Une patiente arrête d'un geste un naturopathe qui lui tend des flacons - Illustration générée par IA
Dérives sectaires : la santé passe en tête des signalements
Le mardi 29 septembre, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes, a publié un nouveau guide « Santé et dérives sectaires ». La version précédente datait de 2012. Le même jour, le ministère de la Santé a présenté une version améliorée du dérivomètre, un outil pensé pour le grand public que la Miviludes avait lancé en juin avec la Mutualité française, cette fois construit avec les Ordres des professions de santé.
Pourquoi ces deux outils maintenant ? Parce que la santé est devenue le premier terrain des dérives sectaires. Selon le dernier rapport d'activité de la Miviludes, la mission a reçu 4 571 signalements et demandes d'informations en 2024, et 37 % de ceux reçus entre 2022 et 2024 portaient sur la santé et le bien-être, devant les cultes et les spiritualités. Dans ce domaine, huit fois sur dix, la personne mise en cause n'était même pas un professionnel de santé.
Pourquoi ces deux outils maintenant ? Parce que la santé est devenue le premier terrain des dérives sectaires. Selon le dernier rapport d'activité de la Miviludes, la mission a reçu 4 571 signalements et demandes d'informations en 2024, et 37 % de ceux reçus entre 2022 et 2024 portaient sur la santé et le bien-être, devant les cultes et les spiritualités. Dans ce domaine, huit fois sur dix, la personne mise en cause n'était même pas un professionnel de santé.
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Le cancer, porte d'entrée des pseudo-thérapeutes
Les médecines douces ne sont pas dangereuses en elles-mêmes, et la Miviludes prend soin de le rappeler. Le danger commence quand un praticien s'installe entre vous et votre médecin. Or c'est le cancer qui ouvre le plus souvent cette brèche : d'après le rapport de la mission, l'oncologie concentre la majeure partie des signalements reçus dans le domaine de la santé. Sa présidente, Patricia Mirallès, l'a résumé dans un entretien à L'Express, en désignant le cancer et l'autisme comme des portes d'entrée des dérives sectaires.
Le rapport décrit un mécanisme qui s'appuie sur la peur de la chimiothérapie et de ses effets. Les soins de support, ces séances censées aider à mieux vivre le traitement, servent de porte d'entrée, avant que le praticien ne glisse vers des conseils plus radicaux. La Miviludes relève ainsi des régimes qui affaiblissent encore des malades déjà épuisés, et des pratiques franchement dangereuses comme l'urinothérapie ou des injections d'extrait de gui.
D'ailleurs, ces pratiques ne restent pas cantonnées aux cabinets privés. Le rapport de la mission s'inquiète de trouver couramment des séances de Reiki, de magnétisme ou de bol tibétain dans des établissements publics de santé, sans mise en garde ni encadrement médical. Pour un patient, la confusion est totale : comment douter d'une séance proposée dans le couloir même de son hôpital ?
Le rapport décrit un mécanisme qui s'appuie sur la peur de la chimiothérapie et de ses effets. Les soins de support, ces séances censées aider à mieux vivre le traitement, servent de porte d'entrée, avant que le praticien ne glisse vers des conseils plus radicaux. La Miviludes relève ainsi des régimes qui affaiblissent encore des malades déjà épuisés, et des pratiques franchement dangereuses comme l'urinothérapie ou des injections d'extrait de gui.
D'ailleurs, ces pratiques ne restent pas cantonnées aux cabinets privés. Le rapport de la mission s'inquiète de trouver couramment des séances de Reiki, de magnétisme ou de bol tibétain dans des établissements publics de santé, sans mise en garde ni encadrement médical. Pour un patient, la confusion est totale : comment douter d'une séance proposée dans le couloir même de son hôpital ?
Le dérivomètre, trois niveaux pour repérer les situations à risque
C'est à cette question que répond le dérivomètre. Comme le violentomètre, qui aide à jauger les violences dans un couple, il détaille 16 situations réparties sur trois niveaux, du jaune au rouge. Vous pouvez l'utiliser pour vous-même, mais aussi pour un conjoint, un frère ou une amie dont le comportement vous inquiète.
Au premier niveau, « Je reste attentif », tout se passe bien. Le praticien explique clairement sa méthode, il en présente les bénéfices comme les limites, et il ne vous incite jamais à interrompre un traitement médical. Vous gardez simplement l'œil ouvert, comme pour n'importe quel prestataire que vous payez.
