatites virales et comment les soigner.


Chaque année dans le monde, les hépatites virales provoquent plus de 1,3 million de décès suite à une cirrhose ou un cancer du foie. L’OMS a appelé à « opérer un changement radical dans la lutte contre l’hépatite virale » pour descendre en-dessous de 500.000 décès annuels d’ici à 2030. C’est possible, à condition que l’on s’en donne les moyens.
 
Deux virus sont principalement susceptibles de provoquer une hépatite chronique, pouvant elle-même évoluer vers une cirrhose ou un cancer. Le premier est le virus de l’hépatite B, qui infecte plus de 250 millions de personnes dans le monde et provoque 900.000 décès par an.
 
Les traitements actuels permettent de stabiliser la maladie, mais pas d’éliminer le virus ; en revanche, il existe un vaccin sûr et très efficace. Le second est le virus de l’hépatite C, dont au moins 70 millions de personnes sont porteuses chroniques dans le monde, et qui tue 400.000 personnes chaque année.
 
Il n’existe aucun vaccin contre ce virus, mais les traitements sont très efficaces. C’est un cas unique dans l’histoire de la médecine : il se sera passé moins de 30 ans entre la découverte du virus et la possibilité de l’éliminer.
 
Hépatite B : les traitements progressent, la vaccination reste la meilleure arme
Les traitements actuels contre l’hépatite B ont gagné en efficacité et empêchent le virus de se reproduire. Toutefois, ils ne conduisent pas à une guérison définitive car ils n'éliminent pas l'ADN du virus. Celui-ci demeure dans les cellules du foie et, si l’on arrête le traitement, la maladie peut repartir. De nouvelles stratégies sont à l’étude, avec des thérapies combinées jouant à la fois sur la réplication du virus et la réponse immunitaire de l’organisme.
 
En attendant, la mesure la plus efficace contre le fléau mondial de l’hépatite B demeure le vaccin, le premier à protéger directement contre la survenue d’un cancer. En France, où 130.000 personnes sont porteuses chroniques du virus de l’hépatite B, ce vaccin fait partie depuis 2017 des 11 vaccins obligatoires chez le nouveau-né. Il permettra, à terme, de protéger l’ensemble de la population contre toute contamination sexuelle ou sanguine. Pour ceux qui sont nés avant l’entrée en vigueur de l’obligation vaccinale, en particulier les enfants et adolescents, un rattrapage est possible à tout âge.
 
Hépatite C : plus de 50 millions de personnes à dépister dans le monde
Le problème est tout autre avec le virus de l’hépatite C. Les traitements actuels permettent de guérir quasiment 100% des malades et l’OMS s’est fixé pour objectif de traiter 80% d’entre eux avant 2030. Encore faut-il que les personnes sachent qu’elles sont contaminées, ce qui n’est le cas que pour 20% d’entre elles dans le monde, et qu’elles aient accès aux traitements, dont les prix sont élevés.
 
Au niveau mondial, le défi à relever est donc double : le dépistage doit être massif, et couplé à un effort financier important pour que tout le monde ait accès aux traitements.
 
Aujourd’hui, moins de 15 pays dans le monde sont susceptibles d’atteindre cet objectif de l’OMS. La France, où le traitement contre l’hépatite C est pris en charge à 100% par l’Assurance maladie, en fait partie. Il n’en reste pas moins 130.000 porteurs chroniques du virus et la baisse du nombre de traitements initiés (19.000 en 2017, 14.000 en 2018, probablement 10.000 en 2019) inquiète les acteurs de terrain.
 
Pour éliminer définitivement l’hépatite C, il est urgent d’accélérer le dépistage des malades qui s’ignorent. D’une part, en incitant les médecins généralistes à proposer le test à tous ceux qui le souhaitent ; d’autre part, en multipliant les actions ciblées à la rencontre des publics les plus à risques.
 
De nouvelles molécules contre l’hépatite delta
L’hépatite Delta est plus fréquente qu’on ne le pensait. Silencieuse, rarement diagnostiquée, c’est la plus grave des hépatites. Enfin, de nouveaux médicaments efficaces ont été mis au point.
 
L’hépatite Delta est un problème majeur et négligé pour deux raisons :
- L’hépatite Delta est plus fréquente qu’on ne le pensait. On a longtemps considéré qu’elle n’affectait que 5% des personnes atteintes d’hépatite B chronique (environ 5.000 patients en France). Des études récentes, présentées au congrès de Paris (PHC), suggèrent qu’elle serait deux à trois fois plus fréquente, à la fois dans les zones d’endémie (certains pays de l’Est, Moyen Orient, Asie) et dans les pays occidentaux, en raison des flux migratoires (peut-être jusqu’à 20.000 patients en France).
 
De plus, étant silencieuse et méconnue, elle est rarement diagnostiquée. Pourtant son diagnostic est simple : la sérologie Delta (détection des anticorps anti-delta) par une simple prise de sang. Malheureusement, les porteurs chroniques de l’hépatite B, les seuls à risque d’hépatite Delta, sont insuffisamment testés et dépistés. Il faut avoir le « réflexe Delta ».
 
- L’hépatite Delta est la plus grave des hépatites virales. L’hépatite aigüe peut être fulminante et mortelle en l’absence de transplantation du foie. L’hépatite chronique Delta évolue plus souvent et plus rapidement vers la cirrhose et le cancer du foie que les hépatites chroniques B ou C.
 
L’arrivée de nouveaux traitements
Jusqu’à présent, le traitement reposait sur l’interféron. Une étude française avait montré une stabilisation de la maladie chez 40% des malades avec de l’interféron (Pr Marcellin). L’interféron est malheureusement souvent inefficace et mal toléré (injections sous-cutanées pendant un an, nombreux effets secondaires).
 
Jusqu’à présent il n’existait pas de traitement antiviral spécifique de l’hépatite delta. Récemment, les recherches ont mis en évidence des « cibles » thérapeutiques qui permettent de freiner, voire bloquer la multiplication du virus Delta.
 
Récemment, deux médicaments, le bulevirtide (Myrcludex) et le lonafarnib ont prouvé leur efficacité dans des études dont les résultats seront présentés au congrès de Paris. Ces médicaments diminuent la charge virale et peuvent entrainer une rémission de la maladie.
 
Une étude de l’efficacité de la combinaison du lonafarnib avec l’interféron, qui parait être synergique, débute actuellement en France (dirigée par le Pr Marcellin). Pour autant, la stratégie la plus efficace contre le virus delta demeure le vaccin contre l’hépatite B : sans hépatite B, il n’y a pas d’hépatite Delta !