Bien-être

Marche et muscles : cette alerte que les marcheurs réguliers ignorent

Par | Publié le 03/02/2026 à 11:42

Des millions de marcheurs réguliers passent à côté d'un risque que la recherche a pourtant identifié depuis plusieurs années. Une alerte méconnue, aux conséquences directes sur l'autonomie et la mobilité après 60 ans.


Ce qu'il faut retenir

  1. La marche est excellente pour le cœur et l'endurance, mais elle ne freine pas la fonte musculaire liée à l'âge
  2. Dès 30 ans, la masse musculaire diminue de 3 à 8 % par décennie, avec une accélération après 50 ans
  3. Une vaste synthèse publiée en juillet 2025 dans The Lancet Public Health indique que 7 000 pas par jour suffisent pour la plupart des bénéfices cardiovasculaires
  4. Mais seuls les exercices de renforcement musculaire, deux à trois fois par semaine, permettent de lutter contre la fonte musculaire
  5. L'Organisation Mondiale de la Santé recommande aux plus de 65 ans de combiner marche, renforcement et exercices d'équilibre
Couple senior marcheur découvrant les limites de la marche pour ses muscles © SeniorActu
Couple senior marcheur découvrant les limites de la marche pour ses muscles © SeniorActu

7 000 pas par jour : des bénéfices réels, mais ciblés

Marcher est le premier réflexe santé des retraités français. Chaque matin, dans les parcs, sur les chemins de campagne ou le long des quais, des millions de seniors enfilent leurs chaussures et partent pour leur promenade quotidienne. L'intention est louable. Mais cette habitude, aussi vertueuse soit-elle, comporte un angle mort que beaucoup ignorent : elle ne protège pas les muscles.

La marche sollicite le système cardiovasculaire, améliore l'endurance, favorise le sommeil et l'humeur. Sur ces plans, ses bénéfices sont largement documentés. Une vaste synthèse de 57 études, portant sur des données issues de plus de 10 pays et publiée en juillet 2025 dans la revue The Lancet Public Health par l'Université de Sydney, a même établi un seuil désormais considéré comme le plus fiable : 7 000 pas par jour. En deçà des 10 000 pas longtemps présentés comme un objectif universel, ce chiffre est associé à des résultats observés sur plusieurs indicateurs de santé. Par rapport à une activité de 2 000 pas quotidiens, les chercheurs ont observé une réduction associée de 47 % du risque de mortalité toutes causes, de 38 % pour les troubles cognitifs de type démence, de 28 % pour les chutes, de 22 % pour les symptômes dépressifs et de 14 % pour le diabète de type 2.

Pour un marcheur régulier, ces données sont rassurantes. Mais elles masquent un problème que la marche, par nature, ne peut pas résoudre.

La fonte musculaire, un processus silencieux que la marche n'arrête pas

Dès l'âge de 30 ans, la masse musculaire commence à diminuer. Cette perte, progressive, est de l'ordre de 3 à 8 % par décennie chez les personnes inactives. Elle s'accélère ensuite : environ 1 à 2 % par an après 50 ans, selon le Pr Patrick Dehail, chef de service en médecine physique et réadaptation au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Bordeaux. Ce phénomène porte un nom : la fonte musculaire liée à l'âge — ce que les médecins appellent « sarcopénie ». L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l'a reconnue comme une maladie à part entière en 2016. Elle concerne 5 à 25 % des personnes âgées de 60 à 70 ans et 30 à 50 % des plus de 80 ans, selon les estimations du CHU de Bordeaux.

Or la marche, aussi régulière soit-elle, ne freine pas ce processus. Ed Melanson, professeur d'endocrinologie à la faculté de médecine de l'Université du Colorado, le résume sans détour : " en marchant, on ne développe pas de masse musculaire. La marche est une activité d'endurance. Elle entraîne le cœur et les poumons, mais n'exerce pas la tension nécessaire sur les fibres musculaires pour stimuler leur croissance ou même leur maintien ".

