Le maintien à domicile accru des ainés et la fin des EHPAD ? nouvelle étude Xerfi

Le cabinet Xerfi vient de publier une étude sous le titre : « l’accélération du maintien à domicile des personnes âgées : saisir les opportunités - Stratégies et business models des acteurs pour anticiper l’évolution du marché ». En voici les grandes lignes et les faits saillants.





Autrefois, l’entrée en maison de retraite des ainés en perte d’autonomie était souvent un passage obligé.
 
De nos jours, et depuis quelques années déjà, de nouveaux parcours ont émergé associant maintien à domicile, hébergements intermédiaires (résidences seniors, résidences autonomie…) et séjours plus ou moins longs en maison de retraite.
 
La bascule vers le domicile semble donc devenir une réalité de plus en plus tangible pour ces personnes âgées. Celle-ci étant alimentée par la volonté des Français, bien légitime d’ailleurs, de vieillir chez eux.
 
Parallèlement à l’essor de l’offre à domicile, la consolidation des métiers du grand âge est en cours. Et un tel décloisonnement pourrait d’ailleurs à terme encourager les acteurs à devenir des « guichets uniques » pour ces ainés.
 
Dans ce contexte, les grands groupes de maisons de retraite (EHPAD) privés semblent les mieux placés sur le marché. A condition bien évidemment, de résoudre les problèmes de maltraitance dans leurs maisons de retraite (cf le récent scandale Orpéa).
 
Déjà, plusieurs d’entre eux testent les EHPAD « hors les murs ». Mais, malgré ces perspectives encourageantes pour les groupes de maisons de retraite privés sur l’ensemble des métiers de la dépendance, les obstacles restent bien réels pour les autres acteurs privés.
 
Les enseignes et structures indépendantes spécialisées dans le maintien à domicile ainsi que les généralistes des SAP vont ainsi devoir réviser leurs stratégies.
 
Rappelons à ce titre, que la majorité des acteurs présents sur le marché de la dépendance à domicile sont des structures publiques et privées à but non lucratif. Elles interviennent surtout dans les zones rurales, plus difficiles à couvrir.
 
Concentrés en zones urbaines ou à leur proximité, les opérateurs privés commerciaux sont eux à la tête d’environ 40% des SAAD mais d’à peine 2% de SSIAD, faute d’un modèle économique attractif. Et ils manifestent une grande méfiance envers les SPASAD…
 
Cette famille d’opérateurs est dominée par des généralistes de la dépendance (Orpea, Korian, DomusVi et Colisée), détenteurs de réseaux de plusieurs dizaines voire centaines d’agences (Petit-fils, Adhap,…), et compte également des généralistes des services à la personne (Oui Care ou Zephyr) ou des spécialistes de l’aide aux personnes âgées.
 
Précisons cependant que les problèmes de recrutement, la fidélisation et l’absentéisme de la main d’œuvre sont récurrents dans ce secteur d’activité, ralentissant la croissance du marché. Pour limiter le turn-over, les acteurs du domicile doivent revaloriser ces métiers, socialement mais aussi financièrement.
 
Soutenue par l’explosion du nombre de personnes âgées en perte d’autonomie et la volonté des pouvoirs publics de favoriser leur maintien à domicile le plus longtemps possible, l’activité des acteurs a mécaniquement rebondi en 2021.
 
A moyen terme, l’activité des acteurs du domicile restera bien orientée en raison de la croissance inéluctable du nombre de seniors dépendants (3,7 millions en 2040, soit un million de plus qu’en 2020) et le virage domiciliaire souhaité par les pouvoirs publics.
 
En l’absence de la réforme « grand âge et dépendance » (celle-ci a été maintes fois reportée par les différents gouvernements), l’instauration d’un tarif plancher horaire de 22 euros pour tous les SAAD, la refonte de la tarification des SSIAD et le regroupement des structures dans des services uniques (les services autonomie à domicile ou SAD) devraient donner une nouvelle impulsion à l’activité.
 
Alors que les pouvoirs publics prévoient de publier un décret au plus tard en juin 2023 sur les futurs SAD, l’année 2024 sera probablement celle d’une réorganisation massive des services à domicile avec la disparition progressive des SAAD et des SSIAD dans leur configuration actuelle. Ces futurs guichets territoriaux devraient en effet réorganiser l’offre à domicile de demain autour de structures proches des SPASAD intégrés actuellement.
 
Dans ce contexte, le chiffre d’affaires des SAAD commerciaux du panel Xerfi devrait augmenter de 15% en 2022, année au cours de laquelle les mesures tarifaires joueront à plein. Une évolution de l’ordre de 7% par an en moyenne suivra en 2023 et 2024, années au cours desquelles l’activité profitera de la hausse des demandes de prise en charge, selon les prévisions des experts de Xerfi Precepta.
 
Le bond du chiffre d’affaires des SAAD privés en 2022 ne sera pourtant pas forcément synonyme de marges supplémentaires. Ces structures vont en effet devoir consacrer une large part de leurs rentrées additionnelles à l’alignement des salaires de leurs équipes sur ceux du secteur associatif pour rendre les métiers plus attractifs.
 
Pour mémoire, les rémunérations des personnels du monde associatif ont été revalorisées de 13% à 15% en octobre 2021 grâce à des financements publics, encourageant au passage les départs du privé et donc les difficultés de recrutement.
 
Les dépenses de l’assurance maladie au titre des SSIAD devraient elles s’apprécier de 3% en 2022 puis de 10% à 2,2 milliards d’euros sous l’effet de la nouvelle tarification, prévoient les experts de Xerfi Precepta.
 
Si les dépenses liées à la perte d’autonomie sont conséquentes, le coût de la prise en charge d’un senior dépendant à domicile est bien plus faible qu’en établissement. C’est également le cas pour le reste à charge médian qui passe alors à 80 euros, contre 500 euros en résidence autonomie, 700 à 1 600 euros en résidence service et 2 000 euros en EHPAD.
 
Auteur de l’étude : Cathy Alegria

Article publié le 21/03/2022 à 01:00 | Lu 9980 fois




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