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Article publié le 02/11/2009 à 01:12 | Lu 4251 fois

Politique de santé publique, loi HPST et prévention: chronique de Serge Guérin

Une véritable politique de soutien aux personnes âgées souhaitant vivre à domicile (je préfère ce terme à celui de « maintien » qui implique une notion d’obligation assez désagréable) passe par la mise en œuvre de services et d’infrastructures spécifiques. Pourtant, il est assez paradoxal de noter que si le discours est orienté vers le maintien à domicile des ainés, la politique de santé publique n’en a pas tiré toute les conclusions. Ainsi, alors que les plus de 65 ans représentent 39% de la consommation de médicaments de ville*, 95% des gériatres consultent à l’hôpital.


Il importe aussi de rappeler que les investissements réalisés pour accompagner la vie à domicile des plus fragiles, peuvent aussi répondre aux attentes d’autres catégories de populations. Par exemple, si on améliore le confort et l’accès des bus et des tramways dans une ville, les seniors en seront très heureux, mais les personnes avec des poussettes, celles qui souffrent de perte de mobilité ou ceux qui doivent porter de lourdes charges en seront eux-aussi, les bénéficiaires. Bref, tout le monde sera fort content de cette nouvelle situation.

La santé n’est pas seulement de la responsabilité du collectif et de la puissance publique, même si, garante du bien commun, elle se doit de favoriser le meilleur équilibre possible pour l'individu. De son côté, l’individu ne peut pas faire comme si l’information n’existait pas, ni comme si des efforts de prévention n’avaient pas été initiés depuis plus de vingt ans. Pour autant, une part reste liée à sa capacité d’écoute et d’envie.

Chacun peut développer des stratégies pour s’éviter de rentrer dans une norme de santé publique. En effet, la dissonance cognitive permet à l’individu de maintenir son équilibre, face aux discours toujours plus unilatéraux et injonctifs, en développant des contre-arguments ou en délégitimant la parole des experts. Après tout, les premières campagnes anti-tabac remontent à 1976, et de nos jours, plus du quart des Français reste des fumeurs réguliers.

On notera que l’un des axes majeurs de communication en matière de prévention, tient au lien entre santé et alimentation. L’alimentation étant en fin de compte, une manière de faire de la politique (ou en tout cas de la citoyenneté) : en choisissant tel ou tel mode d’alimentation, je contribue -ou non- à lutter contre la « mal bouffe », le productivisme agricole, la pollution des sols et l’augmentation du risque de krach climatique.

D'autre part, notre mode d’alimentation joue un rôle important sur notre santé : sur la question du poids et des risques d’obésité**, par exemple. On estime d’ailleurs qu’aujourd’hui, il y a plus de personnes obèses dans le monde que d’individus pouvant manger à leur faim***.

La constitution des Agences Régionales de Santé (ARS), prévue par la Loi HPST****, part d’un principe intéressant, à savoir le regroupement au sein d’une même instance de la prévention, la médecine de ville et l’hospitalisation. Il existe une vraie logique à ce que l’ensemble puisse être coordonné. A savoir ensuite si ces « Préfets de la santé » s’inscriront dans une simple logique comptable et directive ou sauront initier une coopération réelle avec l’ensemble des acteurs concernés.

Serge Guérin
Professeur à l’ESG
Vient de publier La société des seniors Editions Michalon

*Afssaps, juin 2005.
**En France, plus de 30% des personnes sont en surpoids et 11,3% sont obèses.
***Congrès International sur l’obésité, Sydney, 2006
****Loi Hopital, Patient Santé, Territoire, voté en 2009.