Le deuxième niveau, « Je fais une pause », s'allume quand apparaissent des signaux préoccupants : critique de la médecine ou de la science, explications par les « énergies » ou les « vibrations », démarchage sur les réseaux sociaux, ou conseil de modifier votre traitement sans avis médical. À ce stade, rien n'est perdu, mais le moment est venu d'en parler à quelqu'un de votre entourage.
Le troisième niveau, « Je dis stop », regroupe les situations de danger avéré. Parmi les signaux d'alerte que l'outil aide à repérer, le communiqué de la Miviludes cite aussi les promesses de guérison « miracle », l'isolement vis-à-vis de vos proches ou de votre médecin, et certains actes invasifs pratiqués hors de tout cadre médical. Face à une situation de ce type, la consigne est nette : savoir interrompre la relation.
Au premier niveau, « Je reste attentif », tout se passe bien. Le praticien explique clairement sa méthode, il en présente les bénéfices comme les limites, et il ne vous incite jamais à interrompre un traitement médical. Vous gardez simplement l'œil ouvert, comme pour n'importe quel prestataire que vous payez.
Le deuxième niveau, « Je fais une pause », s'allume quand apparaissent des signaux préoccupants : critique de la médecine ou de la science, explications par les « énergies » ou les « vibrations », démarchage sur les réseaux sociaux, ou conseil de modifier votre traitement sans avis médical. À ce stade, rien n'est perdu, mais le moment est venu d'en parler à quelqu'un de votre entourage.
Le troisième niveau, « Je dis stop », regroupe les situations de danger avéré. Parmi les signaux d'alerte que l'outil aide à repérer, le communiqué de la Miviludes cite aussi les promesses de guérison « miracle », l'isolement vis-à-vis de vos proches ou de votre médecin, et certains actes invasifs pratiqués hors de tout cadre médical. Face à une situation de ce type, la consigne est nette : savoir interrompre la relation.
Votre médecin ou votre pharmacien, premier recours en cas de doute
Mais à qui parler quand le doute s'installe ? Le dérivomètre donne trois réflexes simples : ne jamais arrêter un traitement sans avis médical, en parler à votre médecin ou à votre pharmacien, et alerter les interlocuteurs compétents si la situation vous inquiète. Vous pouvez consulter le guide et le dérivomètre depuis la page que la Miviludes consacre à ses nouveaux outils contre les dérives sectaires en santé.
La Miviludes s'associe aussi à l'Église de France
La santé n'est pas le seul front de la mission. Mardi 6 octobre, la Conférence des évêques de France a signé avec la Miviludes une convention de lutte contre les dérives sectaires, fondée sur l'échange d'informations, la sensibilisation et la formation. L'Église catholique devient ainsi la troisième instance religieuse à s'engager, après la Fédération protestante de France en novembre 2025 et la Conférence des religieux et religieuses de France en juillet.
Ce rapprochement répond aux chiffres de la mission elle-même. Entre 2022 et 2024, les cultes et les spiritualités représentaient 35 % des signalements, juste derrière la santé. Entre un gourou de la guérison et un groupe religieux dévoyé, la mission traque le même ressort : l'emprise.
Ce rapprochement répond aux chiffres de la mission elle-même. Entre 2022 et 2024, les cultes et les spiritualités représentaient 35 % des signalements, juste derrière la santé. Entre un gourou de la guérison et un groupe religieux dévoyé, la mission traque le même ressort : l'emprise.
Ce que risque le praticien qui vous détourne de vos soins
Depuis la loi du 10 mai 2024, la justice dispose d'armes plus précises contre ces dérives. Le guide de la Miviludes rappelle les infractions qui visent directement les pseudo-thérapeutes, dont la provocation à l'abandon de soins et l'abus de l'état de sujétion. Concrètement, pousser un malade avec insistance à abandonner son traitement est devenu un délit en soi.
Vous n'avez donc pas à prouver l'existence d'une secte pour alerter. Face à un praticien qui vous isole de vos proches ou qui dénigre votre cancérologue, nous pouvons tous adresser un signalement à la Miviludes, directement depuis son site. Pour ma part, je retiens surtout du dérivomètre son premier niveau : un bon praticien de médecines douces vous parle aussi de ses limites, et il vous renvoie vers votre médecin au lieu de prendre sa place.
Vous n'avez donc pas à prouver l'existence d'une secte pour alerter. Face à un praticien qui vous isole de vos proches ou qui dénigre votre cancérologue, nous pouvons tous adresser un signalement à la Miviludes, directement depuis son site. Pour ma part, je retiens surtout du dérivomètre son premier niveau : un bon praticien de médecines douces vous parle aussi de ses limites, et il vous renvoie vers votre médecin au lieu de prendre sa place.



