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Article publié le 15/10/2019 à 04:47 | Lu 805 fois

Le Double au Théâtre Le Ranelagh : une reprise à voir ou à revoir

Jacob Petrovitch Goliadkine est un petit fonctionnaire vivant reclus à Petersbourg. Il est timide, complexé et secrètement amoureux de la fille de son supérieur. Son univers se réduit à ses collègues de bureau et son fidèle domestique Pietrouchka. Quand un jour apparaît un autre homme qui, fait étrange, se nomme comme lui mais qui est plus beau, plus grand et plus assuré que lui, sa vie s’en trouve bouleversée. Heureux d’abord de cette rencontre, Jacob lui fait confiance et l’invite chez lui. Mal lui en prend... Le Double au Théâtre Le Ranelagh à Paris.


C’est en 1846 que Dostoïevski écrivit sa nouvelle intitulée « Le Double », qualifiée par l’auteur lui-même de « poème petersbourgeois ». L’œuvre n’eut guère de succès et tomba vite dans l’oubli.
 
L’année dernière, Ronan Rivière eut l’idée de s’approprier ce texte pour l’adapter au théâtre. Ce n’est donc pas une simple lecture mais une véritable œuvre théâtrale, avec six personnages et un accompagnement au piano. La pièce fut créée à l’automne à Paris, puis donnée cet été en Avignon. Elle est reprise depuis la rentrée au Théâtre Le Ranelagh.
 
Ronan Rivière a repris l’ambigüité du texte d’origine mais en rajoute encore en laissant le spectateur libre d’interprétation. Qui est donc ce double ? Un personnage réel qui s’empare petit à petit de l’identité de Goliadkine, de son nom à son travail, de son domicile à son amoureuse ?
 
A moins que ce double ne soit qu’un avatar de lui-même, artifice de théâtre projetant la même personne dans deux personnages différents. Le doute -et c’est une des forces de la pièce- subsistera jusqu’à la fin.

Le rôle principal de Goliadkine est tenu par Ronan Rivière lui-même, qui donne au personnage toute la fièvre et la fragilité des héros de la littérature russe. Tout en contraste, tantôt abattu et tantôt dans la plus grande agitation, il sait à merveille moduler sa voix, passant de confessions chuchotées à de grands cris de désespoir, laissant les traits du visage exprimer ce que les mots n’ont pas su dire.
 
L’auteur aime souligner que cette production est un travail de troupe et que toute la distribution des rôles était déjà connue lorsqu’il a écrit cette adaptation. On retrouve ainsi tous les acteurs de la création, mis à part Xavier Lafitte qui remplace Antoine Prud’homme de la Boussinière dans le rôle du Double. Tous sont parfaitement à l’aise dans leur personnage, et de cette évidente connivence entre eux découle une grande fluidité sur le plateau.
 
La mise en scène est vive, avec des changements de décor à vue. Constitué de cinq panneaux déplacés comme une construction de Lego, il alterne la couleur bleue d’un côté, traduction des tourments du héros, avec le jaune du monde extérieur, jaune comme l’illusion des gestes et des mots.
 
L’auteur a choisi d’accompagner le texte d’une participation musicale créée par Léon Bailly et jouée par Olivier Mazal. Tantôt mélodieuse, tantôt syncopée, elle rajoute au spectacle un côté grinçant, grotesque et inquiétant à la fois. Un spectacle de très grande qualité dans un lieu unique à Paris.
 
Alex Kiev 

Le Double de Ronan Rivière d’après Dostoïevski

Théâtre Le Ranelagh
5 rue des vignes 75016 Paris
du mercredi au samedi 19h dimanche 15h






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