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Article publié le 06/07/2020 à 04:14 | Lu 2075 fois

Culture : exposition Treize chibanis harkis au Mémorial du Camp de Rivesaltes




Depuis le 30 juin dernier et jusqu’à fin janvier 2021, le Mémorial du Camp de Rivesaltes accueille sa nouvelle exposition temporaire, « Treize chibanis harkis » qui présente les œuvres du peintre Serge Vollin, accompagnées de textes de l’historienne Fatima Besnaci-Lancou, adaptés de son ouvrage du même nom et paru en 2006, aux éditions Tirésias.


Alors que l’Afrique du nord et notamment l’Algérie n’en finissent pas de demander à la France des excuses pour son passé colonial, cette exposition se décrit comme un voyage « à travers une période sombre et douloureuse de l’Algérie ».
 
Afin de peindre cette treize séries de tableaux de style naif, Serge Vollin s’est inspiré des témoignages de chibanis (« cheveux blancs » en arabe dialectal) harkis – Azzedine, Hocine, Youssef, Lounes, Slimane, Saïd, Moussa, Ahmed, Lakhdar, Ali, Malek, Tayeb et Mohammed – sur leur expérience de la guerre, de l’exil et de la relégation dans les camps, notamment celui de Rivesaltes.
 
Dès la signature des Accords d’Évian, le 18 mars 1962, prévoyant entre autres l’indépendance imminente de l’Algérie, près de 750.000 Français de souche européenne (les fameux « pieds-noirs ») ont dû quitté le pays le plus rapidement possible (ils risquaient d’être exécutés par le FLN) et prendre la route de l’exil, souvent avec une ou deux valises pour seuls bagages.
 
Quelques mois plus tard, à partir du 3 juillet 1962, pour fuir les violences (voire souvent, le lynchage et la mort puisqu’ils étaient considérés comme des traitres pour avoir combattu pour l’Algérie française) à leur encontre, des familles de harkis, françaises d’origine arabo-berbère, quittent à leur tour leur pays natal.
 
Malgré les mesures prises par les autorités françaises pour les maintenir dans l’Algérie indépendante,
allant jusqu’à leur retirer leur nationalité française par ordonnance en date du 21 juillet 1962, environ
90.000 personnes (hommes, femmes et enfants) traverseront la Méditerranée pour se réfugier en France.
 
Près de la moitié, recueillis par des militaires français, vont transiter par des camps en Algérie, puis en
France, notamment celui de Rivesaltes. Considérées comme « indésirables » des deux côtés de la Méditerranée, ces familles seront traitées comme des « réfugiés » et non comme des « rapatriés ».
 
Elles seront reléguées dans des camps puis dans des hameaux de forestage où elles subiront le dénuement, l’oubli ou l’enfermement dans le cas des camps de Bias (Lot-et-Garonne) et de Saint-Maurice l’Ardoise (Gard).
 
Comme le rappelle Fatima Besnaci-Lancou : « ces treize chibanis harkis font partie d’un grand nombre de témoignages que je recueille depuis le début des années 2000. Ces hommes, pour certains, je les ai rencontrés lors de mes déplacements, en province, pour parler de mon travail sur la mémoire et sur les attentes des harkis et de leurs familles ».
 
Pour d’autres, c’étaient ou bien des hommes que j’ai côtoyés pendant mes années de vie dans les camps dits de « harkis » ou bien des hommes qui sont venus vers moi, spontanément ou à la demande de leurs enfants qui souhaitaient que leurs parents parlent de leur passé et puissent le leur transmettre ».
 
Au fur et à mesure que je recueillais ces bouts d’histoires individuelles, l’idée de faire partager le contenu s’imposait à moi. Mais comment le partager ? Ce qui m’a semblé de plus naturel et le plus efficace fut à travers un livre. C’est ainsi qu’avec l’accord de treize anciens harkis, j’ai rédigé, mis en forme ce qui m’avait été livré, en arabe, en berbère, en français ou quelquefois dans un savant mélange de deux ou même de trois de ces langues.
 
Au début, je pensais retranscrire mot à mot leur récit. Devant la difficulté du mélange de langues, j’ai dû y renoncer pour lui donner la forme actuelle de rédaction, avec leur accord bien sûr. Avant même le projet de les publier, des récits de ces chibanis ont été lus dans un colloque organisé par l’Association Harkis et droits de l’Homme, le 4 mars 2006 à Paris. C’est ainsi que Nacer Arroum et Slimane Djéra, tous les deux fils de harkis, prêtèrent leur voix à Lakhdar (81 ans) et à Tayeb (70 ans).
 
Certains ont accepté d’être reconnus en livrant leur vrai prénom, leur région d’origine en Algérie et leur localisation en France. Ahmed et Ali ont même proposé de publier leurs photos. Ce que nous avons fait dans l’ouvrage.
 
Plusieurs d’entre eux ont préféré rester dans l’anonymat pour des raisons de sécurité, vraies ou
imaginées. Ce besoin d’anonymat illustre combien le chemin à parcourir est encore long pour que
l’histoire s’apaise enfin !"

 
Mémorial du camp de Rivesaltes
Av. Christian Bourquin
66 600 Salses-le-Château
Francer
www.memorialcamprivesaltes.eu
 
Jusqu’au 26 juillet 2020
de 10h à 18h, du mardi au dimanche
Du 27 juillet 2020 au 31 octobre 2020
de 10h à 18h, tous les jours
Du 1er novembre 2020 au 31 mars 2021
de 10h à 18h, du mardi au dimanche
 
Pendant l’été, visites commentées, les jours d’ouverture à 11h et 15h.
Visites de l’exposition temporaire « Treize chibanis harkis », les samedis à 15h.