EHPAD et Résidences Seniors

Les seniors qui vivent seuls se tournent vers l'habitat partagé et inclusif : ce que votre département peut financer, ce qui reste à votre charge

Vous vivez seul, l'Ehpad ne vous dit rien, et pourtant les longues soirées sans personne vous pèsent. Comme vous, de plus en plus de seniors se tournent vers l'habitat partagé et inclusif : chacun y garde son logement, mais on partage un salon, des repas, des sorties. Derrière la promesse, ce choix obéit à des règles précises, et mieux vaut les connaître avant de signer un bail.

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Par | Publié le 26 Octobre 2026 à 08:59 | mis à jour le 26 Octobre 2026 à 08:59
Une habitante apporte une terrine au dîner commun de son habitat partagé - Illustration générée par IA
Une habitante apporte une terrine au dîner commun de son habitat partagé - Illustration générée par IA

Ni seul chez vous ni en Ehpad : ce qu'est l'habitat partagé et inclusif

Dans la Manche comme dans un quartier de l'ouest de Saint-Brieuc, Ouest-France a raconté ces derniers jours comment des retraités vivent ou construisent ce mode de vie, et Merci pour l'info présente cette formule comme moins chère qu'une chambre en Ehpad. Deux phrases de retraitées, reprises dans les titres de ces reportages, disent l'essentiel : « Je ne veux pas finir ma vie seule » dans les Côtes-d'Armor, et « tout est organisé pour qu'on garde notre autonomie » dans la Manche.

Derrière les mots, il existe pourtant un cadre légal. L'habitat inclusif a été défini par la loi ELAN du 23 novembre 2018, puis précisé par un décret et un arrêté du 24 juin 2019. Chaque habitant dispose de son logement privatif et partage des locaux communs avec les autres, autour d'un « projet de vie sociale et partagée » construit ensemble : repas, activités, sorties, liens avec le quartier.

Ces maisons restent à taille humaine, avec 5 à 10 habitants en moyenne, précise le site gouvernemental pour-les-personnes-agees.gouv.fr. On peut y être locataire, colocataire ou propriétaire, dans le parc privé comme dans le parc social, et le logement doit se trouver près des transports, des commerces et des services. Associations, mutuelles, bailleurs sociaux, collectivités ou habitants eux-mêmes en assurent la gestion.
 
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Votre loyer, vos charges et ce que votre département peut financer

Locataire, vous réglez un loyer et des charges comme dans n'importe quel logement, et vous pouvez toucher les aides au logement si vous en remplissez les conditions. Le salon commun, les activités et l'animateur ont un coût, eux aussi. Or c'est là qu'intervient une aide encore méconnue, l'aide à la vie partagée, ou AVP.

D'après le site officiel d'information pour les personnes âgées, elle concerne les habitants de plus de 65 ans, sans condition de ressources. Vous ne la recevez pas sur votre compte : le conseil départemental la verse à l'organisme qui porte le projet, à condition que l'habitat soit conventionné avec lui, et son montant par habitant dépend du projet de vie partagée. Elle finance l'animation collective, pas l'aide individuelle pour la toilette ou les repas. Le site gouvernemental Mon parcours handicap indique qu'elle est déployée dans 95 départements.

Avant de signer, la question à poser au gestionnaire tient donc en une phrase : l'habitat est-il conventionné par le département au titre de l'aide à la vie partagée ? La fiche officielle consacrée à l'habitat inclusif détaille aussi l'autre financement possible, un forfait versé par l'agence régionale de santé à l'organisme retenu après appel à candidatures, appelé à disparaître au profit de l'AVP.
 

Aucun niveau de GIR à l'entrée, et le jour où votre autonomie baisse

Première différence avec l'Ehpad, et elle surprend souvent : il n'existe aucun critère pour habiter un habitat inclusif, ni niveau de GIR, cette grille qui mesure la perte d'autonomie, ni orientation de la MDPH pour les personnes handicapées. Il suffit de choisir d'y vivre, à titre de résidence principale. Je trouve la règle plus respectueuse qu'elle n'en a l'air, car c'est vous qui décidez du moment, pas un formulaire.

Vient ensuite la crainte inverse : que se passe-t-il le jour où l'on devient dépendant ? Dans un habitat inclusif, vous gardez le libre choix de vos intervenants, comme dans un logement classique, qu'il s'agisse d'un service d'aide à domicile ou des infirmiers d'un SSIAD. Les habitants qui touchent l'APA, l'allocation personnalisée d'autonomie, peuvent aussi décider d'en mettre une partie ou la totalité en commun pour payer des services partagés, par exemple la présence d'une auxiliaire de vie 24 heures sur 24. C'est souvent la nuit que l'on se sent le plus démuni quand on vit seul, et c'est précisément ce moment qu'une présence partagée vient couvrir.

Si vous optez plutôt pour une colocation privée, son bail mérite d'être lu de près. Avec un bail unique assorti d'une clause de solidarité, le colocataire qui s'en va reste tenu de la totalité du loyer jusqu'à six mois après la fin de son préavis, sauf si un nouveau colocataire le remplace, comme le prévoit la loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs. Demandez noir sur blanc ce qui est prévu en cas de départ, de décès ou d'entrée en établissement.
 

Peu de places pour l'instant, et un plan pour en ouvrir

Encore faut-il trouver une place. Le site gouvernemental le reconnaît lui-même : peu d'habitats inclusifs sont en fonctionnement, et l'offre reste en émergence. La Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, la CNSA, estime qu'un quasi-doublement de l'offre d'habitat intermédiaire, la famille de logements dont l'habitat inclusif fait partie, serait nécessaire dès 2040.

D'ailleurs, la CNSA a lancé le 7 octobre, avec la Caisse des dépôts, un appel à manifestation d'intérêt pour accompagner cinq départements pendant 18 mois, avec une enveloppe de 1,5 million d'euros pour chacun d'eux. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 avait déjà prévu un plan d'aide à l'investissement de 50 millions d'euros pour développer ces logements, a rappelé le gouvernement en avril, dans une réponse à un député.

En attendant, pour savoir si un projet existe près de chez vous, le point d'information local dédié aux personnes âgées, votre département ou votre mairie sont les bons interlocuteurs. Nous avons souvent tendance à repousser cette démarche, alors qu'elle se fait mieux quand nous pouvons encore choisir que le jour où il faut décider dans l'urgence.

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