Bien-être

On croyait qu'il fallait 10 000 pas par jour après 60 ans : des chercheurs ont mesuré 14 pas de plus par minute sur votre marche quotidienne

Le podomètre affiche un total le soir, et ce total ne dit rien du rythme auquel vous avez marché. Des chercheurs de l'université de Chicago ont suivi une centaine de personnes de plus de 60 ans pendant quatre mois, chronomètre et capteur à l'appui. Leur résultat tient en une poignée de pas par minute, et il ne demande pas une seconde de plus à votre marche quotidienne.

Partager : W f X in @

Par | Publié le 6 Septembre 2026 à 16:55 | mis à jour le 6 Septembre 2026 à 16:55
Une femme senior marche d'un bon pas, montre bien visible au poignet - Illustration générée par IA
Une femme senior marche d'un bon pas, montre bien visible au poignet - Illustration générée par IA

Le chiffre qui a détrôné le "légendaire" 10 000 pas

Dix mille pas par jour : l'objectif s'est installé dans les montres, dans les téléphones et dans les conversations de fin de repas. L'Assurance Maladie le cite elle aussi, tout en précisant qu'il ne s'agit pas d'un dogme et qu'après 65 ans la fourchette utile commence plus bas, à 7 000 pas. Ce compteur mesure pourtant une quantité, jamais une intensité : vous pouvez aligner huit mille pas en flânant devant les vitrines sans avoir accéléré une seule fois de la journée.
 
La Newsletter SeniorActu
Chaque vendredi
Retraite, santé, pouvoir d'achat : la synthèse de l'actualité des seniors directement dans votre boîte mail.
Adresse e-mail

Ce que 102 volontaires ont fait pendant quatre mois

C'est ce vide qu'une équipe de l'université de Chicago a voulu combler, non pas en modifiant le nombre à atteindre, mais en changeant l'unité de mesure. Son outil n'est plus le total du soir : c'est la cadence, autrement dit le nombre de pas que vous posez en une minute.

L'expérience a été menée dans quatorze résidences pour personnes autonomes de la région de Chicago, auprès de 102 participants de 60 ans et plus, tous repérés comme fragiles ou en voie de le devenir. Le tirage au sort les a répartis en deux groupes. Les uns devaient marcher « aussi vite qu'ils le pouvaient en sécurité », les autres à leur allure habituelle, celle de la promenade tranquille. Le reste était strictement identique : quarante-huit séances étalées sur quatre mois, trois par semaine, trente minutes de marche effective à chaque fois. Un capteur fixé à la cuisse enregistrait chaque pas, minute par minute, ce qui évitait de s'en remettre à la mémoire des participants.

Sur l'essentiel de l'intervention, le groupe rapide tournait à 100 pas par minute, contre 77 pour le groupe tranquille. Et l'écart se voyait ailleurs que sur le chronomètre : au test de marche de six minutes, 65 % des marcheurs rapides avaient gagné au moins trente mètres, contre 39 % des autres. Trente mètres, dans ce test, correspond au seuil à partir duquel le gain se ressent dans la vie ordinaire. Les distances finales parlent d'elles-mêmes : 315 mètres en moyenne d'un côté, 265 de l'autre.
 
Le chiffre que les auteurs ont retenu tient en deux mots : quatorze pas. D'après leurs calculs, publiés en juillet 2025 dans la revue PLOS ONE, une personne qui ajoute 14 pas par minute à son allure spontanée augmente ses chances de progresser à ce test. Non pas parce qu'elle marche plus longtemps, mais parce qu'elle marche autrement pendant le même temps.
 

Comptez votre rythme sans application

Nul besoin d'un capteur de laboratoire pour connaître votre cadence. Munissez-vous d'une montre à trotteuse ou du chronomètre de votre téléphone, marchez à votre allure ordinaire et comptez vos pas pendant quinze secondes. Multipliez par quatre : vous tenez votre nombre de pas par minute. Le repère de 100 pas par minute correspond alors à 25 pas comptés en quinze secondes, un chiffre facile à retenir sur un trottoir.

Ce seuil de cent n'a rien d'arbitraire. Les travaux de référence sur la cadence, menés chez des adultes de 61 à 85 ans, situent à ce niveau la frontière de l'effort dit modéré, celui que les autorités sanitaires recommandent trente minutes par jour. En dessous, la marche reste une marche ; au-dessus, elle devient un exercice.
 
Quatorze pas de plus par minute, selon notre calcul, cela représente un pas supplémentaire toutes les quatre secondes environ. L'effort paraît dérisoire, et c'est bien ce qui rend le résultat intéressant. Sur une demi-heure de marche, toujours à ce compte, ces quatorze pas par minute deviennent 420 pas de plus : sans une minute de sortie supplémentaire, sans changer de parcours, sans matériel. Seul le chiffre de départ vient de l'équipe américaine.

Un dernier détail, souvent négligé : la vieille méthode du test de la parole, qui consiste à trouver le rythme où l'on peut encore parler mais plus chanter, reste utile. Sauf qu'elle dépend de votre ressenti du jour, et les auteurs rappellent que les traitements du cœur, les bêtabloquants notamment, faussent aussi la lecture du pouls. Compter des pas ne dépend, lui, ni de l'humeur ni de l'ordonnance.
 

Ce que l'Assurance Maladie recommande encore

Faut-il pour autant jeter son podomètre ? Non, et les repères français n'ont pas bougé. L'Assurance Maladie continue de situer entre 7 000 et 10 000 pas quotidiens la zone aux effets bien démontrés chez les plus de 65 ans, en insistant sur la progression : mieux vaut ajouter mille à trois mille pas par semaine que viser d'emblée un chiffre rond. Les deux approches se complètent, l'une donnant le volume, l'autre l'intensité.

Le même organisme classe d'ailleurs la marche rapide, définie comme une allure de 5 à 6,5 km/h, parmi les activités d'intensité modérée, aux côtés du jardinage léger ou du vélo de promenade. En dessous, la marche lente relève de l'intensité faible : agréable, utile contre la sédentarité, mais insuffisante pour entretenir le souffle.

Le calendrier s'y prête. Depuis le 1er septembre 2026, les ministères de la Santé et des Sports déploient « Septembre Bouge », une opération nationale dont l'Assurance Maladie est partenaire, avec une tournée dans dix-huit villes-étapes et une Fête du sport le 14 septembre. L'occasion est bonne de rappeler un chiffre qui remet les choses à leur place : le manque d'activité physique est associé à environ 38 000 décès par an en France, selon une estimation de France Stratégie reprise par l'Assurance Maladie.
 

Ce que l'étude ne dit pas de votre promenade

Une précaution s'impose avant de chausser vos baskets. Les séances de l'étude étaient encadrées par du personnel de recherche, et les auteurs écrivent noir sur blanc qu'ils ignorent si le même gain s'obtient en marchant seul. Si l'essoufflement ou un vertige s'invitent dès les premières minutes, la question se règle avec votre médecin traitant, qui peut aussi vous prescrire une activité physique encadrée par des professionnels. Quatorze pas par minute ne remplacent pas une consultation : ils donnent seulement, pour une fois, une consigne que l'on peut vérifier soi-même sur le trottoir.

Partager cet article
W f X in @

Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors de la semaine dans votre boite mail !
Facebook
X