Ce que vos muscles risquent si vous ne faites que marcher

Les conséquences ne sont pas seulement esthétiques. Des muscles affaiblis, ce sont des articulations moins protégées, un équilibre fragilisé, des gestes du quotidien qui deviennent progressivement difficiles : se lever d'une chaise, monter un escalier, porter un sac de courses, se rattraper après un faux pas. La fonte musculaire est l'une des premières causes de perte d'autonomie chez les seniors. Elle est aussi associée à un risque accru de chutes — première cause de décès accidentel chez les plus de 65 ans en France — et de fractures, notamment du col du fémur, qui peuvent à leur tour aggraver la sédentarité dans un cercle vicieux difficile à rompre. 
 
⚠️ Marche seule
❤️
Cœur et endurance
✅ Bénéfices confirmés
💪
Masse musculaire
❌ Aucun effet de maintien
⚖️
Équilibre et prévention des chutes
⚠️ Partiel (association observée)
Marche + renforcement
❤️
Cœur et endurance
✅ Bénéfices confirmés
💪
Masse musculaire
✅ Maintien et renforcement
⚖️
Équilibre et prévention des chutes
✅ Amélioration statistiquement significative

Comment compléter la marche sans bouleverser ses habitudes

Le Pr Dehail, au CHU de Bordeaux, est catégorique : ce sont les exercices contre résistance qui présentent la plus grande efficacité pour lutter contre la fonte musculaire. Il y a quelques années encore, les recommandations pour les seniors se limitaient à des activités d'endurance comme la marche, la natation ou le vélo. Ce n'est plus le cas. Les exercices de renforcement musculaire — soulever des poids légers, utiliser des bandes élastiques, effectuer des squats, des fentes ou des pompes contre un mur — sont désormais considérés comme indispensables. Pour être efficaces, ils doivent être pratiqués à faible intensité, deux à trois fois par semaine.

L'OMS a d'ailleurs intégré cette approche dans ses recommandations officielles pour les plus de 65 ans. L'organisme préconise de combiner chaque semaine 150 à 300 minutes d'activité d'endurance d'intensité modérée (comme la marche), des exercices de renforcement musculaire sollicitant les principaux groupes de muscles au moins deux jours par semaine et des exercices d'équilibre au moins trois jours par semaine pour les personnes à mobilité réduite. Cette combinaison — endurance, force et équilibre — constitue ce que les spécialistes considèrent comme le programme le plus complet pour préserver l'autonomie.

La bonne nouvelle, c'est que commencer ne demande ni matériel coûteux, ni inscription en salle. Quelques exercices simples, réalisables chez soi, peuvent suffire pour amorcer un travail de renforcement. Des squats en s'appuyant sur le dossier d'une chaise, des élévations de talons, des pompes contre un mur : ces gestes fonctionnels imitent les mouvements du quotidien et sollicitent les muscles de façon ciblée. L'essentiel est la régularité. Deux à trois séances de 20 à 30 minutes par semaine, combinées à la promenade quotidienne, suffisent pour observer des résultats tangibles en quelques mois, y compris chez des personnes de plus de 70 ans.

Les retraités qui marchent chaque jour ont déjà fait le plus difficile : ils ont pris l'habitude de bouger. Il leur reste à compléter cette habitude par quelques minutes de renforcement musculaire. Non pas pour remplacer la marche, mais pour lui donner un allié que les muscles réclament silencieusement depuis des années.


Sources :
- The Lancet Public Health, Ding D. et al., « Daily steps and health outcomes in adults: a systematic review and dose-response meta-analysis », juillet 2025
- CHU de Bordeaux, service de médecine physique et de réadaptation, « Sarcopénie »
- Organisation Mondiale de la Santé (OMS), « Lignes directrices sur l'activité physique et la sédentarité », novembre 2020



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