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Article publié le 08/06/2018 à 01:00 | Lu 648 fois

"Juste la fin du monde" de Jean-Luc Lagarce au Studio Hébertot

​Ecrite à Berlin en 1995, la pièce fut à l’époque refusée par tous les comités de lecture. Surprenant mais finalement pas tant que cela car d’évidence, ce texte n’est pas fait pour être lu mais bien pour être joué, en tout cas c’est sur scène qu’il prend toute sa dimension.


"Juste la fin du monde" de Jean-Luc Lagarce au Studio Hébertot
L’histoire est maintenant bien connue, d’autant plus qu’un cinéaste canadien l’a reprise récemment dans un film qui fut présenté sur la Croisette. Un homme jeune -la trentaine-  revient faire une visite à sa famille, qu’il n’a plus vue depuis des années, pour leur annoncer sa mort prochaine.
 
Il y a la mère, le frère et son épouse, et la plus jeune sœur. Du père on ne saura rien. Mais les choses ne se passent pas comme prévu, car chacun profitera du retour du fils prodigue pour faire ressurgir le passé -plus précisément chacun son passé- et couper finalement l’envie de parler du nouvel arrivant qui repartira comme il est venu en n’ayant rien dit de son secret.
 
Dans un décor sommaire faits de tables empilées les unes sur les autres, dont certaines renversées les pieds en l’air, chacun viendra nous confier une part de ses frustrations, douloureux aveux à un frère, ou un fils, qui n’était pas venu pour les écouter.
 
Le texte de Lagarce souligne la difficulté des êtres à dire les choses avec concision. Chaque personnage reprend ses mots pour, le croit-il, les rendre plus compréhensibles. Ce procédé littéraire, qui serait artificiel en langue écrite, prend toute sa force en représentation théâtrale, où l’acteur peut ainsi déployer la totalité de sa palette expressive.
 
Jean-Charles Mouveaux, dont la ressemblance physique avec Jean-Luc Lagarce est confondante, signe la mise en scène. Il est aussi Louis, le revenant.  Philippe Calvario endosse le rôle du frère mal aimé, ou en tout cas mal compris. Sa longue confession finale est bouleversante. Les trois autres acteurs sont tout aussi convaincants.
 
Curieuse coïncidence, ou pas, cette pièce est redonnée au Studio Hébertot alors que se terminaient le mois dernier les représentations de « Dépendances » de Charif Ghattas sur cette même scène. Et on ne peut s’empêcher de comparer les deux textes, qui évoquent l’un comme l’autre les rapports conflictuels entre deux frères qui se sont perdus de vue pendant plusieurs années. Situation souvent connue, dans un degré parfois moindre, mais dont la représentation sur scène ne peut que nous émouvoir.
 
Axel Kiev
 
Studio Hébertot
78bis Boulevard des Batignolles
75017 Paris
du jeudi au samedi 21h
Jusqu’au 30 juin
 
Le spectacle part ensuite en Avignon.