Fondation Partage & Vie : la guerre des générations n'aura pas lieu (partie 2)

Il est nécessaire d’en finir avec la mise à l’écart des personnes âgées et le peu d’inter[1]action avec les générations suivantes. Contre le silence, l’indifférence, voire l’ostracisme, s’affirme la volonté d’intensifier le dialogue intergénérationnel. Faire se parler jeunes et vieux, leur permettre de se rencontrer, les aider à se connaître et s’estimer devient une action prioritaire. Le point avec Anna Perraudin, chargée de projets stratégie et organisation à Partage & Vie.


La même exigence de réinventer des liens intergénérationnels actifs se manifeste dans les réflexions d’Anna Perraudin. Jeune femme, formée notamment à Sciences Po, elle ne s’intéressait pas particulièrement au grand âge avant de travailler à Partage & Vie.
 
Chargée de projets, elle a découvert la vie, l’émotion, la solidarité que recèlent les établissements spécialisés, les résidents, les professionnels. Et le contraste profond entre cette vie souvent intense et le désintérêt des gens plus jeunes.
 
Elle livre dans son texte une analyse personnelle de la crise présente liée aux représentations de la vieillesse et propose des pistes de réflexion pour en sortir.
 
Du haut de mes 28 ans, cela fait plus de deux ans que j’ai rejoint la Fondation Partage & Vie. Avant ma prise de poste, il m’arrivait d’ailleurs de questionner l’utilité [des personnes âgées] et leur coût pour la société : « Place aux nouvelles générations, ce sont les jeunes qui ont besoin des politiques
publiques ! Moi, de toute façon, je préférerais mourir jeune. » […].
 
Mes préjugés sur l’EHPAD ont été battus en brèche au moment où j’ai franchi le seuil d’un établissement. […] J’ai vu des personnes âgées (et bien souvent dépendantes) bouger, chanter, créer,
s’exprimer, sourire, déambuler, crier, parler, pleurer, raisonner, aimer.
 
Bref, des personnes qui étaient toujours dans la vie et dont la vie valait largement la peine d’être vécue. […]
 
Nous avons tendance a priori à estimer que, dans nos sociétés contemporaines, où agilité, force, beauté et performance règnent en maîtres, la jeunesse a l’avantage. Or, […] la jeunesse n’est pas aujourd’hui en position de force sur le plan social et économique.
 
[…]
 
Opposer vieillesse et jeunesse dans le débat public est un non-sens car une politique de prise en charge de la vieillesse ne peut aujourd’hui être pensée sans son pendant destiné à la jeunesse. […]
 
La condition sine qua non pour recréer du lien est d’avoir des espaces qui le permettent, des lieux dédiés où peuvent se rencontrer le grand âge et la jeunesse. C’est notamment une des ambitions des tiers-lieux qui se développent sur le territoire. »

Publié le 14/11/2023 à 01:00 | Lu 4032 fois