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Article publié le 02/08/2021 à 19:26 | Lu 2956 fois

OCDE : si les impôts sur successions et les donations réduisaient les inégalités




L’impôt sur les successions pourrait s’avérer un instrument efficace pour réduire les inégalités, notamment dans le contexte actuel où les inégalités de patrimoine restent toujours élevées et où la pandémie de Covid-19 exerce de nouvelles pressions sur les finances publiques, selon un nouveau rapport de l’OCDE.


OCDE : si les impôts sur successions et les donations réduisaient les inégalités
Ce nouveau rapport de l’OCDE, publié au printemps dernier, propose une évaluation comparative des impôts sur les successions et les donations dans les 37 pays membres de l’organisation économique tout en analysant le rôle que ces impôts pourraient jouer pour accroître les recettes, lutter contre les inégalités et améliorer l’efficacité des systèmes d’imposition à l'avenir.
 
De prime abord, cette enquête met en évidence « la forte concentration des richesses dans les pays de l’OCDE ainsi que la répartition inégale des successions », qui, selon l’OCDE, « aggrave d'autant les inégalités ».
 
Ainsi, en moyenne, les successions et les donations déclarées par les 20% des ménages les plus riches sont près de cinquante fois supérieures à celles déclarées par les 20% des ménages les plus pauvres.
 
Dans cet esprit, cette enquête montre « que les impôts sur les successions, et notamment ceux qui ciblent des niveaux relativement élevés de transmissions de patrimoine » pourraient réduire la concentration des richesses et améliorer l’égalité des chances...
 
Elle observe également que les impôts sur les successions tendent à générer moins de distorsions que d'autres formes de taxation des personnes fortunées, et sont plus faciles à établir et à collecter que d’autres formes d’imposition du patrimoine.
 
À l’heure actuelle, et toujours selon ce récent rapport, la majorité des pays de l'OCDE (24 pays au total) prélève un impôt sur les successions ou sur les donations. Toutefois, ces impôts génèrent le plus souvent très peu de recettes. Aujourd’hui, seulement 0.5% en moyenne des recettes fiscales totales proviendrait de ces impôts dans les pays qui en prélèvent.
 
Autre point saillant de cette étude : des exonérations ou d’autres allégements fiscaux limitent considérablement les recettes collectées par ces impôts. Sans compter que ces règles préférentielles réduisent les recettes recouvrées et qu’elles bénéficient principalement aux ménages les plus riches. Ce qui nuit à la progressivité effective des impôts sur les successions.
 
On remarque aussi que les individus parviennent la plupart du temps transmettre une fraction importante de leur patrimoine en franchise d’impôt à leurs proches parents, ce, par le biais d’abattements élevés. Et puis les allégements fiscaux s’avèrent également fréquents pour les transmissions de certains actifs (ex. résidence principale, plans d’épargne retraite, assurances vie, etc.).
 
A ce titre, dans un certain nombre de pays, les impôts sur les successions et les donations peuvent être largement évités grâce aux donations du vivant qui bénéficient d’un traitement fiscal plus favorable. Dans la pratique, ces dispositions réduisent le nombre de successions soumises à l’impôt, parfois de façon significative.
 
Par exemple, dans huit pays pour lesquels des données sont disponibles, la proportion de successions soumises à l’impôt était la plus faible aux États-Unis (0.2%) et au Royaume-Uni (3.9%) et la plus élevée en Suisse (12.7%, Canton de Zurich) et en Belgique (48%, région de Bruxelles-Capitale).
 
« Bien que la majorité des pays de l’OCDE prélèvent des impôts sur les successions, ils mobilisent moins de recettes et réduisent moins les inégalités qu’ils pourraient le faire s’ils étaient bien conçus », déclare Pascal Saint-Amans, directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l’OCDE. Et d’ajouter : « il existe des arguments forts en faveur d’un usage accru des impôts sur les successions, mais pour qu’ils atteignent leurs objectifs, leur conception devra être améliorée ».
 
Ce rapport met aussi en avant les grandes différences de conception de l’impôt sur les successions entre les pays. La valeur du patrimoine susceptible d’être transmis hors impôt par un parent à ses enfants varie de 17.000 dollars en Belgique (région de Bruxelles-Capitale) à plus de 11 millions de dollars aux États-Unis !
 
Les taux d’imposition sont eux aussi variables. Si la plupart des pays appliquent des taux progressifs, un tiers a opté pour des taux forfaitaires, et le niveau des taux varie grandement.
 
Le rapport suggère un certain nombre d’options de réforme afin d’améliorer la collecte des recettes, mais aussi l’efficacité et l’équité des impôts sur les successions et les donations, tout en faisant observer que les réformes retenues dépendront des circonstances propres à chaque pays.
 
Du point de vue de l'équité, de forts arguments plaident en faveur d’un impôt sur les successions calculé en fonction de la valeur du patrimoine reçu par les bénéficiaires, assorti d’une exonération pour les successions d’un petit montant.
 
Taxer les transmissions de patrimoine à l’échelle d’une vie -imposer le montant global du patrimoine que les bénéficiaires reçoivent tout au long de leur vie par l’intermédiaire de donations et d’héritages- serait une approche particulièrement équitable qui réduirait les possibilités d’optimisation fiscale, mais qui pourrait augmenter les coûts d’administration pour les autorités fiscales et les obligations fiscales des contribuables.
 
Réduire les allégements fiscaux à effet régressif, harmoniser le traitement fiscal des donations et des héritages et lutter contre l’optimisation et la fraude fiscales sont aussi des pistes de réforme prioritaires.
 
Pour rendre l’impôt sur les successions plus acceptable par la société dans son ensemble, le rapport souligne la nécessité de fournir aux citoyens des informations sur les inégalités et sur le fonctionnement de ces impôts, qui sont souvent mal compris.
 
« L’impôt sur les successions n’est cependant pas une solution miracle », prévient M. Saint-Amans. « D'autres réformes, notamment en lien avec les impôts sur les revenus du capital des personnes physiques et sur les plus-values, sont essentielles pour faire en sorte que les systèmes fiscaux contribuent à réduire les inégalités ».