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Article publié le 20/05/2020 à 01:00 | Lu 647 fois

De la résilience dans les villes amies des ainés : tribune libre du RFVADA




La France a été confinée 55 jours. 55 jours, plus de 27.000 décès dus au COVID-19, autant de
familles et plus encore de proches traumatisés. 55 jours de visioconférences, de télétravail,
d’école à la maison. Et s’il était temps de faire un pas de côté et de réfléchir, si ce n’est à la
résilience individuelle et sociétale qui sont autant de sujet cruciaux à évoquer pour le monde
d’après, à la résilience des territoires ?


Tout d’abord, la crise sanitaire actuelle, et par ricochet le confinement qu’elle a généré, sont décrits
par beaucoup comme des signaux de la nature et de la planète qui nous alerteraient sur nos modes
de vie.
 
Déformation professionnelle oblige, voici plusieurs semaines que l’équipe du RFVAA quant à elle, a le sentiment d’éprouver des phrases souvent entendues dans les focus-groups menés avec des
habitants âgés…
 
Un rythme différent qui donne quelquefois l’impression que les journées sont bien longues, des liens sociaux réduits par une vie quotidienne sans relations directes, un périmètre de vie restreint au kilomètre autour du domicile, un temps plus important passé chez soi et qui nous donne le temps de nous agacer du bruit des talons de la voisine du dessus ou de la tondeuse du voisin, ces bruits que l’on n'avait pas le temps d’entendre « dans le monde d’avant » et qui poussent aujourd’hui nombre de nos concitoyens à se plaindre à leur municipalité du comportement de l’autre qui leur paraît, à l’instant « t », totalement indécent.
 
Que dire également de nos sorties au supermarché, souvent le matin le plus tôt possible pour avoir accès à toutes les denrées et espérer ne pas être trop bousculés ?
 
Que dire de cette nouvelle difficulté à supporter la proximité avec l’autre, qui ne nous avait jamais posé souci lorsque nous nous empressions de rejoindre le bureau chaque matin, cette proximité qui a pourtant tant de fois fait sursauter les âgés frôlés dans la rue par d’autres usagers qui avaient alors un rythme différent ?
 
Vous nous avez compris : cette situation extrême que nous vivons semble en bien des points comparable à celle du grand âge, et le fait de l’éprouver est bien différent que de l'appréhender intellectuellement. Et pourtant, que le glissement est rapide !
 
Combien d’entre-nous ont développé une forme de phobie à l’idée de sortir de nouveau, d’aller vers l’autre ? Cette phobie n’est pas entièrement liée à la crainte du virus ; elle est aussi liée à ces deux mois de confinement au cours desquels toutes nos habitudes ont changé et, malgré des arguments très
rationnels en termes de santé publique, les gestes barrières et la distanciation sociale ne suffisent
pourtant pas à nous permettre de replonger dans ce que l’on appelait il y a deux mois encore « la vie
normale ».
 
De quoi nous faire sourire, nous qui avons tant de fois entendu des aînés nous raconter l’émergence insidieuse de nombreuses angoisses peu justifiées dans leur vie quotidienne : celle de conduire, celle de sortir le soir, celle d’aller à la rencontre de l’inconnu... Deux mois : il nous aura fallu bien peu de temps pour nous renfermer sur nous-mêmes et restreindre notre amplitude de vie.
 
Cela ne serait donc pas une question d’âge ? Petit clin d’œil à ce combat qui est le nôtre mais aussi celui de beaucoup d’acteurs du domaine du vieillissement : la lutte contre l’âgisme. Clin d’œil également à un autre combat qu'est celui des villes amies des aînés : celui de l'expertise d'usage, car on ne comprend jamais les choses intellectuellement si on ne les vit pas techniquement et émotionnellement, d'où la nécessite de construire les projets avec les habitants qui sont les seuls à éprouver le quotidien dans leur territoire.
 
Ces deux mois de crise et de confinement ont par ailleurs été, à l’image de la canicule de 2003, l’occasion de donner un coup de projecteur sur une problématique éminemment actuelle : celle du vieillissement de la population.
 
Cela a été vécu, sociétalement, de façon forte, de façon concrète et incarnée dans les territoires. La majeure partie des citoyens français, dans leur vie personnelle, ont donné un peu plus de temps, de solidarité, de lien social à leurs connaissances les plus fragiles.
 
Chacun de nous a (re)découvert le vieillissement de ses proches et a veillé le plus possible à leur bienêtre.
 
Si ça ne semble pas très original de le rappeler, dans notre petit monde de la gérontologie bercé par de fréquents rapports et lois en prévision, c’est pourtant un moment important que cette période durant laquelle la société toute entière s’est engagée en faveur de cette problématique. Car le vieillissement est avant tout une affaire de citoyenneté, de lien social, de place dans la société. Une question de territoires et de vivre-ensemble.
 
Les territoires, parlons-en ! Ceux qui se sont trouvés en première ligne pour répondre aux besoins et attentes des habitants, et éviter la dégradation des conditions de vie de chacun. Ceux qui ont dû répondre très vite à une urgence, à un impensé et qui vont devoir trouver une nouvelle façon de faire vivre le fameux « monde d’après » qui va bientôt s’ouvrir à nous.
 
Nous vous avons proposé un pas de côté à la lecture de ce texte, c’est finalement ce pas que nous
avons fait avec l’équipe du RFVAA en observant la façon dont les collectivités ont réagi chacune à leur manière à ce contexte. Et la manière de chacune s’est finalement avérée profondément liée à son
histoire et aux politiques publiques locales lentement construites au cours des dernières années.
 
Car oui, si peu surprenant que cela puisse paraître, les acteurs locaux se sont vite aperçus que la création d’un réseau de bénévoles, lorsqu’il n’en existait pas localement, était particulièrement difficile à mettre en place.
 
Ils ont également observé que les appels de convivialité étaient bien plus utiles et efficaces lorsqu’ils étaient passés par des personnes que les aînés connaissaient auparavant –les bibliothécaires par exemple-, ce qui nécessite bien sûr que le territoire ait initié en amont un travail transversal permettant de ne pas « gérer la situation » d’un point de vue uniquement sanitaire ou médico-social.
 
Car cela ne fonctionne pas : trop de procédure, pas assez de chaleur humaine pour parvenir à créer de la confiance et de l’entraide pourtant essentielle en ces temps troublés.
 
A travers ces quelques lignes, en plus de faire un pas de côté, l’équipe du RFVAA émet aussi, une fois encore, un vœu pieu en faveur des politiques publiques d’adaptation de la société au vieillissement.
 
Pour que cette crise n’ait pas été vaine, pour que l’on retienne un certain nombre de leçons, nous souhaitons à chacun, et plus encore aux élus locaux qui sont aujourd’hui pour la plupart dans une étrange situation d' « entre deux », de mettre cette parenthèse à profit pour faire ce pas de côté.
 
Le RFVAA a souvent rappelé les liens forts qui existent entre les trois grands défis de notre époque : la transition démographique, la transition écologique et la transition numérique. Nous la réaffirmons ici encore et à l'image des différents appels qui ont pu être émis en lien avec ces trois défis, l'équipe du
RFVAA souhaite que ces événements puissent contribuer à construire « un monde d'après » fondé sur
des bases solides, sur une réflexion approfondie avec les citoyens pour construire des territoires
bienveillants à l'égard de toutes les générations, où chacun trouvera sa place et vieillira citoyen et
acteur.
 
Rappelons que l'urgence ne représente que la partie émergée de l'iceberg, et que cette partie bien visible doit nous permettre de réinterroger nos pratiques en cette période préélectorale exceptionnellement longue.

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